Archives mensuelles : août 2015

À propos de mon premier « vrai roman » (suite 10)

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À propos de mon premier « vrai roman » (suite 10)

M…, tout est parti !

Il fait trop chaud pour que je recommence tout, je résume :

Je t’ai présenté les principaux acteurs de ce roman.

– Francis Colpo, le « chercheur fou », qui a trouvé une possibilité intéressante d’influencer les esprits en perfectionnant les travaux qui ont des effets précédemment à propos de la
« mémoire de l’eau »,

– André Boulaur,  le « sponsor » de Colpo.  Ses raisons de soutenir les travaux de recherche du « savant fou » sont multiples et certaines sont particulièrement troubles, tu t’en rendra compte à la lecture,

– Lucas Essey,  personnage important du roman, qui sera d’abord victime des recherches de Colpo et  qui,  finalement, comprendra aussi bien que le dernier personnage principal ce qui se trame au cours de ce roman,

– Luc Lavignac,  le journaliste, qui va conduire une enquête analogue à celle qu’il aurait pu faire s’il avait été policier.

La suite la prochaine fois,

Guy

 

Une définition très importante.

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Inutile : il y en a beaucoup. Selon moi, il y en a même de plus en plus.

Tiens, prenons un exemple d’inutile-type, l’homme politique (voir ce mot).

Le mec (la nana, ne soyons pas sexiste) se prétend utile pour gérer la France à la place des Français, sous couvert de démocratie représentative. Moi, je ne crois pas pour au moins trois raisons :

1 – l’homme politique n’en a « rien à secouer » de la France, comme disait si aimablement un météore femelle premier ministre. La seule chose qui l’intéresse, c’est sa réélection et donc son portefeuille (même s’il n’est pas ministre) ;

2 – je n’ai jamais entendu un homme politique déclarer exactement ce que moi je pensais à propos d’un problème. J’en déduis qu’aucun homme politique n’est capable de parler à ma place. Si donc aucun n’est capable de parler à ma place, je ne vois pas au nom de quoi il me représenterait. Balançons gaiement aux orties la démocratie représentative et remplaçons là par la démocratie directe ;

3 – tu vas dire par Internet c’est simple : les spécialistes qui font les lois (parce que ne
t’ inquiète pas ce ne sont pas les abrutis qui siègent dans les assemblées ou sur les fauteuils des ministères qui font les lois, il y en a même quelques-uns dont on peut se demander s’ils savent lire et écrire) préparent un texte ; tu prends ton micro-ordinateur, tu te branches sur Internet, tu tapes ton code, admettons ton numéro de sécurité sociale ou un autre spécifique et tu tapes ensuite O pour oui et N pour non, par exemple. Et ça marche, c’est comme ça que ça fonctionne pour la SACD mais aussi pour plein d’autres organismes

Et ça, c’est de la vraie démocratie, à condition que le système soit bien sécurisé. Il n’y a qu’à demander à des hackers, au lieu de les mettre en prison !

Guy

« Sacré Christophe » (partie 11)

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« Sacré Christophe » (partie 11)

A peine arrivés, ils constatèrent qu’il y avait encore de nombreuses réparations à effectuer. Ils décidèrent alors de se plier aux habitudes traditionnelles des marins dans les ports. Comme leurs maigres économies touchaient à leur fin, ils couchèrent dans le bateau où, un soir de beuverie, ils entraînèrent avec eux une jeune brune peu farouche, pleinement décidée à profiter de la compagnie des deux amis.

Cette nuit là, Cristoforo se rendit compte avec ravissement qu’une jeune femme pleine de bonne volonté avait à sa disposition des ressources autrement plus intéressantes que celles de son ami Marcello, qu’il convia à partager le plaisir de cette découverte. La jeune femme, une certaine Lucrezia, dévoila même aux yeux ravis des deux jeunes gens ses possibilités les plus intimes, tout exprès pour leur plaisir.

Elle leur enseigna tout l’art de l’amour à trois personnes, qu’elle avait découvert il y avait fort longtemps grâce à deux marins qui étaient revenus, ayant perdu la mémoire de tout sauf de ce qui concernait ce domaine d’activité, d’un continent très étrange où les livres les plus sacrés traitaient justement de cette science.

Ses deux initiateurs appelaient d’ailleurs l’un de ces livres le « Kama… quelque chose », car ils avaient oublié le reste.

L’événement fut décisif : à partir de cette nuit, Cristoforo se jura de profiter pleinement de tout que que la nature mettrait à sa portée quand il serait dans un port. Son ami Marcello, mis dans la confidence, approuva chaudement ce comportement qu’il imita, tout en restant, à bord, le maître du « tonneau ».

Cristoforo voulait connaître autre chose que le cabotage du petit bateau du capitaine Dias.

Celui-ci, sentant que les deux amis, pour lesquels il éprouvait une certaine affection, cherchaient à le quitter, ne négligea pourtant aucune occasion de leur être agréable. Il troqua même sa « Santa Maria di Gena » contre quelque chose qui ressemblait davantage à un navire. Malgré cela, il se contentait de caboter de port en port. Aussi Cristoforo chercha-t-il, toujours en compagnie de Marcello, à trouver d’autres engagements.

Un soir qu’ils se trouvaient à Gênes, ils firent la connaissance d’un navigateur portugais du nom de Perestrollo. C’était aux alentours de l’an de grâce 1477.

L’audacieux personnage avait entendu parler de ce jeune homme, fort bon marin, qui se déplaçait en compagnie d’un « tonneau » dont la technique remarquablement performante avait de quoi séduire plus d’un équipage. Aussi les embaucha-t-il sur le champ
(note 32 – et également sur son navire !).

Le capitaine Perestrollo était l’heureux possesseur d’un véritable navire, qui ne ressemblait en rien à la grosse barque du capitaine Dias. Cristoforo et Marcello furent très heureux d’apprendre que ce fameux capitaine souhaitait leur présence à son bord. Voilà qui les changerait agréablement et leur ferait entrevoir de ces nouveaux horizons que Cristoforo, au fond de son coeur, souhaitait tellement découvrir. Ils se retrouvèrent donc au Portugal, non loin du port de Lisbonne.

A partir de cet instant, Cristoforo se rendit compte qu’il existait beaucoup de choses dont son intuition géniale lui avait fait seulement soupçonner la réalité.

Ainsi, l’Océan Atlantique possédait des marées dont l’amplitude n’avait rien à voir avec celles de la Mer Méditerranée. Or, pour les avoir vues de ses propres yeux, Cristoforo savait que les différences de niveau sur les côtes italiennes se retrouvaient sur celles d’Afrique, de l’autre côté de la mer. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer que ces vagues géantes de l’Océan avaient leur pendant quelque part dans un monde inconnu ?

Ce nouveau monde, il l’aborda d’une bien curieuse façon. Il le cherchait partout, en compagnie de Marcello. Néanmoins, ce fut un petit fait anodin qui le guida vers des recherches plus poussées.

Un soir de 1478, à moins que ce soit par une belle journée de 1479 ou au cours d’un dîner en 1480, il fit la connaissance de la jeune fille du capitaine Perestrollo. Ebloui par sa beauté, il fréquenta assidûment, lors de chacun de ses retours, la demeure de son commandant. Celui-ci, charmé par le jeune homme, finit par lui accorder la main de son héritière. Comme il mourut peu de temps après la cérémonie du mariage, Cristoforo hérita des cartes et de toutes les observations maritimes soigneusement notées par son beau-père.

Parmi tous les papiers qu’il retrouva en fouillant avec acharnement dans la maison qui était désormais la sienne, figurait l’oeuvre de Marco Polo. Une analyse subtile de l’ouvrage fit comprendre à Cristoforo que, puisqu’il y avait une voie terrestre pour aller en Inde en arrivant à pied de la Chine, c’est-à-dire une manière d’aborder ce continent par l’Ouest, il devait exister également une voie maritime.

Auparavant, il avait tenté deux voyages non dépourvus de mystères.

Ainsi, il bourlingua le plus loin qu’il le pouvait sur la mer du Nord, où il se hasarda jusqu’en Islande (note 33 – où il aurait peut-être pu retrouver la trace des découvertes des Vikings d’Eirik le Rouge et de son fils Leiv. D’après les témoignages de l’époque, que je n’ai pas lus, il semble qu’il n’en ait rien été. Rien ne t’empêche de l’envisager, rien ni personne et surtout pas moi ! A toi de jouer, amie lectrice, ami lecteur !). Il ne trouva rien qui put infirmer ou confirmer sa théorie.

Rien au Nord ? Cristoforo était un génie persévérant.

Il partit pour le Sud, profitant du fait que le capitaine Perestrollo souhaitait s’ouvrir de nouveaux débouchés en Afrique. Il se rendit jusqu’en Guinée. Là, Marcello, ravi par les charmes d’une fort belle Africaine, revint nanti d’une maîtresse et d’une postérité en puissance.

Grâce à Cristoforo, qui cacha la jeune femme dans sa cabine moyennant la participation buccale des deux époux à l’épanchement de ses humeurs, elle arriva à bon port.

Marcello l’épousa et la fit se fixer dans une maison de la ville, où elle attendit sans impatience à la fois le retour de son époux et l’arrivée d’un héritier (note 34 – celui-ci fut le premier de toute une lignée dont j’ai retrouvé la trace grâce à un fait en apparence anodin. Dans la famille, outre le fait que tous les garçons premiers nés étaient métis, il était de tradition de les baptiser Marcello et d’en faire des fabricants de tonneaux. Dès lors, les choses étant ce qu’elles sont et la raison ce qu’elle est, il m’a été facile, en arguant du prétexte que deux et deux font quatre, de trouver le dernier descendant du compagnon de Cristoforo. Malgré ses dénégations du début de notre entrevue, il a fini par reconnaître que, selon un arbre généalogique qu’il m’a montré, il était bien le dernier descendant actuel de Marcello. Malheureusement, le pauvre étant décédé juste avant la publication du chef d’oeuvre d’érudition que tu as en ce moment même entre les mains, amie lectrice, ami lecteur, tu es obligé(e) de me faire une confiance totale pour ce fait, comme d’ailleurs pour la plupart des événements historiques relatés ici. A mon avis, tu le peux : pourquoi ne pas faire confiance à l’historien que je suis (un peu) alors que tu accordes un crédit aveugle aux autres historiens qui ne sont même pas d’accord sur le fait de savoir quel a été le passé de Cristoforo ? Et cela, dans le monde entier !).

Cristoforo se doutait d’une manière de plus en plus certaine qu’il existait un ailleurs probable.

Plusieurs éléments le confirmèrent dans son opinion. La relecture de plus en plus attentive de l’oeuvre de Marco Polo, ainsi qu’une étude critique poussée des papiers de feu son beau-père et l’abondante correspondance qu’il échangea avec l’astronome Toscanelli, tout lui fit élaborer un grand projet de voyage en direction de l’Ouest, en vue de trouver une voie maritime qui le conduirait aux Indes par l’Ouest, afin d’y faire fortune.

Dès lors, toute une période de sa vie était close. Cristoforo jeunot-001 n’existait plus.

A suivre, bien entendu

Guy

À propos de mon premier « vrai roman » (suite 09)

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À propos de mon premier « vrai roman » (suite 09)


Ainsi je te l’ai appris vendredi dernier et si tu lis cela samedi, c’est parce que j’ai dû m’absenter pour deux jours (je te prie de m’en excuser, mais tu sais bien qu’on ne fait pas toujours ce que l’on veut dans la vie courante ou tout du moins à propos de ce que l’on a prévu de faire !),  je viens te parler de ce que tu ne connais pas encore.

Je t’ai promis de t’en dire un peu plus au sujet du « sponsor » de Francis Colpo, alors parlons-en, sans trop en dévoiler, autrement tu n’achèteras jamais mon roman quand il sera terminé !

Il se nomme André Boulaur. Il est le P.D.G. de de la « Société Internationale des Eaux », la S.I.E, première société mondiale dans le domaine de l’eau et de sa distribution.

Il s’intéresse de près aux recherches de Colpo. Pourquoi ? Il a l’intuition que, au-delà de l’aspect purement scientifique des travaux de Colpo,  il existe des bénéfices que le chercheur n’a pas imaginés dont, en particulier, la possibilité d’influencer les pensées directement, sans en avoir l’air. C’est la raison principale qui explique qu’il va faire tout ce qui est en son pouvoir pour l’aider à faire aboutir ses recherches, notamment en mettant à sa disposition, comme je te l’ai expliqué, un lieu à la fois proche de Paris (siège social de la société, évidemment) et suffisamment éloigné de tout pour que Colpo puisse poursuivre ses recherches en toute tranquillité d’esprit.

Le premier problème que Colpo doit résoudre est celui des volontaires pour participer à l’expérience. Après des essais vains, il réussit à trouver une combine en s’appuyant sur ce qu’on appelle couramment « les nouvelles technologies », en fait Internet et les réseaux sociaux.

Je ne vais pas tout te dévoiler, j’en ai déjà assez dit.

Voyons maintenant Françoise Essey.

Elle était la femme du meilleur ami du journaliste Luc Lavignac, qui joue un rôle prépondérant dans cette histoire, tu t’en rendras compte. Le couple a eu un fils, Lucas, dont Luc est le parrain. Malheureusement, le mari de Françoise a été victime d’un accident de voiture dans lequel il est décédé. Luc, en tout bien tout honneur, a décidé de prendre Françoise et son fils sous son aile.

Cela implique beaucoup de choses et explique, notamment, pourquoi Luc va conduire une véritable enquête à propos de Colpo, de Boulaur et de la société S.I.E.

Je ne vais pas tout te dévoiler. Attends un peu pour lire plusieurs autres éléments, dans un article que j’intitulerai doctement de cette manière : « Comme promis à propos de mon premier « vrai roman » (suite 10) ». Suite logique, non ?

Guy

Deux autres définitions : un mot et son contraire.

Deux autres définitions : un mot et son contraire.

Accru : c’est le contraire de Acquit (voir ce mot).

Acquit : je suis bon. Je ne vous dirai donc pas comme certains dictionnaires, parmi les plus réputés, ont le culot de l’écrire : contraire de accru (voir ce mot).

A l’issue d’une longue enquête quasi policière, j’ai trouvé que ce mot avait quatre acceptions
a – un sens typiquement policier, justement. Ne dit-on pas « Acquit profite le crime ? »
b – un sens culinaiıre qui a aussi un rapport au vin.
Vous vous souvenez que le A est une variété de vin dont il ne faut pas abuser. Or, lorsque l’on est fatigué, enrhumé, souffrant mille morts (plus une comme le prétendaient jadis mes professeurs de mathématiques qui s’exclamaient sans rire que « quel que soit un nombre N aussi grand que l’on veut, il en existe toujours un qui lui est supérieur et qui s’écrit N+1 – CQFD »), un bon vin chaud, avec de la cannelle, un peu de miel et pas trop d’eau (la quantité que met le curé dans son calice par rapport à celle de vin blanc), vous remet dans une forme éblouissante. Or, du vin chaud, c’est du vin cuit !
c – il existe aussi une expression que je vous cite simplement, sans commentaire : « Acquit’l est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous »
d – enfin, et pour mémoire, un proverbe prétend que « Bien mal acquit ne profite jamais ! »

Je me demande quel est (vous pouvez rayer ou cocher)
0 le ministre des finances
0 l’huissier
0 l’inspecteur des impôts
0 le percepteur
0 le TPG
0 le député
0 le sénateur
0 le conseiller régional
0 le conseiller général
0 le maire
0 etc. (la liste est trop longue)
qui a inventé ce soi-disant « proverbe » !

Si vous en avez une petite idée, je vous remercie de me la signaler en m’indiquant très précisément vos sources.

« Sacré Christophe ! » (partie 10)

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« Sacré Christophe ! » (partie 10)

A partir de ce moment, Cristoforo n’arrêta pas de naviguer.

Il fit ainsi la connaissance de tout le monde connu à l’époque. Il bourlingua même sur la mer du Nord, où il se hasarda jusqu’en Islande et sur l’Atlantique, où il se rendit jusqu’en Guinée. Mais entre temps, il avait fait de très nombreuses choses.

Ainsi, de nombreux témoins de son époque ont cru pouvoir assurer que, tout jeune, il était entré en relation avec l’astronome florentin Toscanelli.

Ce fut grâce à Marcello que Cristoforo fit la connaissance de cet illustre personnage. En effet, le « tonneau » du capitaine Dias était d’origine florentine
(note 29 – ainsi que l’un de ses descendants a pu me l’assurer au cours d’une très longue enquête qui m’a conduit aux quatre coins du monde. J’adore cette expression : avez-vous déjà vu un coin sur une boule ?).

Un soir de bordée, alors que la « Santa Maria di Gena » était amarrée à Venise, le capitaine Dias apprit à son équipage qu’il lui accordait généreusement un mois de congé, parce que son bateau devait être réparé en totalité
(note 30 – le radoub était lent à l’époque, bien qu’aucune grève n’ait été annoncée, ainsi que j’ai pu m’en assurer en fouillant dans les archives de la Confederazzione Generali di Tonnelli, dont Marcello était l’un des membres les plus en vue. La C.G.T. possédait en effet à cette époque le privilège de pouvoir embaucher les spécialistes dignes de contrôler et d’éventuellement réparer les « tonneaux » dans lesquels les personnes comme Marcello étaient installés au moment où, le vent étant calme et l’humeur de ses hommes quelque peu agitée, le capitaine décidait de faire un petit plaisir gratuit à son équipage afin de lui ôter toute velléité de rébellion éventuelle. Par la suite, cette confédération des marins italiens s’est chargée de l’embauche de tout le personnel des bassins de radoub, puis de l’ensemble de ceux qui travaillaient sur le port. Il semble que cette tradition d’embauche monopolisée par la C.G.T. se soit maintenue dans quelques pays, notamment en ce qui concerne les personnes chargées du chargement et du déchargement des navires de tous tonnages, ce mot se rapportant bien entendu au nombre de personnes exerçant la fonction importante de Marcello sur un bateau et absolument pas, comme certains esprits chagrins aux vues étroites ont prétendu l’imposer, à une mesure de capacité quelconque !).

Marcello avait sauté sur l’occasion.

Après avoir soulagé le capitaine Dias et le marin Antonio, il avait entraîné son ami Cristoforo dans une aventure pour le moins insolite. Puisqu’ils avaient quartier libre, il lui proposa de visiter sa ville natale. Cristoforo, à la fois génial de naissance et curieux de nature, accepta aussitôt. Ainsi fut fait.

Ils n’avaient bien entendu d’autre ressource que d’employer le moyen de transport le plus commun de l’époque, le cheval
(note 31 – il est à noter, amie lectrice, ami lecteur, que les Italiens de l’époque devaient être des machos invétérés puisqu’ils considéraient cet animal comme « la plus noble conquête de l’homme », le faisant passer ainsi devant la femme).

Le capitaine Dias les avait gratifiés chacun d’une indemnité d’immobilisation rondelette ; elle leur permit de louer deux montures et de chevaucher vers Florence.

Couverts de poussière, les deux jeunes complices arrivèrent enfin à leur but. Pour Cristoforo, Marcello se transforma en guide. Il lui fit visiter toutes les curiosités, tous les monuments, tout ce qu’un esprit aiguisé comme celui de Cristoforo devait connaître.

Marcello ne savait pas tout, loin de là : jamais sa culture ne parvint à égaler celle de son illustre compagnon. Toutefois, il s’instruisait de la conversation érudite de son ami.

En passant dans une venelle, Cristoforo interrogea subitement Marcello en lui désignant une étrange boutique :
— Regarde, Marcello ! Qu’est cela ?
— Je l’ignore, Cristoforo.

Cela, c’était en fait l’atelier de l’astronome Toscanelli. Les deux jeunes gens pénétrèrent dans cet antre de la science florentine, où ils firent la connaissance de l’illustre personnage. Celui-ci se réjouit de cette visite inattendue. Il se dit même très heureux de rencontrer ceux qui pourraient utiliser au mieux son savoir pour se diriger sur les mers lointaines, alors que plus aucun repère ne subsiste, surtout quand une obscure clarté tombe des étoiles. Ils discutèrent tant et tant qu’ils ne virent pas le temps passer. Marcello, le premier, prit conscience que la nuit était tombée. Son hôte et son ami en parurent surpris.

L’astronome décida d’inviter les deux jeunes gens à partager son modeste repas, qu’il ferait lui-même étant donné que sa femme avait dû s’absenter quelques jours pour une raison de famille. Cristoforo et Marcello acceptèrent d’autant plus vite qu’ils se rendirent alors compte qu’ils mouraient de faim.

A l’issue du repas, leur captivante conversation reprit. Par pure curiosité, Toscanelli voulut connaître précisément le rôle exact de chacun de ses interlocuteurs sur le bateau du capitaine Dias. Ils le lui exposèrent volontiers.

Cependant, quand il fut question du « tonneau », comme il ne voyait pas très bien de quoi il s’agissait, Marcello proposa de lui faire une démonstration. L’auguste astronome accepta d’autant plus volontiers qu’il se sentait d’humeur badine. Néanmoins, il était hors de question, pour lui, de cesser la conversation passionnante qu’il avait entamée avec Cristoforo. Aussi proposa-t-il que, tandis que Marcello ferait sa démonstration habituelle de virtuosité buccale à Cristoforo, lui-même se mettrait en position de s’introduire à la place que fréquentaient quotidiennement le capitaine Dias et le géant Antonio.

Ainsi fut fait. Le génial mousse proposa même au grand astronome d’utiliser le dos de Marcello pour étaler les cartes grâce auxquelles chacun d’eux étayait ses arguments. L’homme accepta cette proposition. Marcello lui-même, tout pénétré, entre autres, de l’importance de sa mission, fut très heureux et fier de servir de trait d’union entre ces deux génies.

Ils se séparèrent à une heure avancée de la nuit. L’illustre Toscanelli leur proposa de les héberger. Ils séjournèrent quelque temps chez lui, pour discuter de tous les problèmes mathématiques auxquels Marcello ne comprenait pas grand chose ; cela l’attristait d’ailleurs fort peu étant donné que, dans sa position, il ne pouvait vraiment rien dire.

Ce choc culturel fut bénéfique pour Cristoforo. Il marqua le début d’une longue correspondance scientifique que les deux hommes continuèrent jusqu’au décès de l’astronome. Celui-ci, homme charmant, ne manquait pas de s’enquérir dans chaque courrier de Marcello, qui restait très lié avec Cristoforo. En retour, le jeune navigateur lui donnait toujours des nouvelles de son ami.

Les deux jeunes gens, au bout d’un moment, s’ennuyèrent malgré la passionnante conversation de Toscanelli. La mer leur manquait. Aussi reprirent-ils le chemin de Venise, afin de prendre des nouvelles de leur bateau.

(à suivre vendredi prochain, le 7 août 2015)

Guy