« Sacré Christophe ! » (partie 26) – fin.

POSTLUDE

Non seulement ce premier voyage de Cristobal fut suivi de trois autres, mais
ses nombreuses conséquences, plus ou moins graves pour Cristobal, ses
marins et l’humanité toute entière attendaient tout ce petit monde au détour
d’une vague.

Vous savez que les gens sont jaloux. Non ? Ah bon ! Alors je vous l’apprends.

Que croyez-vous qu’il se passa à la Cour d’Espagne ? Pour elle, cet étranger, dont
on ne savait pas trop s’il était vraiment génois, au passé plutôt obscur (ne disait-on pas
qu’il était peut-être juif ?) recevait beaucoup trop d’honneurs. Rendez-vous compte :
le roi et la reine en personne l’invitaient à se montrer en public avec eux, après l’avoir
anobli. Et maintenant, tout le monde devait lui donner du « Don Cristobal ». Il n’y
avait pas que cela : ce type bizarre, finalement, promettait bien trop de richesses.
D’accord, il avait apporté des preuves – et le masque en or qu’il avait offert à la reine
en était une massive à lui seul. Mais maintenant : qui irait chercher cet or ? Qui le
ramènerait ? Qui en bénéficierait ?
C’est vrai, ça, quoi !

Alors la coterie des jaloux commença à se former. Cristobal, qui avait appris malgré
lui les fureurs de l’âme humaine, comprit que s’il faisait un faux pas, un seul, c’en
serait terminé de lui.

Mais ce n’était pas tout ! Le roi du Portugal, le fameux Jean II en personne, celui qui
avait refusé de sponsoriser le voyage de Cristobal, celui-là même qui avait tenté de lui
ravir ses documents, celui-là donc intervint. Jaloux ! Mais jaloux comme ce n’est pas
possible !
Il fit porter au pape, qui à l’époque s’appelait Alexandre VI Borgia, une
lettre ainsi conçue :
« Ta Très Sainteté Rodrigo dit Alexandre VI,
J’aimerais t’informer de certains faits qui ne vont pas manquer de t’intéresser.
Auparavant, permets-moi de te rappeler quelques petites choses.
D’abord, même si tu es né Espagnol, tu es le chef de toute l’Eglise Catholique. En
conséquence, tu dois te considérer comme un citoyen du monde. Ne cherche pas à
favoriser l’Espagne, s’il te plaît.
Ensuite, j’ai certains papiers en ma possession qui prouvent que tu as entretenu avec
une certaine Roza Vannozza Gatanei des relations tellement bizarres qu’elles ont
abouti à la naissance de deux enfants, Caesar et Lucrezia.
Enfin, j’ai aussi d’autres papiers m’informant que tu vis maintenant avec une certaine
Giulia Farnèse.
En conséquence, Ta Très Sainteté, je te prie de considérer ce qui suit. Maintenant
que l’Espagne a découvert une voie pour aller vers les Indes Occidentales grâce à un
certain Cristobal Colomb dont tout le monde se demande qui il est exactement, ou
bien tu partages le monde à découvrir en deux et tu m’en donnes la moitié ou bien je
révèle tout ce que je sais sur tes relations pas tellement catholiques.
A bon entendeur,
Avec mon très royal, très fidèle et très catholique salut,
Jean II »
Bien entendu, le pape ne pouvait pas rester indifférent à une telle missive. Il se mêla
de tout ce qui ne le regardait pas, ainsi qu’à l’habitude les papes, et finit par décréter,
en 1493, qu’il fallait partager « l’héritage de notre père Adam » entre le Portugal et
l’Espagne. Il accorda au Portugal toutes les terres à découvrir à l’est d’un méridien
passant à cent lieues des îles du Cap Vert, à l’Espagne celles de l’ouest

(note 73 – un an plus tard, au Traité de Tordesillas, le 7 juin 1494, le pape partagea le monde entre le Portugal (avec le Brésil, l’Afrique et l’Asie) et l’Espagne (avec le reste du continent américain) en repoussant cette ligne de trois cent soixante dix lieues. Les
deux rois signèrent ce traité et c’est parfaitement authentique). Les rois de chacun de ces deux pays devaient se charger de l’évangélisation des pays à découvrir.

Pendant ce temps-là, Cristobal préparait un second voyage.
Cette fois-ci, il n’était pas question de lésiner sur les moyens : dix-sept navires, pas
un de moins, près de mille cinq cents hommes, parmi lesquels des soldats
(note 74 – voilà une constante, dans tous les voyages d’exploration, qui m’a toujours intrigué : les hommes ont-ils tellement peur des
autres hommes qu’ils doivent arriver armés pour se sentir en confiance ?)
et déjà des émigrants
(note 75 – devinez quelle était leur confession, leur religion, si vous préférez ? Alors, avez-vous compris la mission de Cristobal sur la terre ou non ?),
des prêtres, évidemment et des constructeurs
(note 76 – voilà une autre constante tout de même un peu plus noble. Un soldat, par définition, ça ne sert à rien qu’à détruire et à donner la mort. Un constructeur,
c’est autre chose. C’est pourquoi j’ai toujours préféré les gens qui savent construire quelque chose de leurs mains, artisans ou artistes, aux trouffions qui ne savent que tuer ou apprendre à tuer aux autres. Malheureusement, et ça n’est pas qu’une vue de l’esprit, ça dure ! Avez-vous vu la Yougoslavie et tous les autres terres de massacre depuis le 13 mai
(jour célèbre en France) 1990, jour du début de ce violent conflit européen, à la suite d’incidents violents entre supporters du Dinamo de Zaghreb et de l’Etoile Rouge de Belgrade, au stade Maksimir de Berlgrade ?).

Et tout ce petit monde repartit le 25 septembre 1493 avec bien entendu une énorme
quantité de nourriture. C’est qu’en principe ils partaient pour trois ans.
Cristobal avait fière allure, avec ses cheveux blancs qui auraient pu servir de signe de ralliement, comme s’exclamera plus tard un roi de France. De plus, il était très heureux ; intérieurement, il jubilait même : sa mission n’était-elle pas en train de réussir ?
Le voyage se déroula sans incident. Le 25 novembre 1493, les navires arrivèrent en
vue d’Hispañola. Là, tout le monde s’inquiéta : il n’y avait pas de feu sur la côte.
Bizarre ; vous avez dit bizarre ?
Le lendemain, les expédeurs
(note 77 – je vous avais prévenus, il fallait vous cramponner : après avoir lu
cet ouvrage que j’ose qualifier de quasiment historique, vous n’aurez plus peur de la langue française. En voici encore une preuve. Ceci est un néologisme, si vous préférez un mot nouveau, que je crée spécialement pour vous. Délicate attention, non ? Que je vous explique : un livreur fait une livraison, d’accord ? Alors, un type qui fait une expédition doit être un expédeur, à ne pas confondre avec un expéditeur qui, lui, se contente de vous envoyer une lettre ou un paquet à la figure.)
débarquèrent.
Ciel ! Enfer et damnation ! O rage, ô désespoir, ô Indes Occidentales ennemies !
Cristobal ne savait plus comment se lamenter. Il trouva les trente-neuf Espagnols qui
étaient restés là tous morts, d’une mort violente qui plus est.
Le génial extraterrestre décida de faire une enquête
(note 78 – ceci est resté une manie dans la famille Colombo, si j’en crois un feuilleton que le PAF nous a mis et remis dans le pif ! Et ça n’était pas un « Gadjette» !).
Petit à petit, Cristobal reconstitua ce qui s’était passé : les Espagnols restés en
garnison n’avaient ni tonneau ni femme. Au bout d’un long instant, considérant qu’il
valait mieux pour leur santé individuelle pouvoir épancher leur trop-plein de considération
humaine, ils avaient razzié toutes les femmes des Indiens. Une fois leur forfait
accompli, ils s’étaient bêtement entretués pour avoir les plus belles, au lieu de se les
partager en frères comme feraient n’importe quels civilisés de notre époque.
Résultat : certains avaient attrapé la syphilis et en étaient morts, les autres avaient été
massacrés par les Indiens qui souhaitaient venger leur honneur.
C.Q.F.D.
( note 79 – ce qui signifie « Cristobal, Quadragénaire Franchement Doué »),
nota Cristobal en guise de conclusion de son rapport, sur son grand livre de bord.

Le pauvre extraterrestre n’avait pas tout compris de la nature humaine. Sous ses yeux
horrifiés commença la plus grande catastrophe de l’histoire de l’humanité : son frère
par le sang, Bartholomé, vit rouge. Il ordonna un châtiment. Aussitôt, les cavaliers
espagnols se précipitèrent sur les Indiens et les massacrèrent. Que pouvaient de
pauvres va-nu-pieds enguenillés, voire nus, contre des soldats aguerris
(note 80 – ça, c’est une récompense destinée uniquement à ceux qui ont bien suivi. Pour les autres, je dois rappeler que les Espagnols avaient achevé la Reconquista, qui consistait à écraser les juifs et les musulmans à l’aide de tout un tas d’artifices, dont l’Inquisition.) montés sur un cheval alors qu’ils n’avaient, de plus, jamais vu de tels animaux ?
Les Indiens furent saisis de peur : pour eux, la monture et le monteur ne faisaient
qu’un, c’étaient des monstres.
« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire » (Le Cid, acte II, scène 2, vers 434)
assura Don Gomès, comte de Gormas, père de Chimène, à Don Rodrigue, fils de Don
Diègue. Malheureusement pour ces Espagnols-là, Corneille n’était pas encore né
lorsque cette affreuse scène de colonisation se déroula. Auraient-ils pris davantage de
précautions s’ils avaient écouté la première du Cid en 1637 ? Qui sait ? Quoiqu’il en
soit, ils n’ont donné aux Indiens que du sang, de la sueur et des larmes
(note 81 – saisissez-vous l’allusion ou faut-il que je vous l’explique ? Allez, faites un effort !).

Cristobal n’aimait pas du tout ce genre de manifestation de puissance. Il s’embarqua
sur son bateau et, avec quelques autres marins peu habitués aux épanchements terrestres
des soldats, continua ses explorations.
Il découvrit ainsi la Dominique, la Guadeloupe (son rhum – enfin ! – sa biguine),
Porto-Rico, la Jamaïque et explora la côte sud-ouest de Cuba. Laissant dans ses colonies
les soldats poursuivre leur oeuvre pacificatrice à coups de fusil et les émigrants
s’installer sur les terres qu’il leur avait en quelque sorte promises
(note 82 – là aussi, j’espère que vous avez saisi l’allusion à la terre promise. Elle est tout de même plus évidente que celle à Churchill, non ?),
il retourna dans le port de Cadix en juin 1495.
Il fut accueilli en héros : on ne le considérait plus comme un petit aventurier qui avait
réussi mais comme un grand grand homme qui venait exposer le bilan d’une conquête
inestimable. Il était au sommet de sa gloire. Mais, malheureusement, Cristobal l’extraterrestre commit une erreur impardonnable. Elle explique le reste de la triste vie de son pauvre compagnon de chair et de sang.
En effet, il décida que, puisque tout allait le mieux possible dans le meilleur des nouveaux
mondes, il pouvait s’offrir un petit air de navigation interstellaire qui commençait
à lui manquer terriblement, d’autant plus qu’un signal émis en permanence depuis
quelque temps lui indiquait qu’une charmante extraterrestre attendait avec impatience
son arrivée pour le faire profiter d’une toute nouvelle position assise dont elle avait eu
la révélation en essayant sa combinaison anti-pesanteur.
Toutefois, comme il ne voulait pas que l’on puisse parler d’un changement dans son
comportement, il attendit l’organisation d’un troisième voyage pour disparaître.
En 1498, il repartit donc, à l’intérieur du corps du Cristobal humain dont il avait
envahi l’esprit, pour les Indes Occidentales. Il avait décidé de faire connaître à ses
contemporains la côte du nouveau continent jusqu’à l’Orénoque, les îles de La Trinité,
Tobago, Grenade.
Son plan ainsi fixé, il décida de s’octroyer une petite année de vacances dans le but
d’essayer le nouveau vaisseau que, sur ses instructions télépsychomotrices extraterrestres,
on était en train de lui construire dans l’atelier intergalactique Alpha-Bêta-Omega du Centorionus, en 1499.
Par la même occasion, il prendrait sa petite année sabbatique tranquille-peinard, afin de perfectionner sa connaissance de la nouvelle position à la mode dont la jeune extraterrestre lui avait parlé télépsychiquement.
Quelle erreur ! A peine eut-il quitté l’esprit du Cristobal en question que celui-ci,
redevenu homme, fut repris par les démons communs à tous les hommes.
Le nouveau Cristobal, en réalité l’ancien, ne fut même pas reconnu par ses propres
marins tant il s’acharna sur les pauvres Indiens sans défense ! Les prêtres évangélisateurs
eux-mêmes, c’est tout dire, n’en revinrent pas !
Cette conduite étonnante arriva aux oreilles de la reine, amplifiée par l’écho qu’en
faisaient les membres de la Cour (ne les oubliez pas, ceux-là, tous ces envieux, tous
ces jaloux, tous ces « fils de pécores et de minus » comme chantait feu Brassens). Le
résultat ? En août 1500, la reine ordonna que le gouverneur Francisco de Bodasillia
aille à Hispañola pour destituer Cristobal et l’emprisonner après enquête.
Du coup, Cristobal l’esprit extraterrestre, qui surveillait tout de même un peu ce qui
se passait sur la terre, raccourcit son année sabbatique (il faut dire qu’une année lumière,
ça peut être raccourci de quelques jours sans grand dommage), fit ses adieux après
une séance pleine de charme à la jeune femme dont il venait de tester les étonnantes
capacités et reprit son poste dans le cerveau de Cristobal le marin. Aussitôt, la reine
sentit la différence. Elle gracia Cristobal dès qu’elle le revit, mais le roi, exaspéré et
tourmenté à la fois par les envieux et par sa propre jalousie, refusa son pardon. Il ne
décoléra pas.
Cristobal comprit qu’il était urgent de montrer aux Espagnols la route du continent
qu’il avait revu à plusieurs reprises au cours des essais de son vaisseau spatial. Il prépara
donc un quatrième voyage et repartit en 1502.
Une fois arrivé dans les Indes Occidentales, il ne perdit pas de temps : il fit faire à
ses accompagnateurs la connaissance des Antilles et l’exploration des rivages de
l’Amérique Centrale, du Honduras jusqu’au Panama. Cette fois, jugeant que sa mission
était terminée, il repartit définitivement, en direction de sa jeune compagne
d’alors, pour ses vacances intergalactiques si fâcheusement interrompues.
En 1504, ce fut seulement Cristobal l’humain qui revint en Espagne. Voilà qui
explique pourquoi jusqu’en 1506, date de sa mort, il fut accablé de procès, délaissé,
pauvre et qu’il finit aveugle.

Ce n’était certes pas ce Cristobal là – vous l’avez bien compris à la lecture de ce remarquable ouvrage – qui avait écrit, prévoyant la place qu’il tiendrait dans l’histoire :
« Par la volonté de dieu j’ai placé sous la souveraineté du Roi et de la Reine un
Autre Monde, grâce auquel l’Espagne, réputée pauvre, deviendra la nation la plus
riche ».
Que voilà, amie lectrice, ami lecteur, à quelques instants du dernier mot de cet ouvrage,
une triste fin pour un si merveilleux jeune homme.
Mais ce n’est pas tout : figurez-vous que Cristobal fit si peu d’impression sur son
époque que Benvenuto Cellini
(note 83 – voyez ce qu’il en est de la célébrité, chose tout de même très relative.
Sauf si vous êtes un(e) mélomane connaissant parfaitement les opéras de Berlioz et/ou un(e)amateur d’Histoire, amie lectrice, ami lecteur, répondez-moi franchement : aujourd’hui, qui est à votre avis le plus connu, de Benvenuto Cellini ou de Christophe Colomb ?),
l’un des plus célèbres de ses contemporains, ne mentionna
dans ses Mémoires ni l’homme ni ses voyages. Vous vous rendez compte ?

La seule chose que Cristobal garda sur sa conscience, ce fut le massacre des Indiens.
Non seulement les soldats les tuèrent, mais de plus ces indigènes attrapèrent probablement un virus inconnu chez eux, au contact de ces étrangers.
En 35 ans, 15% de l’humanité de l’époque réussit à disparaître. Même Hitler, Franco,
Mussolini, Staline, et beaucoup d’autres, comme par exemple, au hasard, Duvallier
(note 84 – tiens, à propos de ce macoute-là, décédé mais dont le fils Jean-Claude est revenu en Haïti en janvier 2011 après 25 ans d’exil en France, lui et toute sa famille ont été nourris encore à nos frais. Voilà quelque chose que j’aimerais que l’on m’explique en détail : il vaut mieux, en France, être une ordure de dictateur avec des milliards dans un
coffre en Suisse, qu’en d’autres temps on aurait guillotiné ou fusillé sur le champ, qu’un pauvre chômeur en fin de droit, parce que l’un peut être nourri à l’œil, alors qu’il a les moyens de se payer le restaurant tous les jours, tandis que l’autre n’a qu’à aller se faire voir dans les Restos du Coeur. Dégueulasse, non, vous ne trouvez pas ? Et il paraît que nous vivons en démocratie ? J’aimerais vraiment qu’on m’explique !),
Khomeiny ou Hussein n’ont pas réussi à en faire autant !

Il n’empêche : Cristoforo-Cristobal, même hyper-génial extraterrestre, n’aura jamais
vraiment découvert l’Amérique. Ce fut le fait, ce livre vous l’a prouvé abondamment,
de Leiv Eirikson dit l’Heureux, fils de son père comme son nom l’indique.

Alors, ne l’oubliez pas : en l’an 2000, il aurait fallu célébrer le vrai millénaire de la
découverte de l’Amérique par Leiv l’Heureux. Et lui, il n’a massacré personne !

FIN

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« Sacré Christophe ! » (partie 25)

INTERLUDE

Eh oui, amie lectrice, ami lecteur ! Cristobal-ex Cristoforo a maintenant découvert
l’Amérique, au terme d’un voyage haletant de suspense. Rendez-vous
compte : tous les matins, pendant trente-trois jours, ses marins se sont posés
la question : trouvera ? trouvera pas ?
La chose en soi leur importait peu, mais il s’agissait aussi de leur survie. Alors, dans
des conditions pareilles, c’était difficile de penser qu’il pourrait ne pas trouver !
Allez, reposez-vous un peu en buvant une autre gorgée de rhum que Cristobal n’a
pas encore découvert, mais je sens que ça ne va pas tarder.
Songez aussi mélancoliquement à l’ironie de l’histoire : en ces lendemains d’année
où a été célébré comme il se devait le cinq-centième anniversaire de cette découverte,
ne voila-t-il pas que tout est fait pour empêcher les gens de se servir de l’herbe à Nicot
? Notez bien qu’à titre personnel ça ne me dérange pas, mais il n’empêche ! Le fait est
là !
Cependant vous n’êtes pas au bout de vos surprises : lisez donc ce qui suit !

« Sacré Christophe ! » (partie 24)

LUDE III

Le plan de Cristobal était très simple. Il lui suffisait de se rendre avec ses trois navires aux Canaries. De là, il partirait en direction de l’ouest, en suivant le vingt-huitième parallèle nord. Il avait expliqué aux marins que, selon ses calculs, cette route conduisait tout droit au Japon
(note 66 – Cristobal, comme tous les extraterrestres, était très sensible. Il ne voulait en aucun cas faire peur à ces pauvres marins qui lui faisaient confiance. Comment auraient-ils réagi s’il leur avait dit, en les réunissant avant le départ : « Mes chers petits, vous croyez que vous partez pour Cathay ou Cipango. Détrompez-vous ! Grâce à moi, vous allez découvrir un nouveau continent que nous ne toucherons que lors de notre quatrième voyage, afin de pouvoir trouver une issue de secours pour ces pauvres Juifs persécutés par l’Inquisition » ? A un certain moment, il en a d’ailleurs eu envie, mais il renonça : il aurait fallu qu’il change encore une fois le nom de son bateau en l’appelant « Exodus » et les formalités administratives auxquelles il avait dû se plier pour modifier le nom de son navire-amiral lui avaient amplement suffi !).

Le 3 août 1492, Cristobal partit donc du petit port de Palos, en direction des Canaries, avec ses trois navires et ses quatre-vingt sept hommes.

Avant le départ, Cristobal réunit tous ses hommes. Il leur tint un petit discours dont j’ai réussi, grâce à la ténacité qui me caractérise, à retrouver quasiment l’intégralité avant que le document disparaisse mystérieusement en fumée, sans doute aspiré avec cinq cents ans de retard par les chefs de la mission impossible de Cristobal, qu’il réussit néanmoins à mener à bon port.

Voici, en avant-première et en exclusivité absolument internationale pour vous, le texte de ce petit monument d’éloquence :

« Mes chers amis,

Vous avez été choisis parmi les meilleurs marins espagnols, donc du monde. Vous avez été sélectionnés parce que vous êtes les meilleurs. Vous êtes, chers amis, les meilleurs des meilleurs. C’est dire si je compte sur vous pour arriver à notre but.

Notre but ? Il est simple. Nous cherchons une nouvelle voie pour atteindre les Indes par l’ouest. Nous trouverons certainement devant nous la mystérieuse Cathay dont le célèbre Vénitien Marco Polo a parlé dans son « Grand Livre des Merveilles ». Avant, si vous voyez une île, dites-vous à coup sûr qu’il s’agit de Cipango. Cipango, nous pouvons très facilement nous en emparer, puisqu’elle n’est pas sous l’autorité du Grand Khan.

Vous reviendrez riches de cette expédition, je vous le promets, mes amis. Il y en aura un qui reviendra encore plus riche que les autres : ce sera celui d’entre vous qui sera de vigie le jour où il criera « Terre ! » et que son cri se révélera correspondre à la réalité. A celui-là, mes amis, la reine elle-même, notre reine la très catholique Isabelle, promet la somme de dix mille maravédis
(note 67 – c’est parfaitement exact, tous les historiens confirmés pourront vous le dire. Ils vous apprendront aussi que c’est Cristobal qui a empoché la récompense ! Gonflé, le mec !).

Mais de toute manière, mes amis, chers amis marins, vous allez vivre une aventure fabuleuse, comme personne jusqu’ici n’en a connu une. Et soyez sans crainte : nous emportons avec nous suffisamment de vivres et d’eau pour que vous ne soyez jamais ni affamés ni altérés.

Maintenant, si vous le voulez bien, nous allons embarquer.

En avant, mes amis, en avant pour découvrir un monde nouveau qui s’ouvre à nous. »

Ce discours fut très applaudi par les marins et par les rares curieux qui étaient pré- sents par hasard. Quelques instants après, tous se précipitèrent dans leur navire et la petite expédition s’éloigna lentement du rivage.

Elle n’alla pas très loin. Le 11 août, elle arriva aux Canaries. Sous le prétexte que Cristobal s’était aperçu qu’il fallait mettre la Pinta en cale sèche pour diverses répa- rations, il décida d’y faire escale plus longtemps que prévu. Il ne tenait pas, en raison de l’importance du voyage qui se préparait, que l’un des navires faiblisse au premier coup de vent.

A vrai dire, cet alibi lui permit surtout de rendre visite, sur l’île de la Gomera, à une jeune femme d’une grande beauté, Béatrice de Bobadilla, mariée, exilée là par la reine Isabelle de Castille pour la punir d’avoir été la maîtresse de son mari, Ferdinand d’Aragon. Or, il se trouve que Cristobal était secrètement amoureux d’elle. Je vous autorise à penser (alors profitez-en) qu’il voulait certainement faire à la jeune femme des adieux « touchants », si vous voyez de quoi je veux parler
(note 68 – un vieil ami malheureusement décédé, Belge, qui vivait à Santa Cruz de Tenerife, m’a assuré téléphoniquement qu’elle avait été la maitresse de Cristobal. Néanoins, un doute subsiste : mon ami n’ a pas été le témoin oculaire des éventuels épanchements de Cristobal !).

Il implanta dans la tête de tous les hommes l’idée que les frères Pinzon auraient pu tout vérifier avant de partir, comme il le leur avait demandé, mais l’erreur est humaine
(note 69 – et non extraterrestre (en latin dans le texte-NDA, ce qui signifie Note De l’Auteur)) !

Il fallut presque un mois avant que les trois navires soient prêts à reprendre le départ. Les marins ne réembarquèrent en effet que le 9 septembre. Cristobal, en extraterrestre avisé, tricha. Il truqua sa route car il voulait rassurer les marins : il fallait que tous croient qu’ils étaient toujours relativement proches d’une terre.

Pour ce faire, il usa d’un stratagème particulièrement efficace. Il déclara à tous les marins que la reine, leur reine à tous, celle qui avait financé cette expédition et qui avait promis une belle somme d’argent à celui qui trouverait le premier la terre, la reine, donc, avait exigé qu’il s’isole chaque jour pendant deux heures dans sa cabine pour écrire sur un livre qu’il devait lui confier à son retour le déroulement détaillé de l’expédition.

Cristobal devait donc narrer par le menu tout ce qui se passait, tout ce qu’il voyait, tout ce qu’il entendait sur cette sorte de grand cahier, avant de le remettre à la reine en personne.

Aucun marin, bien entendu, n’osa mettre la parole du grand amiral en doute : c’était pour la reine !

Cristobal put ainsi s’isoler deux heures par jour. Il en profitait pour vérifier sa route à l’aide des documents photographiques qu’il rangeait dans son coffre invisible de la quatrième dimension, pour étudier les courants marins, pour faire des prévisions météorologiques.

Au début, les marins crurent réellement qu’ils n’étaient pas très loin d’une terre, même s’ils ne la voyaient pas à l’horizon. Ils avaient l’habitude de ce phénomène, puisque la plupart d’entre eux avait bourlingué sur toutes les mers connues. Au bout d’un certain temps, ils crurent un peu moins leur amiral. Pourtant, ils supportaient sans rien dire leur isolement au milieu de l’Océan.

Pendant un mois, les navires de l’expédition tinrent scrupuleusement leur cap : en direction de l’ouest, le long du vingt-huitième parallèle nord. Un mois sans voir la terre, c’est long. Même si l’amiral Cristobal avait embarqué le tonneau Marcello et ses deux amis particulièrement compétents et efficaces, les marins, dans l’ensemble, com- mençaient à se faire du souci. Ils se fatiguaient de ne pas voir de terre ; c’est qu’ils n’avaient jamais entrepris un aussi long voyage. Ils craignaient que l’eau et les vivres se mettent à manquer, malgré toutes les promesses de Cristobal.

Bientôt, ils se mirent à rêver tout éveillés de la terre. Comme dans le désert, ils virent des mirages. Parfois, le moindre nuage, le plus petit reflet, tout devenait pour eux un signe de terre. Un nombre de fois incalculable, une vigie de l’un ou l’autre des navires cria « Terre ! ». Ce n’était même pas pour avoir la prime, c’était par désir ardent d’arrêter ce voyage qui leur paraissait interminable. Las ! Chaque fois, c’était une déception de plus pour ces marins qui commençaient à souffrir du mal de terre
(note 70 – le mal de terre, pour les marins de Cristobal, était une maladie hallucinatoire consistant à voir dans tout signe qui sortait un peu de l’ordinaire entouré d’eau du navire sur lequel ils étaient un avant-goût de la présence de la terre ferme. Il ne faut pas confondre avec le mal de mer, qui consiste, quant à lui, à rejeter par-dessus bord tout ce qu’on a ingurgité depuis sa première communion).

La mi-septembre arriva. L’équipage tout entier commença à mettre en doute les capacités de son étrange amiral ; certains se demandaient même s’il n’était pas juif, ce qui était tout dire ! Les marins buvaient de plus en plus, espérant trouver dans les brumes de l’alcool cette terre dont ils rêvaient tous.

Pourtant, le 20 septembre, l’expédition avait traversé la moitié de l’Atlantique. Cristobal le savait parfaitement, mais il ne pouvait pas faire partager cette information aux autres membres de l’expédition sans leur révéler aussi son origine extraterrestre qu’ils n’auraient pas admise comme réelle. Seuls, jusqu’ici, des navires complètement perdus, dont l’équipage était probablement mort, avaient réussi à atteindre cette région de l’Océan.

Le lendemain, le 21, la flottille s’immobilisa. Elle venait d’atteindre la zone des calmes, là où il n’y a pas un souffle de vent, sur la mer des Sargasses. Cristobal se précipita dans sa cabine sous couvert de noter cette observation. En fait, il fouilla fébrilement son coffre invisible, situé dans la quatrième dimension.

Il consulta son atlas météorologique, établi depuis la station spatiale R-A (c’était une station automatique lancée par le vaisseau « Amaire-Rique » et dont Cristobal, avant de partir pour sa difficile mission, avait effectué une copie des relevés). Avec son aide, il établit une nouvelle route.

Il n’empêche que la révolte larvée continuait à gronder. Cristobal alla jusqu’à rapporter sur le cahier de bord qui, il le savait, deviendrait un objet de culte, la phrase suivante, qu’il avait entendue auprès de nombreux marins, en ouvrant ses oreilles extra- terrestres invisibles : « Dans sa folle déraison, l’amiral veut devenir grand seigneur à nos risques et périls en nous vouant à une mort abandonnée ».

Cristobal n’abandonna personne. Il n’en avait nullement l’intention. Le lendemain, il signala à ses marins la présence d’ un albatros dans le ciel.

– Voilà, leur dit-il, la preuve que nous sommes à proximité d’une terre, puisqu’un alba- tros ne pond ses oeufs que sur un rivage.

Je vais vous le prouver par un poème que composa pour moi, enfant, l’un des plus grands marins génois de son époque. Il me disait, juste avant de mourir :

Souvent, afin d’en rire, les hommes d’équipage, (
note 71 – vous avez bien pensé, amie lectrice, ami lecteur. C’est effectivement à Baudelaire, Charles pour les intimes et pour les femmes, qu’il fallait se référer ! Toutefois, je reconnais que mes vers valent bien moins que les siens !)
Prennent des albatros, les grands vaisseaux des airs,
Qui escortent en volant, amis des grands voyages,
Leur navire voguant au-dessus de la mer.

A peine les ont-ils rejetés sur le pont,
Que ces grands rois des cieux, malhabiles sur terre,
Font immédiatement penser à ces piétons
A qui l’on donne des cannes pour poser pied à terre.

Ces grands oiseaux ailés, comme ils sont maladroits,
Eux qui fendent l’azur comme un bateau la mer ;
Ils crient, piaillent et gémissent, comme pour avoir le droit,
En suppliant les hommes, d’hurler après leur mère.

C’est qu’ils ne sont jamais bien loin d’un grand rivage,
Où leur progéniture les attend en jouant,
Parce qu’elle sait déjà, qu’après un long voyage,
Leur père aux grandes ailes leur prêtera son flanc.

L’effet escompté par Cristobal en déclamant ce petit poème fut très vite atteint : les marins l’applaudirent et ne songèrent plus, tout du moins dans l’immédiat, à lui reprocher quoi que ce soit, d’autant que, à partir de cet instant, les indices se succédèrent.

Il n’empêche que l’on ne voyait toujours rien venir. Les responsables de l’expédition, qui commençaient à se lasser de ce voyage interminable, se mirent eux aussi à rêver tout éveillés. Le 6 octobre, ils crurent voir, vers le sud-ouest, une ligne de rivage ; c’était encore un mirage.

Pour leur faire plaisir, Cristobal prétendit qu’ils avaient certainement dépassé Cathay. En conséquence, il fit infléchir la route de l’expédition vers le sud. Tous furent alors persuadés qu’ils allaient arriver à Cathay (la Chine) ou au moins à Cipango (le Japon), qui est devant.

Rien, rien. Le 10 octobre, les marins se révoltèrent ouvertement. Cristobal l’extra- terrestre savait fort heureusement comment les calmer. Après avoir dépêché d’urgence Marcello et ses deux amis tonneaux pour une mission de la plus haute importante, il négocia habilement avec son équipage et réussit à obtenir un délai de grâce.

Le lendemain, 11 octobre 1492, le courant marin apporta une brindille d’herbe et un morceau de bois taillé à la main. Du coup, tout le monde se mit à espérer : il y avait bien une terre quelque part en face !

Et soudain, le choc : dans la nuit du 11 au 12, vers 2 h du matin, la vigie de la Pinta, un certain Rodrigo de Triana, cria « Terre ! Terre ! ». L’homme avait vu des lueurs, comme des feux sur une côte. Plus question de dormir ou de récriminer ! Tous les hommes, à bord des trois caravelles, étaient sur le pont, écarquillant les yeux pour apercevoir ce que la vigie leur décrivait.

Enfin, le 12 octobre 1492, tous s’aperçurent avec bonheur que la vigie ne s’était pas trompée : il y avait bel et bien une terre droit devant eux. Elle était habitée par des hommes qui semblaient très pacifiques ; ils arrivaient même en nageant, puis accompagnaient les chaloupes dans lesquelles les marins de l’expédition s’embarquèrent. Finalement, après plus de trente jours de navigation ininterrompue, tous posèrent les pieds à terre.

Pour eux, c’était le salut. Cristobal le comprit très rapidement. Il proposa de baptiser Salvador cette île (l’île Wattlings aujourd’hui), puis il s’entretint avec Luis de Torrès.

Cet homme était un interprète. Il connaissait le chaldéen, l’hébreu et surtout l’arabe, puisque Marco Polo avait entendu cette langue en Chine. Là se posa une première question : d’après les récits de Marco Polo, les habitants de Cathay étaient des pesonnes extraordinairement cultivées, dont la civilisation était très développée. Or, les premiers habitants de cette île que voyaient Cristobal et ses marins étaient nus ; dès lors, comment les considérer ?

Luis de Torrès demanda un instant de consultation. Il s’entretint avec les principaux responsables de l’expédition, puis revint apporter leur réponse commune à Cristobal : aucun doute, ces hommes étaient des primitifs inférieurs. Pour adoucir ce jugement hâtif de ses contemporains, Cristobal l’extraterrestre nota tout de même sur son livre de bord qu’ils étaient « des hommes très bien faits, très beaux de corps et très avenants de visage, ni nègres ni blancs ».

Il ignorait qu’au même moment Pinzon les voyait simplement comme des gens possédant un anneau d’or dans le nez ; qui disait anneau d’or disait or pour le fabriquer. Dès lors, Pinzon n’eut plus qu’une hâte : le trouver.

Cristobal sacrifia ensuite au rite traditionnel. Il fit descendre un notaire qui enregistra l’acte de possession de l’île. Il n’y avait pas de prêtre à bord
(note 72 – comme d’habitude à cette époque, l’Église s’engagea après, une fois la découverte faite, dans des opérations d’évangélisation, qui étaient en fait des voyages d’exploitation commerciale. Elle ne voulut pas prendre le risque de faire tuer des missionnaires qui auraient pu être mangés par les marins qui n’auraient rien trouvé. Il était tout de même plus simple de persécuter des juifs sans défense !), donc il ne put faire bénir cette nouvelle terre, comme il y avait un instant songé dans sa conscience d’extraterrestre.

Néanmoins, il fit procéder à la distribution de cadeaux auprès de tous ceux qui étaient là. Les indigènes apprécièrent les superbes clochettes à vache, la verroterie et surtout les tessons de bouteilles, qui furent particulièrement prisés.

Constatant que son interprète n’avait aucun succès, Cristobal prit sur lui de demander à certains hommes pourquoi ils avaient des cicatrices. Ceux-ci lui répondirent dans leur langue que c’est à cause des « Canbibas » (cannibales qui demeuraient aux Caraïbes) qui venaient de temps en temps les razzier. Cristobal fit semblant d’avoir compris qu’il s’agissait de sujets du grand Khan. Sentant qu’il devait agir comme il le faisait, il demanda à voir ce personnage considérable.

Pour se mettre à la portée des humains, l’extraterrestre Cristobal fit également semblant de chercher à savoir s’il avait dépassé Cipango.

Il fit planter une croix, comme par la suite sur le territoire de chacune de ses découvertes, puis il repartit et découvrit trois îles auxquelles il donna, en hommage, des noms espagnols : Santa Maria, Fernandina, Isabella.

Le 29 octobre, il arriva à Cuba, à qui il laissa son nom indigène, qui lui plaisait bien malgré sa non-conformité avec l’anatomie des indigènes.

C’était une grande île ; Cristobal sentit qu’il devait faire quelque chose. Aussi confia-t-il ses lettres d’ambassade à Luis de Torrès. L’interprète les transmit à l’hom- me qui lui paraissait être le chef de toute la région, même s’il s’étonna que celui-ci ne comprenne rien.

Tout n’était pas perdu, pourtant : le second, Rodrigo de Jerez, remarqua que les Indiens fumaient une sorte d’herbe qu’ils appelaient « tabac » ; il essaya, toussota, fumota et y prit tellement goût qu’il s’y habitua. Il revint avec cette manie profondé- ment ancrée en lui comme en plusieurs marins.

L’armateur Pinzon, lui, n’avait pas de telles billevesées en tête. Il cherchait de l’or mais il en trouvait très peu. Il décida de partir seul à sa recherche, quelques jours avant Noël 1492.

Quand il revint, bredouille, ce fut pour apprendre que le 24 décembre 1492, à minuit, la Santa Maria s’était échouée sur des récifs. Quel Noël !

Cristobal et ses compagnons arrivèrent finalement sur une île qu’ils baptisèrent Hispañola tant elle leur rappelait l’Espagne. Le chef de tribu local avait compris que les Blancs étaient consolés par l’or ; aussi, considérant l’extraterrestre Cristobal comme le patron de cette bande d’énergumènes marins, lui donna-t-il de l’or, dont un masque entièrement massif.

Cristobal savait qu’il devait revenir en Espagne pour rendre compte de sa mission à la reine. Il laissa donc trente-neuf hommes sur Hispañola. Ceux-ci restaient surtout parce qu’ils avaient remarqué les bracelets et des colliers en or des Indiens et aussi quelques femmes très belles auprès desquelles ils comptaient bien se délasser.

Le reste de l’expédition repartit le 16 janvier 1493, sur les deux caravelles, la Pinta des Pinzon et la Niña où Cristobal prit place.

Pour éviter aux futurs voyageurs des erreurs fondamentales, Cristobal décida de baptiser « Indes Occidentales » ces nouvelles terres, afin que personne ne puisse croire que l’expédition était arrivée en Chine.

Le voyage de retour fut périlleux, car les deux caravelles durent affronter en février une terrible tempête qui obligea Cristobal à les faire s’abriter aux Açores. Finalement, le 4 mars, elles arrivèrent à Lisbonne. Pinzon fut le premier mais cela ne lui porta pas chance puisqu’il mourut.

Là, un message de la reine attendait Cristobal : « Don Cristobal, notre Amiral de la mer Océane, Vice-Roi et gouverneur des îles qui ont été découvertes dans les Indes, nous voulons que vous veniez bientôt ».

Avec les rescapés de l’expédition et six Indiens, Cristobal entreprit un voyage triomphal. Il traversa Séville, Cordoue, Murcie, Valence et arriva enfin à Barcelone le 20 avril, Plazza del Rey, pour être accueilli par le couple royal. Il présenta au roi et à la reine les six Indiens qu’il amenait avec lui mais surtout le masque d’or qui lui avait été donné par le chef cacique d’Hispañola.

A ce moment même se terminait le Lude III.

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Guy

 

« Sacré Christophe ! » (partie 23)

INTERLUDE

Je vous devine tendu(e), impatient(e), amie lectrice, ami lecteur.

Que se passe-t- il ? Vous voulez savoir si Cristobal a bien découvert l’Amérique ? Oui, oui, je vous l’affirme.

D’accord, il a commencé par découvrir les îles qui sont devant, par rapport à nous, à gauche quand vous regardez sur une carte, si vous voulez.

Oui, il lui a bien fallu quatre voyages avant de finir par toucher réellement le continent américain. Mais quand même, je vous certifie qu’il y est arrivé. En personne !

Lorsque j’écris « en personne », vous me comprenez.
Qu’il soit bien entendu que si la chair et les os d’un certain Cristobal se sont chargés de cette affaire, c’est bel et bien l’esprit d’un extraterrestre, venu d’une planète inconnue à bord d’un vaisseau spatial, l’« Amaire-Rique », qui l’a conduite de A à Z.
Voulez-vous reprendre un peu de rhum ou de madère ? Non ? Vous avez tort ! Parce que maintenant je vous conduis sans escale jusqu’à la découverte, dans le Lude III. Lisez les pages suivantes : vous en serez convaincu(e) !

« Sacré Christophe » (partie 22)

LUDE II

Cristoforo décida alors de passer à l’action. Il réunit autour de lui un comman do de choc, composé de son frère de sang Bartholomé, qu’il consultat longuement afin de savoir à quoi il devait prétendre en remerciement de ses services, de son ami tonneau Marcello, du beau-frère du capitaine Dias, prénommé Fernao et de deux autres tonneaux amis de Marcello, auxquels ce dernier avait su inculquer sa très efficace technique maritime.
Cristoforo leur apprit son projet en ces termes :
Mes amis, vous savez à quel point je désire,
Et vous me connaissez, avoir un bel empire.
Pour ceci, mes amis, je vous le dis tout net,
J’ai besoin d’un appui qui me soit une fête.
Vous savez qu’il me faut trouver beaucoup d’argent
Pour louer des bateaux et vaincre l’Océan.
C’est pourquoi je vous prie de tous vous joindre à moi
Et vous tous mes amis, vivrez comme des rois.

Au nom de tous, Marcello lui fit cette réponse frappée au coin du bon sens :
Cristoforo ami, tu me connais très bien,
Et tu sais que je suis loin d’être un vaurien
De mon pas de tonneau, j’emboîterai le tien,
Et tous ces damoiseaux viendront suivre le mien.

Cette marque de confiance aveugle enchanta Cristoforo. Il expliqua alors longuement son plan qu’il qualifia de « mécénisation » à ses amis. Lorsque le dernier détail fut réglé, il leur proposa d’aller se reposer car la route qu’ils devraient parcourir serait certainement très longue.

Pendant une dizaine d’années, il voyagea incessamment avec ses amis. Tous se rendirent dans plusieurs grandes cours d’Europe pour proposer aux responsables politiques les plus en vue le projet que Cristoforo avait en tête : enrichir le trésor royal en ouvrant une nouvelle voie maritime vers les richesses mystérieuses de l’Orient, en passant par l’Ouest.

L’extraordinaire intelligence extraterrestre de Cristoforo lui avait fait découvrir à quel point les hommes qui peuplaient la Terre savaient peu de choses. Il s’était notamment aperçu que, grâce à la religion dominante de l’époque en Europe, la plupart de ses contemporains croyaient que le monde était plat. Bien malin qui aurait pu dire ce qui pourrait se passer quand on en atteindrait les limites !

Pour lui, qui avait l’habitude de voir cette planète, où il savait qu’une mission l’attendait, depuis les hublots de son vaisseau spatial, cette théorie était complètement absurde. Néanmoins, il leur pardonnait car après tout jusqu’alors personne ne s’était élevé aussi haut que lui pour dominer complètement le sujet.

Leur terre, naturellement, était beaucoup plus petite que la réalité.

Pour eux, elle était centrée autour de la Mer Méditerranée ; elle se limitait en fait à l’Europe, à l’Afrique du Nord et au Proche-Orient
(note 59 – soyez tout de même indulgent(e) à l’égard de nos ancêtres. Après tout, lorsque vous étiez plus jeune, sinon tout(e) petit(e), amie lectrice, ami lecteur, n’avez-vous jamais pensé que les habitants des antipodes avaient la tête en bas ?).

Seuls quelques esprits audacieux avaient eu le courage de reprendre deux ou trois idées venues de l’Antiquité. Ils étaient persuadés que la Terre, en réalité, était un globe. Quelques-uns, dans le secret de leur âme, pensaient sûrement qu’il tournait autour du soleil mais n’osaient pas le dire : les ravages que causaient déjà l’Inquisition en Espagne étaient connus et la religion catholique avait décidé une bonne fois pour toutes que, la Terre étant le centre du monde, tout tournait autour d’elle.

En 1484, il réussit, grâce à un juif de l’entourage royal, à parvenir devant Jean II, roi du Portugal. Leur entrevue fut brève mais significative.
– Sire, dit Cristoforo-Cristobal, je vous apporte la preuve que vous pouvez devenir le maître de Cipango et vous emparer de toutes ses richesses en or et en épices de toutes sortes.
Ah bon ! s’interloqua le roi
(note 60 – amie lectrice, ami lecteur, je vous entends d’ici. Vous vous dites : ça y est, le mec, il déraille complètement. Il est nul en grammaire, il ne sait même pas qu’on ne peut pas s’interloquer soimême. Ah bon ? Et depuis quand ? Interloquer, ça vient du latin « interloqui » qui signifie interrompre. Et alors, on ne peut pas s’interrompre soi-même ? Ca, une fois, comme diraient mes amis belges de Ganshoren ! Tenez, pour vous le prouver, je vais vous faire un cadeau culturel ; à vous de reconnaître qui me l’a inspiré :
« Je m’interloque moi-même avec assez de moques,
Mais je ne permets pas qu’un autre m’interloque ! »
Peut-être convient-il que je vous apprenne qu’une moque, c’est un pot de terre vernissée que l’on utilise pour boire. Dès lors, si j’ai une moque aux lèvres et que j’en déguste le contenu, il me paraît évident que je suis obligé de m’interrompre moi-même ! Je ne peux plus parler, donc je m’interloque. Si vous connaissez un grammairien, vous pouvez lui signaler ceci de ma part). Mais… comment ?
– Tenez, sire ! Regardez ces documents !
Et Cristoforo
(note 61 – c’est la dernière fois que je l’appelle ainsi. A partir de maintenant, je le nommerai Cristobal, puisque c’est lui-même qui a choisi ce nouveau prénom) de montrer au roi les vrais faux documents qu’il avait fabriqués lui-même en personne avant de les faire vieillir artificiellement grâce à un procédé ultra-secret venu de l’espace
(note 62 – j’ai fort heureusement découvert ce procédé que je vous livre sous le sceau du secret le plus absolu, bien entendu. Il avait frotté de terre les dits documents après les avoir chiffonnés, puis il les avait secoués pour ôter le limon et les avait enfin fait vieillir près d’une fenêtre, non loin d’un poêle pour que le tout sèche. Surtout, surtout, ne répétez à personne cette méthode artistique pour faire vieillir artificiellement un document. J’aurais l’air de quoi si vous alliez trouver un égyptologue distingué en lui racontant que vous avez trouvé un parchemin exposant un extrait de la vie du célèbre pharaon « Kih-Oskh » ? Les mânes d’Hergé feraient certainement un bond !).
Jean II fut secrètement intéressé mais il ne le montra pas. Il s’attendait à tout, mais il fit un véritable bond quand Cristobal lui exposa ses prétentions, à lui soufflées, rappelez-vous, par son frère : le roi pensa qu’il était dément.
Quoi ? Ce personnage qui n’avait pas de caution à lui présenter, qui n’avait qu’une expérience plutôt limitée du commandement en mer voulait le titre héréditaire de Grand Amiral de l’Océan ? Rien que ça ? Et de plus il exigeait une participation d’un dixième sur les profits de l’expédition ? Mais pour qui se prenait-il ? Et il voulait par dessus le marché soi-disant introduire le christianisme aux Indes ? Il y a des spécialistes pour ça, pensa Jean II qui haussa les épaules.
Il n’empêche, il était bien intrigué, le roi. Un roi, vous le savez, a plus d’un tour dans son sac. Dès que Cristobal eut tourné les talons, Jean II fit venir deux spécialistes de sa propre police secrète, Diego Montant-Laire et Francisco Piède-Biche. Il leur confia une mission secrète en ces termes, que je tiens de la bouche même de leur auteur via une consultation unique des archives de Jean II, qui ont disparu depuis :
– Mes petits, vous avez fait preuve jusqu’ici d’une maladresse incroyable. Je vous offre une occasion de vous racheter. Vous allez me suivre cette espèce d’Italien mâtiné d’Espagnol qui vit au Portugal. Vous allez trouver précisément son adresse. Dès qu’il sera parti pour faire ses courses, vous me fouillerez sa chambre de fond en comble.
– Mais sire, s’inquiéta Montant-Laire, il n’est jamais seul ! Il est toujours entouré de plusieurs accompagnateurs !
– Eh bien, répliqua le roi, vous attendrez qu’ils partent tous.
– Certes, sire, certes, intervint à ce moment Piède-Biche. Vous avez parfaitement raison. Mais que devrons-nous trouver, majesté ?
– C’est très simple. Vous avez vu cet homme partir tout à l’heure avec un gros paquet de cartes et de documents. Il me les faut.
– Parfait, sire ! répondirent en chœur les deux spécialistes.

Les voleurs royaux examinèrent le moindre millimètre carré de la chambre de Cristobal. Ils ne trouvèrent pas ce qu’ils venaient chercher, à savoir les fameux documents. C’était normal : depuis leur fabrication, Cristobal avait pris l’habitude de les enfermer dans un coffre invisible, puisque situé dans la quatrième dimension, d’où il ne les sortait que secrètement, juste avant de les montrer à ses interlocuteurs.

Cristobal, par son essence extraterrestre, savait qu’il devait passer par l’humiliation de ce refus. Tous ses amis s’imaginaient qu’il allait s’arrêter là. C’était mal le connaître… d’autant plus que lui savait que cette recherche serait couronnée de résultat !

Il continua. En 1489, après avoir réellement mis au point sa tactique à l’aide de Marcello et de Bartholomé, principalement, il se tourna vers la Castille. La reine Isabelle consentit à le recevoir. Elle lui fit entendre que c’était là une grâce exceptionnelle, car elle passait son temps à prier pour les pauvres victimes de l’Inquisition, dont elle avait entendu une fois les cris de douleur alors que Tomas de Torquemada s’entêtait à vouloir les convertir par la force.

Si elle eut l’élégance de ne pas tenter de faire dérober ses documents secrets à Cristobal, du moins elle ne lui accorda rien de ce qu’il demandait. Cristobal, qui savait comment tout cela allait se terminer, n’en fut pas très affecté. Son entourage le remarqua et s’interrogea. Pour rassurer ses amis, il quémanda leur aide en leur demandant ce qu’il devait revendiquer, car il ne savait pas trop quoi faire dans ce domaine.

Ce fut son frère Bartholomé (par le sang et non par la nature spirituelle) qui lui avait appris ce qu’il devait exiger, avant même d’aller voir Jean II, le roi du Portugal.
Il lui rappela :
– C’est très simple, Cristoforo. Tu dois, en remerciement de la découverte des nouvelles terres que tu envisages, obtenir pour toi le titre héréditaire de Grand Amiral de l’Océan et une participation d’un dixième aux profits de l’expédition.
Cristoforo se serait volontiers passé de tous ces honneurs, voire de cette participation : ne savait-il pas qu’il repartirait dans l’espace aussitôt qu’il aurait touché le continent nouveau qu’il s’apprêtait à découvrir ?
Néanmoins, par égard pour celui dont il occupait le corps, il accepta de soumettre ces deux exigences à tous ceux à qui il présenterait ce projet.
Il répondit :
C’est d’accord, mes amis, vous m’avez convaincu.
Amiral je serai comme vous le voulez
Mais vous aussi aurez une part du tribut
Puisque c’est grâce à vous que nous pourrons voguer.
Enfin, Cristoforo, qui savait comment tout allait se terminer, perfectionna sa propre évolution.

Il commença par changer de femme. Il remplaça sa belle Portugaise amoureuse par une Espagnole qui le devint encore plus quand elle apprit ce qu’il voulait faire (ce qui prouve à l’envi qu’il connaissait réellement le futur). Il faut toutefois reconnaître qu’il honora cette seconde épouse d’une quéquette souvent distraite, car d’une part Cristoforo était parfois quelque peu anxieux au sujet de son projet et passait presque tout son temps à le peaufiner, d’autre part sa nouvelle femme avait le coup de reins beaucoup moins nerveux que la Portugaise, qui de surcroît chantait et dansait le fado à merveille.

De plus, Cristoforo, qui savait décidément comment toute cette affaire allait se terminer, changea de nom. Il demanda que, désormais, on ne le prénomme plus que Cristobal. Il était maintenant fin prêt. Il ne lui restait plus qu’à passer à l’action. Il lança ses amis sur toutes les pistes possibles, avec un seul but : atteindre l’oreille d’un grand ami d’un roi ou d’une reine.

Ils lui obéirent dans l’enthousiasme le plus complet. Alors, déçu, Cristobal ? Lui, pas du tout, puisqu’il savait déjà comment tout cela allait se terminer. Ses accompagnateurs, certainement !

Il réussit à les entraîner dans un long périple européen.

Il leur dit :
– Mes chers amis, puisque les chefs de cette péninsule ne veulent pas de ce projet, je vous propose d’aller l’exposer ailleurs. Il n’y a pas que le Portugal et l’Espagne en Europe, quand même ! Tenez, si nous allions nous dégourdir un peu les jambes du côté de la France et de l’ Angleterre ?

Ses compagnons approuvèrent avec joie son choix, quand il leur eut expliqué qu’il songeait à offrir ses services aux rois de ces deux pays. Voilà notre petit groupe reparti par monts et par vaux.

Premier but : l’Angleterre.
Par malchance pour Cristobal, pensèrent ses amis, le roi était fort occupé par ailleurs. En effet, Henri VII Tudor
(note 63 – vous parlez d’un nom, pour un roi ! Quel travail il devait abattre dans une journée !)
venait de tuer son rival Richard III et se remettait de ses émotions en essayant de vaincre les révoltes et les complots qui éclataient contre lui.

– Ça n’a pas marché en Angleterre ? interrogea Cristobal. Tant pis, allons en France, nous verrons bien !

Et aussitôt la petite troupe franchit la mer du Nord pour se rendre à la Cour du roi de France. Charles VIII, quant à lui, sortait de la « guerre folle ». Il pensait souffler un peu, mais on lui préparait son futur mariage avec Anne de Bretagne. Aussi devait-il apprendre diverses choses concernant le maintien ; Cristobal lui aurait bien envoyé l’une de ses anciennes amies, mais, craignant que le roi n’apprécie pas le cadeau, il décida de s’abstenir de le lui faire.

Finalement, Cristobal revint en Espagne avec ses amis.
Il avait compris, grâce à sa remarquable intelligence extraterrestre, qu’il fallait persuader directement, sans intermédiaire, quelques personnes de l’entourage royal d’intercéder en sa faveur ; c’était en effet le seul moyen efficace d’agir avec les princes qui gouvernaient l’Europe
(note 64 – à cette époque, bien sûr ! Il est évident qu’aujourd’hui tout est changé et que l’appui d’un puissant ou prétendu tel, par exemple un homme politique, ne sert absolument plus à rien, démocraties européennes obligent !).
Il exposa sa nouvelle stratégie à ses amis après l’avoir perfectionnée. Grâce à elle, il réussit à entrer en relation avec le duc de Médina Celi et surtout avec Juan Perez, le confesseur de la reine. Il sut tellement bien les persuader que, sans hésitation, ceux-ci promirent de convaincre à leur tour la reine Isabelle de Castille non seulement de le recevoir une seconde fois, mais aussi de lui accorder tout ce qu’il demandait.
Ils tinrent parole.
Il faut dire que la reine venait de terminer, grâce à son armée qui avait pris Grenade le 2 janvier 1492, une lutte sanglante et coûteuse, la Reconquista.
Cette fois-ci, elle s’intéressa – et même de très près – aux propos qu’elle entendit. Elle réfléchit beaucoup. En effet, elle devait peser tous les avantages et les inconvénients de ce qu’on lui avait présenté.

Finalement, elle accepta, car la proposition de Cristobal présentait à ses yeux trois avantages incomparables :
– en ouvrant une nouvelle route vers les pays encore païens pour les évangéliser, elle montrait son zèle catholique à l’Inquisition. Or, elle savait, pour les avoir vu agir, qu’il valait mieux être en bons termes avec Tomas de Torquemada et ses confrères ;
– si l’expédition aboutissait effectivement au pays de la soie et des épices, voire de l’or, elle pourrait renflouer très rapidement les finances royales. Celles-ci en avaient bien besoin, car elle avaient été mises à mal par la Reconquista ;
– elle ne risquait rien. Si Cristobal échouait, la concession qu’elle avait l’intention de lui accorder serait nulle et ses prétentions aussi.
Dès lors, tout alla très vite. Le 17 avril 1492, Isabelle de Castille et Cristobal signèrent leur contrat, en présence des amis du futur amiral, tout heureux de voir que leurs recherches avaient enfin abouti. La reine lui confia un passeport précisant en latin :
« Par les présentes, nous dépêchons le Très Noble Gentilhomme Cristobal Colomb avec trois caravelles sur la mer Océane, vers les régions des Indes, dans certains buts et desseins »
(note 65 – le plus fort, c’est que tout ce qui précède et tout ce qui suit est parfaitement authentique. Gonflé, le Cristobal, non ?).
Un simple papier, cela ne coûtait pas grand chose à la reine. De plus, l’expédition elle-même, avec ses trois bateaux, lui revenait vingt fois moins cher que l’armement d’un seul véritable navire de commerce. Les caravelles, à cette époque, étaient en effet des bateaux destinés aux pauvres. Cristobal se retrouva donc à la tête d’une mini-flottille.
Son navire amiral, s’appelait la Marie-Galante ; ça ne faisait pas très sérieux à ses yeux : pourquoi pas la « Marie-du-Port » ? Il décida de le débaptiser. Après avoir rempli mille et une formalités, il réussit à le nommer « Santa Maria ». L’équipage du navire-amiral, commandé par Juan de la Cosa, secondé par Rodrigo de Jerez, était composé entièrement de marins galiciens, très habiles.
Le second navire, la Pinta, appartenait aux frères Martin Alonso et Vincente Yanez Pinzon, armateurs. Ils faisaient le voyage en espérant trouver de l’or et en rapporter beaucoup. A bord, ils avaient embarqué leur équipage habituel.
Le troisième navire était la Niña de Juan Niño. Au total, Cristobal embaucha quatre-vingt sept gens de mer expérimentés. Beaucoup d’entre eux se doutaient de l’existence de l’Amérique puisqu’il y avait déjà, depuis la fin du Moyen Age, de la pêche dans les environs de l’Islande pour la morue. Ils s’attendaient à partir sur l’Atlantique Nord. Ils furent bien surpris de ce qu’ils ont trouvé.

« Sacré Christophe » (partie 21)

INTERLUDE. Après le choc culturel terrible que vous venez de subir, amie lectrice, ami lec- teur, en assimilant une leçon d’histoire à laquelle vous ne vous attendiez certainement pas en ouvrant cet ouvrage, je pense qu’il est bon de laisser votre esprit se reposer quelque peu. C’est pourquoi je vous invite, en ma compagnie, à marquer une petite pause.
Vous avez toujours votre verre de rhum ou de madère à portée de la main ? Parfait ! Trempez-y donc vos lèvres. Avez-vous constaté à quel point l’un ou l’autre de ces breuvages peut être rafraîchissant après ces instants palpitants que vous venez de vivre en compagnie de Cristoforo ? Allez, vous en reprendrez bien une petite goutte : si, si, j’y tiens ! C’est que le parcours est encore long, avant que la vigie crie « Terre ! » Alors, n’avais-je pas raison ?
Cet intermède m’a permis de reposer un peu mes doigts, fatigués d’avoir dû taper sur le clavier de mon Macintosh comme si j’avais été sourd (ça, c’est encore une expression qui m’amuse, car elle est totalement démentie par les faits : mon père était devenu un peu dur d’oreille avec l’âge, disons même qu’il était pratiquement sourd, mais je peux vous assurer qu’à quatre-vingt six ans il frappait beaucoup moins fort sur son enclume qu’à soixante treize, quand il a pris sa retraite !).
Puisque tout est maintenant en ordre, vous pouvez reprendre votre lecture. Sous le vocable de Lude II, vous allez apprendre comment Cristoforo Colombo a réussi à se faire « sponsoriser » par les Très Catholiques Souverains d’Espagne.

Guy

Dernières nouvelles de mon roman « Le Maître de l’eau »

Bonjour,

Si tu as lu mes dernières « Impressions » datées du vendredi 3 juin 2016, tu as appris qu’il est maintenant terminé et opérationnel (bientôt, quelques petits détails techniques à régler), comme disent les militaires troufions de l’armée.

Je t’ai montré la couverture, qui s’appelle en fait le plat de devant, dans mes impressions. Voici la « 4e de couv » (plus normalement nommée la « quatrième de couverture ») où figure le petit résumé suivant :

Une guerre sans merci s’engage entre un journaliste indépendant,
Luc Lavignac et un milliardaire, André Boulaur.
Pourquoi ?
Un chercheur, Francis Colpo, fils d’un des membres de l’équipe
de Benveniste, qui a introduit le concept de « mémoire de l’eau »,
découvre des applications inattendues de cette théorie.
Il la reprend et la perfectionne.
Bien vite, il est confronté au coût du financement de ses recherches.
Que faire ?
Il doit impérativement trouver un  « sponsor ».
Il le trouve en la personne d’André Boulaur,  P.D.G. de la S.I.E.
(Société Internationale des Eaux).
Boulaur, c’est aussi un  mégalomane prêt à tout pour satisfaire
toutes ses ambitions
Qui pourrait l’en empêcher ?
Il a la richesse nécessaire pour assouvir ses envies.
Il a des appuis dans tous les domaines, politiques, économiques
et financiers, ce dans le monde entier.
Grâce aux recherches de Colpo, il a les moyens techniques
de réaliser son projet.
Mais Luc Lavignac, journaliste notoire, se dresse contre lui.
Riche milliardaire contre journaliste impétueux : qui l’emportera ?
Quel sera le prix à payer ?

Bientôt sur amazon.fr, etc.

A bientôt si tu veux le lire !

Guy

« Sacré Christophe » (partie 20)

Ce fait explique pourquoi, lorsque je l’ai rencontré, il tenait le petit objet dont la  forme n’a pas échappé à la sagacité de mon regard perçant : il lui servait tout simplement à identifier rapidement les personnes qui pratiquaient cette religion particulière.
4 – le but ultime de la mission de Cristoforo, tel un David Vincent du XVème siècle,  était donc d’aider les descendants des Hébreux dispersés dans le monde et ayant échoué en Espagne à fuir ce régime inhospitalier pour aller dans un Nouveau Monde où ils ne seraient pas inquiétés. Cela explique pourquoi aujourd’hui encore le célèbre « lobby juif » est si puissant aux Etats-Unis.

A la lumière de ce qui précède, voici comment il est possible de reconstituer la vraie  vie de Cristoforo Colombo.

A Gênes, probablement, peut-être en 1450, un tisserand juif d’origine espagnole et  sa jeune femme eurent un rejeton qu’ils appelèrent, poussés par une puissance supérieure, Cristoforo. Dans cette enveloppe charnelle, tout exprès pour une mission de la plus haute importance, un être uniquement de pensée se glissa. Dès lors, Cristoforo devint génial.
Son enfance se déroula au bord de la mer, où il apprit dès son plus jeune âge à observer  les marins. Il savait qu’il devait persuader son père putatif de le laisser s’embarquer sur un bateau.

Inventant avant l’heure la célèbre « méthode Coué », il contraignit, à force de répétitions, le brave tisserand à le laisser partir. En attendant son premier navire, il se mit à l’abri des regards. Il quitta sa première enveloppe charnelle, qui disparut en fumée, puis se glissa dans la peau d’un jeune homme qui souhaitait s’engager comme mousse. Il renouvela plusieurs fois cette opération, que pratiquement seuls les serpents, sur notre vieille terre, réalisent encore, sans posséder la faculté de pouvoir faire disparaître leur ancienne peau.
Cristoforo, qui connaissait bien la nature humaine à force d’observations, possédait  le don de se trouver en parfaite harmonie avec tous ceux qui l’entouraient. Aussi put-il sans difficulté trouver un engagement sur un navire de très petite taille, appartenant à un certain capitaine Dias ; sur ce navire bourlinguait déjà depuis quelque temps un « tonneau » du nom de Marcello. Cristoforo devint son confident. Le capitaine Dias, dont l’honnêteté était plus qu’approximative, se livrait à de petits trafics que Cristoforo, pour lui être agréable, rationalisa. Ainsi eut-il l’idée des fameux « Gad-jette », qui firent beaucoup pour la fortune des trois hommes. Cristoforo savait qu’il devait, pour financer une expédition comme celle qu’il était appelé à monter, trouver beaucoup d’argent. Dès lors, il mit tout son esprit remarquable à l’ouvrage. Il semble toutefois que les épisodes du navire pirate qui faisait la chasse à la rançon, comme celui de la création de bataillons de jeunes femmes accortes destinées au délassement des marins dans les ports aient été inventés par des esprits chagrins, jaloux de son succès. Néanmoins, j’ai cru comprendre, après un terrible effort de concentration, que Cristoforo s’était glissé quelques instants dans la peau de quelques personnages louches, afin d’enrichir sa connaissance de la nature humaine, peut-être en vue d’un futur voyage qu’il saurait intituler : « Amaire-Rique II : le retour ».

L’expérience, apparemment, ne lui fut pas trop désagréable, particulièrement lorsqu’il s’est agi pour lui d’éduquer patiemment les jeunes femmes sélectionnées par ses soins à devenir des hôtesses très attentives à satisfaire dans les meilleurs délais le moindre souhait émis par un quelconque marin. Un doute subsiste, cependant. En revanche, il est indubitable que Cristoforo sut enrichir ses capacités maritimes en effectuant de grandes randonnées sur l’Océan avec des corsaires. Ce fut au cours de cette période qu’il rencontra la plupart des membres de sa future expédition. Toutes les légendes concernant les soi-disant cartes sont bien entendu fausses : Cristoforo possédait, dans sa super mémoire, une sorte de rayon laser capable de tracer avec une précision de l’ordre du micron le modelé exact de l’ensemble du continent américain ! Aussi ne faut-il pas s’étonner s’il ne confia, à tous ceux qu’il sollicita pour financer son projet, que des plans très approximatifs des régions où il souhaitait aller. C’est justement peu de temps auparavant qu’il eut l’idée géniale qui allait décider de son sort : inventer, bien avant l’heure, le « sponsoring ». En effet, il existait bien un certain mécénat, mais il ne s’appliquait qu’aux artistes. Tel prince était fier de pouvoir se targuer d’avoir facilité la vie du plus célèbre des peintres, tel autre du meilleur sculpteur du siècle, mais pour un navigateur ? Fi donc, pourquoi pas pour fabriquer un SMICARD
(note 57 – rappelons qu’au XVème siècle un SMICARD était un Savant Mélange Inoffensif Créant A Retardement des Douleurs. Certains princes italiens de la période immédiatement postérieure à celle de Christophe Colomb en ont expérimenté quelques-uns, qui n’étaient pas tous aussi inoffensifs que cela. Une famille s’illustra même particulièrement dans sa maladresse à créer des SMICARDs, puisqu’elle ne sut que fabriquer des poisons. On dit qu’elle compta un pape parmi ses membres, qui ne répugnait pas aux joies les plus charnelles, y compris, semble-t-il, en compagnie de ses propres enfants) ?

Cristoforo fit une analyse remarquable de la situation de l’Europe de l’époque. Il en  conclut que les princes qui régnaient n’avaient qu’une préoccupation en tête : s’enrichir
(note 58 – vous pouvez constater par vous-même à quel point les choses ont bien changé depuis. Avez-vous entendu parler de princes qui gouvernent en Europe dans le seul but de s’enrichir ? Certainement pas : leur finalité unique est de faire de leurs contemporains les personnes les plus heureuses du monde, bien entendu. Voilà pourquoi la reine d’Angleterre, dite Elisabeth II, est devenue la femme la plus riche d’Europe, et de très loin ! Et ne parlons pas des autres, qui n’ont jamais rien fait de leurs vingt doigts (puisqu’ils ne marchent même pas mais se déplacent uniquement en voiture !).

Dès lors, il lui sembla qu’en leur proposant un plan leur permettant justement d’atteindre ce but, il saurait bien en trouver un, plus cupide que les autres, qui lui donnerait suffisamment d’argent pour qu’il entreprenne un voyage destiné à montrer la voie aux Juifs qui souhaiteraient émigrer. Il mit le plus rapidement possible son plan à exécution.
Dès lors, il n’était plus Cristoforo jeunot-005 ; il entrait de plein pied dans le Lude II.

[ Lude II que vous allez retrouver la semaine prochaine ! ]

(à suivre)

Guy

« Sacré Christophe » (partie 19)

Cristoforo jeunot – 005

En fait – et grâce à moi, amie lectrice, ami lecteur, vous l’apprenez pour la première fois depuis que l’humanité a une histoire – toutes les interprétations précédentes concernant la jeunesse de Cristoforo Colombo sont fausses.

Je vais vous le prouver.

Deux personnages de fiction détiennent, en réalité, la réponse à cette angoissante question : mais qui était au juste Cristoforo ?

Le premier est Superman. Vous savez qu’il a été placé dans une sorte de capsule par ses parents, afin d’échapper au triste sort qui menaçait leur planète. Arrivé sur notre bonne vieille terre, il avait été adopté par un vieux couple de paysans tout heureux de voir grandir ce fils qui leur était littéralement tombé du ciel.

Le second est David Vincent. Vous vous souvenez certainement de cet homme fatigué, aux yeux clignotants, perdu sur une route sans issue, qui a vu aux États-Unis, au volant de sa voiture et en version originale non sous-titrée, « The Invaders ».

Cristoforo est en fait un étonnant mélange de Superman, de David Vincent et d’un envahisseur.

Ainsi que je vous l’ai précédemment signalé, grâce à la puissance spirituelle de l’étroit faisceau concentrationnel cervical que j’ai utilisé dans ce but, j’ai réussi, lors d’une séance de spiritisme, à faire venir seul devant moi Cristoforo afin qu’il s’explique au sujet de ses diverses vies

Au cours de cet entretien, j’ai remarqué plusieurs choses qui m’ont paru
bizarres. Je me dois de vous les exposer avant de vous expliquer quelle est la conclusion que j’en ai tirée.

La première chose, c’est que périodiquement un mot inconnu revenait à la surface de notre conversation. En tendant l’oreille de mon esprit
(note 54 – je vous rappelle que notre conversation était d’origine psychique !),
j’ai réussi à saisir un nom : « Amaire-Rique ».

Je me demandais de quoi il s’agissait lorsque soudain une image s’est imposée à mon cerveau : celle d’une lointaine planète inconnue dont s’éloignait un vaisseau spatial de ce nom contenant un berceau.

La seconde chose, c’est que tout en parlant mentalement avec Cristoforo je pouvais le détailler à loisir. De taille moyenne, il était vêtu comme le représente le portraitiste anonyme dont le tableau figure au musée naval de Madrid. Néanmoins, un détail de première importance me sauta aux yeux : il avait les petits doigts tout raides, signe indubitable qu’il avait envie d’envahir la terre. Je me demandai bien pourquoi faire.
La troisième chose, c’est qu’au moment où il sortait un mouchoir de sa poche pour se moucher, après s’être préalablement excusé de devoir interrompre pour un court instant notre communication, il fit tomber un petit objet que j’identifiai aussitôt : c’était une étoile de David surmontée d’un chandelier à sept branches, le tout taillé dans un bloc d’un métal inconnu.

J’ai eu aussitôt l’éclair de génie de la compréhension. Cristoforo l’a bien senti, qui a disparu peu après, laissant derrière lui une sorte de musique que l’on pourrait apparenter à celle, célèbre, qui fit identifier le feuilleton dont je vous entretenais ci-dessus dans le monde entier : en fait, il avait été envoyé sur terre, tel un David Vincent de l’ailleurs, pour sauver les Juifs du triste destin qui leur était imposé en Espagne. Effectivement, 1492 marque non seulement la date de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, mais aussi celle de la fin de la célèbre « Reconquista ». Et tout collait à merveille.
Un exemple : si vous prenez la Bible et que vous lisiez la description du « char de Yahvé » telle que la réalise Ezéchiel, vous vous apercevrez sans difficulté qu’il s’agissait bien déjà de vaisseaux extraterrestres en forme de soucoupes que ce brave homme assimilait à des roues !

En réalité, Cristoforo Colombo était un extraterrestre. Tout concorde, absolument tout.

Tenez :

1 – nul ne peut dire avec certitude ni quand ni où il est né. Soit, il n’est pas le seul à l’époque, mais enfin cela laisse un arrière-goût troublant.
Cristoforo est né à bord d’un vaisseau spatial, « l’Amaire-Rique », de la
septième génération des Joz-hué, ceux-là même qui ont fait s’écrouler les murs de Jéricho tandis que sept prêtres portant sept trompes soufflaient dedans en faisant sept fois le tour de la ville au septième jour du siège
(note 55 – ce que notre plus grand poète épique hélas ainsi que l’appelait un envieux, alors qu’il se nommait tout bonnement Victor Hugo, a résumé par cette formule lapidaire : « A la septième fois les murailles tombèrent ») ;

2 – il est très difficile de savoir exactement ce qu’il a fait entre le moment où il est né et celui où, en 1492, il est parti pour découvrir l’Amérique… qu’il connaissait fort bien depuis longtemps. Pourquoi ne sait-on pas ce qu’il a fait ? Je vous en livre la raison EN EXCLUSIVITE MONDIALE : Cristoforo a dû se glisser dans la peau de plusieurs personnes avant de pouvoir adopter une figure quasi définitive.
Ce faisant, il agissait comme les « Invaders » nommés ci-dessus : il s’emparait de l’apparence physique d’un personnage, s’enfouissait dans les méandres de son esprit et utilisait tous les sens de celui dont il occupait le cerveau pour se pénétrer du mode de vie courant à l’époque. Ainsi, il siégea successivement dans les corps d’un jeune mousse devenu l’ami d’un « tonneau », d’un jeune tisserand migrateur amoureux des femmes, d’un apprenti corsaire, enfin d’un jeune trafiquant à la moralité douteuse. Pourquoi, direz-vous, n’a-t-on jamais retrouvé les corps de ces jeunes gens qui ont bien disparu un jour, lorsque Cristoforo a quitté son enveloppe charnelle pour se glisser dans une autre ?

C’est très simple et l’explication en est logique.

Vous rappelez vous précisément des « Invaders » (ou « Envahisseurs », comme on a su le traduire judicieusement dans la langue de Villon, de Rabelais et de Molière, ainsi que de Baudelaire, Verlaine, Brel et Brassens) ? Souvenez-vous : à chaque fois qu’un homme venu de l’espace mourait, son enveloppe corporelle se désintégrait avec lui. Vraisemblablement, les scénaristes de cette série ont dû avoir la visite de quelques envoyés de la civilisation de Cristoforo, mais ils n’ont pas tout compris : en réalité, l’enveloppe charnelle disparaissait, mais l’esprit de Cristoforo s’emparait d’une autre enveloppe exactement comme Horace Pinker dans « Shoker », le film de Wes Craven, sorti en 1989.
Ce fait explique tout : à partir du moment où Cristoforo s’est glissé sous sa forme spirituelle dans la peau du personnage adulte qui a découvert l’Amérique – plus exactement qui a cru le faire – sa mission était quasiment terminée. Elle ne le fut que lors de son quatrième voyage, quand il toucha réellement le continent américain.
Voilà pourquoi, l’esprit de Cristoforo étant reparti pour sa planète d’origine, le pauvre hère est mort dans une misère quasi absolue. Mais n’anticipons pas !

3 – la mission de Cristoforo n’était pas du tout de découvrir l’Amérique. Il la connaissait très bien puisqu’il la voyait tous les matins, depuis la fenêtre de la cabine de son vaisseau spatial, alors qu’il se rasait en sifflotant un air qui ressemblait furieusement à une musique devenue célèbre, qui indiquait le début d’une série télévisée américaine dont le rôle principal était tenu par un acteur du nom de Roy Thines.
Il devait aider les Juifs à échapper à la terrible Inquisition, qui les massacrait les uns après les autres sous prétexte de les convertir
(note 56 – avez-vous d’ailleurs remarqué à quel point, lorsqu’un groupe de personnes est certain de détenir une vérité quelconque, il tente de l’imposer par la force imbécile, quitte à massacrer tous ceux qui ne partagent pas son opinion, au lieu de le faire par l’intelligence de son propos ? Les exemples ne manquent pas, malheureusement, dans l’histoire de l’humanité. On en trouve même encore actuellement.
Cette remarque m’a conduit à conclure :

a – que seuls les crétins prétendent qu’il y a des leçons à tirer de l’histoire (et bien entendu les hommes politiques ; à vous de savoir dans quelle catégorie vous les rangez). S’il y en avait, pourquoi de tels massacres existeraient-ils encore aujourd’hui ?
b – qu’il est normal que les sectes qui éclosent un peu partout aient beaucoup de succès : en dehors de tout ce qu’elles sont censées apporter à ceux qui cherchent un idéal, elles ne prétendent pas imposer leurs arguments par la force, tout du moins en apparence, mais par la raison. En réalité, elles se servent de techniques qui s’apparentent à la fois au « lavage de cerveau » et au « bourrage de crâne » ;
c – que Jean-Marie Arouet dit Voltaire avait certainement raison d’envoyer les gens s’occuper en urgence de la culture de leur propre jardin. Il est bien plus intéressant de regarder pousser une petite plante que de voir agir les hommes, en tous cas certains et particulièrement ceux qui prétendent (au nom de quoi, je vous demande un peu !) régir la vie des autres ;
d – que bien peu de gens ont compris que Georges Brassens avait lui aussi raison lorsqu’il chantait qu’il était idiot de mourir pour des idées, parce que lorsqu’on sait la valeur réelle des idées que l’on vous envoie défendre sous prétexte que vous êtes obligé de le faire puisque vous vivez dans un pays dit libre, il y a effectivement de quoi se poser des questions ;
e – qu’un philosophe ami des bêtes a également bien eu raison de prétendre que « plus il connaissait les hommes, plus il aimait son chien  », pensée reprise par Monsieur Alain Delon, acteur-producteur-réalisateur de cinéma, si j’en crois les quelques interviews que j’ai lues de lui. J’ai eu un chien, un seul ; je n’en veux pas d’autre. Il était le seul chien de ma connaissance qui n’ait jamais aboyé ni après un facteur ni après un gendarme. Peut-être estimait-il, en son for intérieur de chien, que contrairement à ce qu’on dit un uniforme n’a jamais donné de prestige à quiconque, mais je ne connais pas le langage chien. Alors… A propos de Monsieur Alain Delon, une petite remarque : j’ai eu jadis un vieux professeur de philosophie qui s’acharnait à apprendre à des gens qui comme moi étaient absolument passionnés par cette discipline (pour tout vous dire j’ai fait Mathématiques Elémentaires, ce qui correspond à peu près aujourd’hui, si j’ai bien compris, au Bac C), que l’on pouvait se permettre d’écrire « Blaise Pascal » car il était mort depuis fort longtemps mais que l’on devait écrire « Monsieur Jean-Paul Sartre » qui à l’époque était encore en vie. Si aujourd’hui je peux écrire « Jean-Paul Sartre », je n’écrirai jamais autre chose que « Monsieur Alain Delon » tant qu’il sera vivant. Certains journalistes de la presse écrite ou parlée devraient à mon avis faire cet effort qui à la vérité coûte peu… et fait tellement plaisir aux gens !).

(à suivre)