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À propos de mon premier « vrai roman » (suite 13)

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À propos de mon premier « vrai roman » (suite 13)

« Alea jacta est » aurait prétendu Jules César en franchissant le Rubicon, le 10 janvier 49 av JC, soit le lendemain de mon anniversaire – et je te prie de ne pas me contrarier sur ce point, qui est certes un détail de l’histoire, comme dirait Jean-Marie, mais il est de la plus haute importance pour moi !

Comme j’ai eu quelques réponses qui m’ont un peu faire réfléchir, j’ai décidé de livrer à ta curiosité les deux premières pages de mon futur roman (il est loin d’être terminé).

Les voici donc ci-dessous. Il s’agit, tout naturellement, du chapitre 1, très court :

« Parfait ! Cette pleine lune, c’est vraiment cool ! Aucun risque que je me plante, on y voit clair comme en plein jour.  ».

Comme une ombre, le jeune homme longeait précautionneusement un mur. C’était celui de l’un des trois bâtiments de la propriété solognote où il se trouvait. Ils dessinaient une sorte de U autour d’une cour presque carrée. De cet endroit partait un chemin assez large qui conduisait au portail d’entrée.

Arrivé au coin du bâtiment, juste en face de la construction centrale, plus imposante, il fit une halte.

Il attendit que les battements de son cœur se calment. Il scruta attentivement l’obscurité relative autour de lui. Le silence régnait, aucune trace de l’agitation perpétuelle de la journée dans cette cour.

Encouragé, il reprit sa progression en direction de la porte d’entrée. Il se murmurait à lui-même, comme pour s’encourager : « Lucas, mon gars, c’est pas le moment de flancher. Tu n’as pas piqué cette clé à tes risques et périls pour rien ! C’est là-dedans que tu vas tout trouver ».

Il ouvrit la porte. Doucement, tout doucement. La paume de sa main droite, qui tournait la poignée de la serrure, était trempée. Lui qui d’habitude ne suait pratiquement jamais n’en revenait pas de constater le présence de cette humidité chaude. Il se sentait angoissé. Pourtant, il ne s’était pas fait repérer. Cela lui sembla de bon augure.

Il pénétra le plus silencieusement possible dans le local dont l’accès lui était en principe interdit. Il s’interrogeait :
— J’ai eu de la chance jusqu’ici. J’espère que ça va continuer.

— Merde !
Il venait de se butter contre le coin d’une paillasse.

Elle était couverte de récipients de tailles variées, tous remplis d’eau. Il ne s’attarda pas à les examiner un par un.

En revanche, il prit la précaution de vérifier qu’il n’avait rien fait tomber, pas même une simple goutte d’eau. Rassuré, il contourna cet obstacle. Il continua sa progression en direction du bureau du fond de la salle. Il espérait y trouver ce qu’il cherchait.
Une fois arrivé, il se pencha sur les papiers qui recouvraient le meuble. Il les parcourut très vite : même si la lumière diffusée par la lune était insuffisante pour permettre une lecture approfondie, il se rendit vite compte que ce n’était pas là que figurait la solution. Les feuillets étaient couverts de formules indéchiffrables. Elles n’avaient aucun sens pour lui.

Perplexe, il se demanda quoi faire. C’est alors qu’il remarqua, dernière le bureau, une sorte d’alcôve. Au fond, il y avait une porte.

Il s’y dirigea à pas de loup et l’ouvrit.

Il dut se retenir pour ne pas crier : « Banco ! »

Juste en face de lui, encastrées dans le mur, de nombreuses petites portes métalliques cachaient autant de niches. Il s’approcha. Le sourire qui s’agrandissait sur son visage s’éteignit : chaque porte comportait un numéro. Près de lui, une sorte de gros bouton cranté laissait deviner qu’il s’agissait en fait de la porte d’un petit coffre. Son sourire s’évanouit complètement lorsqu’il tenta d’ouvrir l’une des portes : même en tournant le bouton dans n’importe quel sens, rien ne s’ouvrait.

Il connut un moment de panique. « Merde, je n’ai pas fait tout ça pour échouer à deux doigts du but ! ». Il essuya d’un revers de manche la sueur de son front, qui venait lui piquer les yeux. « Je ne peux pas essayer d’ouvrir tous ces coffres-là ! Mon dossier est où ?»

Il se redressa pour prendre une grande inspiration et calmer le sentiment d’oppression qu’il éprouvait. Soudain, traversé par une inspiration, il pensa :
« Que je suis con ! Colpeau ne peut pas avoir retenu les combinaisons de tous ces coffres. Il a dû les ranger dans son bureau »

Il se dirigea vers la porte du local aux coffres, qu’il avait laissée ouverte.

Ce fut alors qu’il entendit devant lui une sorte de chuintement. La porte qu’il venait de franchir quelques instants auparavant se refermait. Il fit très vite les deux pas qui le séparaient d’elle. Malgré sa rapidité, il ne l’atteignit pas. Par de nombreuses petites ouvertures, un gaz de couleur orangée fusait. L’odeur le prenait à la gorge.

Il s’effondra sur le sol, évanoui, à deux doigts de la porte.

Guy
© Guy Poursin, 25 septembre 2015

« Sacré Christophe ! » (partie 14)

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« Sacré Christophe ! » (partie 14)

Cristoforo jeunot-003.

Ces deux explications sont bien entendu contestées par une autre race d’historiens, que l’on appelle des « méridiens », c’est-à-dire des spécialistes de la mer.

Selon eux, en effet, si la version de Fernando Colombo est très contestable, celle de Barthélemy de Las Cases ne l’est pas moins.

Voici ce qu’ils estiment être la réalité.

Après ses débuts dans la vie sous l’égide de son père, habile tisserand juif du nord de l’Italie mais d’origine espagnole, le jeune Cristoforo commença à s’ennuyer. Se souvenant qu’il était apparenté à l’amiral de Casenove, dit Coulon, il s’enfuit sans rien dire, vers l’âge de douze ans, du domicile paternel.

Le pauvre tisserand et sa femme en moururent de chagrin. Cristoforo, trop occupé par ses multiples aventures maritimes, n’en sut jamais rien.

Son but premier était de rejoindre son cousin éloigné, aussi bien par le degré de parenté que par l’espace qui le séparait de lui.

Deux possibilités se présentaient au jeune garçon pour se rendre en Catalogne, où résidait ce lointain parent : ou bien il empruntait les routes terrestres, ou bien il y allait par voie de mer. Comme il n’avait pas d’argent, Cristoforo devait soit partir à pied, soit se faire engager sur un bateau.

Son choix a été vite fait : il voulait naviguer, il devait donc trouver d’urgence un navire qui le conduirait à bon port. Dès lors, il se mit en quête d’un équipage qui accepterait de l’héberger, même moyennant quelques travaux.

Ce ne fut pas chose facile, car tous les capitaines qu’il rencontra à cette occasion avaient déjà soit un mousse, soit un « tonneau », sans que Cristoforo sut exactement en quoi consistait le rôle du dernier nommé.

Finalement, il put franchir le détroit de Gibraltar sur un bateau nommé la «  Santa Maria di Gena  », commandé par un certain Dias, capitaine de son état, grâce à la complicité d’un jeune « tonneau » du nom de Marcello. Il fit là une première expérience des choses de la vie, surtout en voyant se balancer celles du capitaine, engagé dans une conversation d’homme à homme avec le Marcello susnommé
(note 43 – ce qui signifie « nommé ci-dessus  » et non pas « sucé en se nommant  », contrairement à ce qu’une écoute distraite et uniquement phonétique de ce mot pourrait laisser croire !).

Impressionné par l’habileté tonnelière du jeune homme, Cristoforo ne manqua pas de l’interroger d’une manière plus précise, lorsque tout le monde fut endormi, à l’issue de sa première nuit passée en passager clandestin. Marcello lui expliqua complaisamment en quoi consistait son rôle sur le navire.

Il lui précisa même qu’il se tiendrait bien volontiers à son service pour le cas où il constaterait un débordement intempestif de son trop-plein d’humeurs. Cristoforo le remercia pour sa proposition mais ne jugea pas utile d’en profiter, tout occupé qu’il était à se dissimuler à la vue de l’équipage.

Enfin il arriva à bon port. Il se mit aussitôt à la recherche de son lointain parent. Il dut attendre quelques jours avant de le rencontrer, puisque l’illustre amiral était embarqué pour une expédition au service du roi René d’Anjou.

Lorsque Casenove revint, il fut tout étonné et flatté à la fois de trouver ce jeune cousin qui l’attendait. En même temps, il en fut secrètement heureux : il venait de perdre son mousse, tombé de son navire en plein mer. Aussi proposa-t-il à Cristoforo de le remplacer. Le jeune garçon accepta avec un enthousiasme non feint : n’approchait-il pas enfin de son but ?

L’amiral lui expliqua longuement, outre son futur rôle, la mission des corsaires, état dont il se targuait. Ces hardis navigateurs étaient au service d’un roi ; leur mission était de piller les vaisseaux affrêtés par les adversaires de leur souverain. Elle leur était confiée par le roi lui-même dans une lettre de marque qui leur donnait l’autorisation de courir sus aux navires de commerce ennemis, afin de désorganiser l’économie du pays contre lequel lui-même était en guerre, voire en simple délicatesse.

L’aventure plut à Cristoforo. Peu de temps après, il embarqua avec son parent sur le navire-amiral d’une flottille qui comptait trois embarcations, nombre que le jeune mousse jugea parfait pour toute expédition
(note 44  – et il s’en souvint, puisqu’il partit de Palos avec trois caravelles, la Santa-Maria, la Pinta et la Niña).

Ce fut le début d’une longue série d’aventures que connut Cristoforo, toutefois jalonnées de quelques dates particulières.

Ainsi, vers 1465, après être rentré d’un « raid » encore plus audacieux que les autres, au cours duquel Cristoforo avait conquis de haute lutte son titre de corsaire, qu’il échangea bien volontiers contre celui de mousse, il décida de célébrer l’événement comme il convenait.

(à suivre)

Guy

Quelques autres définitions de mots commençant par A

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Quelques autres définitions de mots commençant par A

Adultérin : c’est le symptôme numéro 1 de l’adultère.
Si l’on se réfère à la classification généralement admise par le cinéma (Rambo I, II, III, Freddy I, II, II, IV, Terminator I, II, etc.) il devrait exister des «adultèredeux», «adultèretrois», «adultèrequatre», etc..
Plus généralement, se dit d’un enfant qu’on se fait faire «dans le dos», signe d’une remarquable souplesse et d’une indubitable myopie, ainsi que d’une curieuse conformation ! On dirait l’Histoire !

Aéromètre : sorte d’instrument capable de dispenser les bienfaits de l’air pur des montagnes sur une distance de un mètre.
Un aérohectomètre est actuellement en construction dans le cadre des recherches du Centre National d’Etudes Aérospatiales. Il avait été envisagé un aérokilomètre, mais le budget de base était trop important pour l’ensemble des Français réunis (l’assemblée des Français réunis s’appelle les contribuables – voir ce mot). Peut-être les choses seront-elles différentes lors de la construction réelle de l’Europe scientifique.

Aérosol : appareil utilisé dans les hôpitaux pour permettre aux malades couchés dans des lits très bas de respirer sans craindre les odeurs des pieds de leurs visiteurs.

Affaire : se dit de tout ce qui touche aux inutiles.
Exemple : affaires politiques
Est parfois passible d’une lourde condamnation, l’amnistie (voir ce mot).

Affin : c’est un adjectif souvent employé comme nom, généralement précédé de «qui». S’utilise pratiquement surtout dans les pays du Tiers Monde.

Affranchi : se dit d’une lettre qui prend son envol vers la liberté.

Agame : s’utilise à propos des champignons qui font de la musique

Agape : repas alpin

Age : on a dit beaucoup de folies à son propos.
Si les physiologistes distinguent l’enfance, l’adolescence, l’âge mûr et la vieillesse, il est pourtant plus facile et au moins aussi scientifique de distinguer l’âge ingrat, jusqu’aux alentours de 14 ans, de l’âge ingrat double, après 28 ans, la portion de temps comprise entre 14 et 28 ans constituant l’âge ité.

Agriculture : c’est une forme de culture de l’esprit particulièrement nourrissante.
A bien y réfléchir, elle est la seule forme aussi nourrissante. Selon Jean-Marie Arouet dit Voltaire, ce serait l’unique activité philosophique réellement utile si l’on en croit ce qu’il fait dire à Candide.

Aimant : homme de fer, mais très attirant.

Ajut : se dit d’un nœud particulièrement riche en sauce (ah la littérature porno !)

Albite (même chose que ci-dessus) : comme son nom l’indique, désigne le siège de la douleur.
Exemple : j’ai mal…

Alcool : substance liquide qui, bien qu’utilisée le plus souvent en France, porte un nom originaire d’Arabie.
Ce simple fait tendrait à prouver que toutes les légendes concernant le Coran et les obligations musulmanes sont fausses. Une autre preuve est fournie par le fait qu’aujourd’hui encore, on dit, à propos d’un homme qui a plusieurs femmes sans être marié avec aucune d’entre elles, qu’il vit «alcool».

Alène : l’important, c’est de l’avoir bonne.

Alépine : ne s’emploie que lorsque plusieurs hommes sont présents dans une même pièce dans une tenue légère, par exemple lors des défunts conseils de révision.

Alèse (ou alèze ou alaize) : s’emploie uniquement au début d’une expression dont le second terme est « et décontracté ».
Désigne parfois un fantôme, individu recouvert d’un drap, versé dans l’humour urologique.

Alevin : nom masculin employé exclusivement lors du troisième jeudi du mois de novembre, au moment de la dégustation du Beaujolais nouveau.
Sinon, s’accompagne toujours d’un ou plusieurs adjectifs, comme « petit » et « blanc », par exemple.

Alexandrin : chacun sait qu’il s’agit d’un vers de douze syllabes, employé pour la première fois au XIIe siècle dans « Le Roman d’Alexandre ».
Dans ce domaine, une syllabe s’appelle un pied. Cela prouve à l’évidence que la poésie a des racines bien terre à terre.
Rappelons que l’un de nos plus grands poètes épiques, Hector Vigo, a particulièrement utilisé l’alexandrin. Au cours des nombreuses recherches que j’ai effectuées pour cet ouvrage, j’ai retrouvé ce poème inédit et terriblement prophétique :
Ce siècle avait douze ans, dieu devenait icône,
Déjà « the big Léon » perçait sous gros Zitrone,
Et du grand ridicule, déjà, par maint endroit,
Le front du gros vantard perçait le masque étroit
la suite était illisible ; dommage, on aurait cru Nostradamus !

Aliment : se dit d’un musulman prénommé Ali qui présente le défaut de ne jamais dire la vérité, comme recommandé dans le Coran.

Alléger : se dit de la variété de vin A qui possède cette qualité.

Allégresse : encouragement à ceux qui veulent à toute force prendre du poids.

Allié : se rapporte souvent aux politiciens. Ne dit-on pas, par exemple : « fou allié » ?

Altesse : titre grotesque dont certains journalistes prétentieux affublent de soi-disant héritiers de soi-disant rois alors qu’une révolution a été faite en France, en 1789, au nom de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité … et surtout au nom de Michel de Montaigne (1533-1592) qui s’écriait que « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ! »
Si on veut être poli, il suffit d’utiliser « Monsieur » ou « Madame », selon le sexe.

Amant : catégorie spéciale d’homme qui est tellement passionné par la chose qu’il en arrive à nier la vérité pour elle.

Ame : qualité particulière, selon le poète, d’un objet inanimé.

Ami : ça, c’est un mot qui me plaît.
D’abord pour une raison très simple : à l’évidence, nul ne choisit sa famille, mais a le pouvoir de choisir ses amis.
Choisir ses amis, c’est bien vite dit ; en fait, on se choisit mutuellement. C’est pourquoi, pour moi, un ami peut faire ce qu’il veut chez moi. Je me moque complètement de ses opinions politiques, de sa profession, bref de ce qu’il fait ou qu’il dit ; la seule chose qui m’intéresse, c’est ce qu’il est. Et il est d’abord et avant tout mon ami, c’est-à-dire quelqu’un que je défendrai bec et ongles s’il le fallait.
Un ami, c’est le seul mec que j’autorise à me dire en face que j’ai triché en jouant aux cartes (je n’y joue jamais, mais si j’y jouais ça serait ça) ; un ami, c’est le gars que j’appelle au téléphone et à qui je demande s’il peut quelque chose pour moi, qui me réponds aussi sec : « OK ». Notez bien qu’un ami, c’est aussi quelqu’un qui me téléphone en me demandant de venir pour l’aider et je lui réponds immédiatement : « J’arrive ». Et ça n’est pas qu’une vue de l’esprit, j’ai des amis qui peuvent en témoigner !
Je vous ferai bien la liste de mes amies et amis, mais outre que ce serait long, je ne voudrais pas que vous les embêtiez en les appelant de ma part. Aussi m’en abstiendrai-je !

Amidon : c’est le cadeau que fait régulièrement une relation collante.

(à suivre)

Guy

Quelques définitions de mots commençant par A

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Abbesse : quelques-unes furent de fieffées salopes, permettez à un grand admirateur de François Villon et de Georges Brassens de vous le rappeler. Peut-être est-ce dû à une constitution physique particulière du mot qui désigne leur fonction : ne dit-on pas :
« Abbesse ton slip ?».

Aboucher : joindre bout à bout. Ce verbe provient du nom commun bouche.
Si l’on réfléchit bien, il désigne parfaitement la respiration artificielle.

Abstème : c’est un malheureux qui ne risque pas de se trouver un jour dans les vignes du Seigneur, bien que les voies en soient impénétrables. En effet, il est obligatoirement membre d’une ligue antialcoolique, plus précisément anti-vinique

Abus : le A est une variété de vin, qui rend mauvais quand on en boit trop.
Un vieux proverbe précise même « Qui a bu aboiera ! »

Accoler : c’est l’action qui précède le fait d’aboucher

Accoupler : c’est une variété de A que l’on met entre deux refrains.
Elle est généralement de sexe féminin puisque les refrains sont masculins

Accroche-coeur : sorte de Don Juan qui séduit les femmes par les cheveux

Acquêt : il s’agit de tout bien acheté par une femme et un mari ensemble, alors qu’ils sont mariés.
Quand l’un des deux décède, le survivant (qui est le plus souvent la survivante, puisque les femmes semblent avoir une plus grande capacité de résistance à la mort que les hommes, probablement parce que cette dernière est de sexe féminin et qu’il y a moins d’homosexuelles que d’hétérosexuelles) est parfois obligé, en raison de la diminution de ses revenus, de faire la manche à la sortie des églises, afin de pouvoir subsister. On dit alors « L’acquêt quête ».
Il semble que ce mot ait connu une certaine fortune au début du XXe siècle, très précisément depuis que Sigmund Freud (1856-1929), psychiatre autrichien, ait prétendu, probablement en raison des possibilités d’héritage, que « C’est l’acquêt quête qui mène le monde »

« Sacré Christophe ! » (partie 13)

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« Sacré Christophe ! » (partie 13)

Au bout d’une semaine, l’étranger se réveilla de son sommeil énigmatique. Cristoforo était près de lui. L’homme lui dit quelques mots.

Le futur inventeur des Temps Modernes
(note 35 – je vous rappelle que les historiens distinguent quatre périodes dans l’histoire de l’humanité : l’Antiquité, le Moyen Age, l’Epoque Moderne et l’Epoque Contemporaine. Le début de l’époque moderne, après une longue polémique qui le plaça tantôt à la date de 1453 (prise de Constantinople par les Turcs) tantôt à celle de 1492 (découverte de l’Amérique par Christophe Colomb), semble avoir été définitivement fixée à ce dernier événement dont nous avons célébré mondialement le cinq centième anniversaire en 1992. Cette précision est destinée à vous faire comprendre que je ne veux pas vous faire croire que Cristoforo Colombo a écrit le scénario de l’un des films les plus célèbres de Charlie Chaplin)
se pencha pour mieux entendre.

L’homme lui raconta alors une histoire inouïe, que Cristoforo n’a jamais révélée à personne mais qu’il m’a confiée lors d’une séance de spiritisme au cours de laquelle, en préparant cet ouvrage, je l’ai fait venir seul devant moi afin qu’il s’explique au sujet de ses diverses vies
(note 36 – voilà pourquoi l’ouvrage que vous avez entre les mains devrait faire autorité. En effet, aucun des historiens qui ont rédigé il y a peu l’un des quelques deux cents ouvrages consacrés à la vie de Cristoforo n’a eu le courage de le faire venir en personne pour le sommer de lui dire la vérité ainsi que je l’ai fait, par crainte du célèbre « choc en retour »).

Voici le récit que j’ai recueilli de sa propre bouche et dont il m’a autorisé à vous révéler la teneur en exclusivité mondiale
(note 37 – j’espère, amie lectrice, ami lecteur, que vous êtes bien assis dans un fauteuil confortable, un cigare éventuel à portée de la main, ainsi qu’un verre d’un breuvage quelconque, par exemple du rhum pour vous mettre dans la future couleur locale ou du madère si vous tenez à comprendre ce que fut la vie de Cristoforo à ce moment. Pourquoi ? Parce que les révélations qui vont vous être assenées par Cristoforo en personne risquent de vous procurer LE choc culturel de votre vie. Et le plus fort… c’est qu’elles sont certainement vraies, puisqu’un nommé Barthélemy de Las Cases, dont vous avez peut-être entendu parler, a déclaré dans son « Historia de las Indias » : « Colomb a hérité des cartes et des secrets d’un navigateur dont il a tu le nom et qu’il avait recueilli presque mourant, chez lui, à l’île Madère. Par la suite, il a simplement vérifié l’exactitude des assertions des cartes de ce navigateur et Toscanelli n’est pour rien dans la genèse de ce voyage ». C’est à partir de ces quelques lignes que j’ai construit ce « Cristoforo jeunot-2 ». Ca vous en bouche un coin, comme dit le vulgum, la populace si vous préférez ! A propos, où situez-vous ce « coin » à boucher, sinon à l’oeil ? Encore une expression qui me fait bien rigoler ! De plus, s’il est effectivement à l’oeil, répondez-moi : qui vous le bouche gratuitement ?) :
« Voyez-vous, mon cher Guy
(note 38 – bien entendu, avant même de le faire venir par la puissance spirituelle de l’étroit faisceau concentrationnel cervical que j’ai utilisé dans ce but, je m’étais présenté à Cristoforo. Nous avons sympathisé et décidé de nous appeler par nos prénoms, chose normale. Par ailleurs, étant donné que nous communiquions uniquement par la pensée, nous n’avons eu aucune difficulté pour nous entendre, puisqu’il ne s’exprime pas du tout en français et que moi je ne parle que cette langue, avec quelques-unes de ses variétés. « Acré, bon dieu ! » comme s’exclamerait un Berrichon de mes connaissance (un « Berria », c’est-à-dire un Berrichon de l’Est, puisque les « Berrios » sont les Berrichons de l’Ouest…)),
ce brave homme dont je n’ai jamais connu le nom m’a révélé ceci :
— Permettez-moi, Monsieur, de vous remercier. Sans vous, je serais mort à l’heure actuelle. De toute manière, je sens que ma dernière heure est venue. Aussi vais-je vous remercier de votre hospitalité en vous faisant un cadeau.

Vous vous doutez bien, mon cher Guy, qu’il n’était pas dans mes habitudes de faire payer mon hospitalité, surtout à cet homme que j’avais recueilli dans des circonstances pour le moins étranges. Aussi me suis-je empressé de protester. Il a insisté tant et si bien que, de guerre lasse, je l’ai laissé parler. De toute manière, je pense que, nonobstant mon intervention, il m’aurait dit ce qu’il souhaitait que j’entende.
— Je viens de faire un très très long voyage.

L’homme fit une pause, reprit son souffle puis me raconta ceci :

Nous partîmes plus de cent, mais par un coup du sort,
Je ne fus que le seul à revenir au port
(note 39 – oui, vous avez bien lu ! Oui, c’est bel et bien une allusion au Cid, Acte IV Scène 3, vers 1259 et suivants. Culturel, non ? Vous avez trouvé ça dans un autre ouvrage sur la vie de Christophe Colomb ? Ca m’étonnerait !).
Alors que nous voguions, avec un grand courage,
Sous les ordres de Râ
(note 40 – Cristoforo m’a en effet appris que, d’après ce mystérieux marin, le capitaine du navire sur lequel il s’était embarqué était d’origine égyptienne),
vers de nouveaux rivages,
Une tempête énorme avec un très grand bruit,
Retourna le vaisseau au milieu d’une nuit.
Les rares survivants, dont notre capitaine,
Se sont tous accrochés au mat de la misaine
Épuisés, tout mouillés, les voilà qui dérivent
Dans une eau ennemie dont nul ne voit les rives.
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Nous aide à rattraper enfin l’une de nos voiles.
Le reste de la nuit nous servit à construire
Un tout nouvel esquif qui devint un navire.
Sans forces, épouvantés, nous remettant à dieu,
Nous voguons sur la mer, au hasard, sous les cieux.
Enfin, après un mois, nous voyons un rivage,
Où hagards, délirants, après ce long voyage,
Nous accostons soudain et mettons pied à terre.
O ciel ! nous arrivons dans une tribu en guerre,
Qui nous prenant pour dieux se jette à nos genoux
Et prie que nous mettions la force dans ses coups,
En une langue étrange mais que semble comprendre
(note 41 – c’est normal. Vous souvenez-vous de Thor Heyerdahl, l’initiateur du célèbre voyage du « Kon Tiki » en 1948 puis, longtemps après, de deux voyages avec un bateau de parchemin, « Râ I » en 1969 et « Râ II » en 1970 ? Il voulait démontrer que les Egyptiens avaient pu aborder en Amérique, car il avait remarqué de nombreuses similitudes dans les formes de pyramides dans ces deux lieux fort éloignés l’un de l’autre. Il aurait pu s’en passer, tout simplement en notant que l’on parle toujours d’un « Râ d’eau » !),
Le capitaine Râ qui ne peut se méprendre.
Du rang de naufragés nous devenons des dieux ;
Nos prières de succès montent jusques aux cieux.
Nous mangeons, nous buvons, nous reprenons des forces.
Râ nous explique tout, notre coeur se renforce,
Et bientôt nos amis, grâce à nous tous l’emportent.
Tout nous devient permis, pour nous aucune porte ;
Nous n’avons de la vie que les seuls avantages.
Partout où nous allons on loue notre courage.
Recouverts d’or, d’encens et de myrrhe nous sommes,
Tel qu’en sa pauvre grotte dieu lorsqu’il se fit homme.
Mais tout a une fin. Nous nous ennuyons tant,
Que nous décidons tous de partir en même temps.
Très fiers nous ordonnons que nos amis nouveaux,
Construisent sur le champ pour nous un beau bateau.
Sur la barque maudite nous reprenons la mer.
Las ! elle est très mal faite. Si je suis à Madère,
C’est grâce à mes deux bras, à toute ma vigueur,
Et surtout à ce fait que moi je n’ai pas peur.
Les autres survivants, voyant que notre esquif,
Allait se fracasser contre de gros récifs,
D’un coup pris de panique, se sont jetés à l’eau
Et ils ont tous coulés jusqu’au fin fond des flots.
Larmoyant, toussotant, crachotant, nageotant,
Mécréant flageolant, naufragé tremblotant,
J’ai pu, heureusement, rester à la surface,
Et au bout de trois jours, contempler votre face.
Mais je sens que pour moi vient l’instant de mourir.
Il me reste un dernier devoir à accomplir :
Ces papiers que voici sont de précieuses cartes ;
Prenez-les, suivez-les, vous trouverez Râtarte
(note 42- il m’a été donné de trouver, dans un parchemin mystérieusement disparu, comme nombre de documents que j’ai pu consulter en préparant ce remarquable ouvrage, l’explication du nom étrange donné par les compagnons de ce naufragé au continent américain : il s’agissait d’honorer Râ, leur capitaine, comme l’avaient fait longtemps auparavant les compagnons d’Eirik le Rouge en baptisant un glacier de son nom, tout en rappelant une particularité topographique puisque l’endroit où ils avaient débarqué ressemblait effectivement à une tarte, très précisément à une tarte Tatin),
Puisque c’est de ce nom que tous nous baptisâmes,
Le continent nouveau qu’un jour nous abordâmes.

C’est à cet instant, mon cher Guy, que le pauvre homme est mort dans mes bras, continua Cristoforo.
Vous comprenez, je me suis senti le devoir moral de faire le voyage qu’il m’avait presque supplié de réaliser. Il me suffisait, en quelque sorte, de trouver ce que dans votre langue d’aujourd’hui vous appelez un « sponsor ». Vous savez le reste. »

Sur ces mots, Cristoforo partit aussi rapidement qu’il était venu. Épuisé par l’effort terrible de concentration à travers l’espace et le temps que je venais de fournir, je n’ai pas pu augmenter la puissance spirituelle de l’étroit faisceau concentrationnel cervical que j’avais précédemment utilisé. Cristoforo a disparu pour toujours.

C’est pourquoi il m’a en quelque sorte contraint à écrire le mot « fin » de ce « Cristoforo jeunot-002 ».

À propos de mon premier « vrai roman » (suite 12)

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Figure-toi, amie lectrice, ami lecteur, que je me trouve confronté à un vrai problème, quasi philosophique, tu vas voir.

En fait, il est surtout personnel et éthique.

La question est la suivante : je ne peux plus dire grand chose de plus que ce que j’ai déjà écrit à propos de mon roman, sauf à le dévoiler quasiment in extenso : intrigues, rebondissements, etc.

Autrement dit, il faudrait que je le rédige en entier ici.

Impossible, quand même !

Que faire, alors ?

Plus rien ?

Seulement le chapitre premier (deux pages, pour te donner une idée) ?

Quoi d’autre ?

Je reconnais que je m’attendais pas à me trouver en face d’un tel dilemme lorsque j’ai commencé cette partie et je t’avoue que j’ai bien envie de la clore, parce que continuer à la compléter revient à dévoiler l’intégralité de mon roman.

Comme je l’écris surtout pour qu’il soit lu, pour toi, donc, en partie, je te pose la question : que faire ?

Merci de ta réponse.

Guy

À propos de mon premier « vrai roman » (suite 11)

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À propos de mon premier « vrai roman » (suite 11)

Une petite précision d’abord : je suis parti en vacances en Vendée, comme beaucoup de gens que je connais dans ma région.

Pour cette rentrée, je vais te rappeler un certain nombre de choses :

1 – le titre de mon livre : il s’agit toujours du « Maître de l’eau » ;

2 – les personnages principaux sont les suivants :

– André Boulaur, PDG de la « société internationale des eaux », plus communément dénommée S.I.E. ; il s’intéresse de très près à tout ce qui est réalisé dans le domaine des recherches sur l’eau parce qu’il cherche à trouver un moyen dont je te parlerai plus tard ;

– Francis Colpo, alias « le savant fou », dont tous les travaux vont être finalement sponsorisés par André Boulaur ;

– Luc Lavignac, journaliste indépendant, ami de Françoise Essey, veuve et parrain de son fils Lucas. Lui aussi est très curieux et cette curiosité va l’entraîner dans une aventure inattendue ;

3 – autour de ces personnes gravitent un certain nombre d’individus au rôle plus ou moins important dans l’histoire, tu t’en rendras compte.

4 – l’histoire à proprement parler est fondée sur ce que le défunt Jacques Benveniste a nommé « la mémoire de l’eau », concept qui fait encore aujourd’hui l’objet de recherches approfondies.

5 – je pense rester assez succinct à propos de l’histoire à proprement parler, puisque c’est elle qui fera l’objet de cet ouvrage.

A la semaine prochaine,

Guy

« Sacré Christophe ! » (partie 12)

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« Sacré Christophe ! » (partie 12)

Cristoforo jeunot-002

Nombre d’historiens ne sont pas du tout d’accord avec cette interprétation des faits. Selon eux, en réalité, Fernand Colomb a voulu enjoliver la mémoire de son père et racheter la triste fin de sa vie.
Le début de sa vie concorde avec le récit de son fils. Il en diffère largement à partir du moment où Cristoforo atteignit sa dixième année.
Cristoforo n’avait nulle envie de voyager dans le vaste monde. Il était même aussi casanier que son père. Celui-ci, fort habile tisserand, entreprit d’apprendre à son fils les rudiments de son métier. Constatant que Cristoforo était très versé dans cet art, il lui donna des cours de perfectionnement que le jeune homme, génial ainsi que sa mère l’avait constaté en lui donnant le sein pour la première fois, assimila très rapidement.
Vers 1472, à moins que ce fut en 1473, Cristoforo était un jeune tisserand de vingt-deux ans, installé à Savone où il avait pris la succession de son père.
Lassé de faire des trous, des petits trous, encore des petits trous, à l’aide d’une aiguille dans des pièces de tissu, Cristoforo décida, vers 1476, de partir à l’aventure en direction de l’Ouest – déjà.
Il était nanti d’un bagage élémentaire mais largement suffisant pour ce qu’il comptait faire.

Lors d’un séjour dans un port italien, probablement Gênes, aux alentours de 1470, il avait fait la connaissance d’une merveilleuse jeune femme qui vivait du commerce de ses charmes. Conquise par la beauté et l’enthousiasme du jeune homme, elle accepta de lui donner, d’une manière tout à fait désintéressée, des leçons particulières de maintien.
Au début, Cristoforo s’était bien un peu étonné : pourquoi diable, alors qu’il ne désirait que plier son corps aux règles de la bonne vie en société, devait-il préalablement se mettre nu en compagnie de la jeune femme qui était dans la même tenue ? Néanmoins, il comprit vite qu’un certain charme se dégageait de cet appareil ; il remarqua même que, pour certains exercices compliqués, la nudité permettait d’éviter de faire craquer les vêtements.
La jeune femme, particulièrement experte, sut lui inculquer rapidement les bases du maintien en société. Cristoforo, dans ce domaine comme dans tous les autres, apprenait vite. Il gravit ainsi promptement tous les échelons. Il se perfectionna même à un tel point qu’il réussit à montrer à son initiatrice des éléments qu’elle ignorait elle-même. Elle l’admira pour ses facultés remarquables et le vit repartir avec beaucoup de tristesse à son sort de tisserand.
Toutefois, elle fut très heureuse de ne pas le savoir en prison puisque, le soir même de son départ, des argousins de la police municipale s’introduisirent chez elle afin de procéder à une fouille systématique pour trouver celui qui, selon eux, vivait du produit du commerce de ses charmes. Cristoforo ne pouvait pas être un poisson puisque, né le 21 août, il appartenait au troisième décan du signe zodiacal du Lion !
Cet événement avait beaucoup marqué Cristoforo. En effet, il avait remarqué qu’il était doué, sans le savoir, d’une remarquable imagination. A quoi cela était-il dû ? Peut-être à ses origines paternelles. Pour vérifier la réalité de cette assertion, Cristoforo n’avait qu’une chose à faire : il la fit.

Longeant les côtes françaises, traversant au sud de Perpignan la frontière espagnole, il se retrouva un beau jour au Portugal. Pour survivre, il avait trouvé deux occupations fort divertissantes : dans la journée, il inculquait aux marins des ports qu’il traversait des notions de son ancien métier ; en contrepartie, ses élèves assuraient son repas de midi et lui apprenaient quelques éléments de leur profession. A la tombée de la nuit, il proposait ses services de professeur de maintien à toute jeune femme qui souhaitait se perfectionner dans cet art délicat, moyennant le repas du soir et l’hébergement pour la nuit.

C’est dire que, lors de son arrivée au Portugal, il connaissait la marine d’une manière assez théorique. De plus, il était assez fatigué mais heureux d’avoir pu fournir à plusieurs jeunes femmes les éléments d’éducation qui leur manquait.

En errant sur le port, il fit la connaissance d’une jeune fille fort inexpérimentée à qui il proposa ses services d’enseignant spécialisé, à la condition qu’elle lui assure le gîte et le couvert. Après avoir hésité – après tout, elle ne connaissait pas ce jeune homme qui, quoique avenant, ne parlait que l’italien – elle accepta son offre. Elle se montra tellement douée que Cristoforo finit par l’épouser en 1477. Sous l’influence de sa femme, issue d’une famille de marins, il fit quelques voyages en mer et acquit en même temps un bagage scientifique suffisant quoique restreint.
Les deux jeunes mariés décidèrent, à l’issue d’une longue discussion, de s’installer à l’île de Madère, qui avait plu à Cristoforo lors d’un voyage précédent et que la jeune fille connaissait pour l’avoir visitée au cours d’un périple organisé par l’école où elle terminait ses études.

Ce fut là que se joua la pièce maîtresse de la vie de Cristoforo.

C’était vers 1485. Cristoforo et sa femme étaient installés depuis plusieurs années dans l’île enchanteresse qu’ils avaient choisie pour abriter leur amour. Leur maison, bâtie non loin du rivage, résonnait déjà des premiers babils de leur fils Fernando.

Un soir de mai, par une nuit sans lune, une tempête éclata soudainement. Madame Colombo se réveilla, inquiète. Elle posa une main sur l’épaule de son mari qui reposait près d’elle :
– Cristoforo, Cristoforo, réveille-toi !
Elle dut s’y reprendre à plusieurs reprises, son mari faisant partie de ces heureux hommes qui, au beau milieu d’un ouragan, s’endorment le cœur léger d’un sommeil lourd.
– Qu’y a-t-il ? interrogea le descrubidor en puissance.
– Je crois bien que quelqu’un a frappé à la porte.
– Tu rêves, ma chérie ! C’est tout simplement un morceau de bois poussé par le vent qui l’aura heurtée.
– Je t’assure, mon Cristoforo. Va voir, s’il te plaît, j’ai peur !
-Bon ! maugréa-t-il en se levant à contreœeur, j’y vais.
Cristoforo n’était pas d’un naturel peureux mais il avait horreur qu’on le réveille la nuit. Il était d’autant moins heureux qu’il revivait en songe, au moment où sa femme l’avait brutalement réveillé, l’instant où son initiatrice génoise passait du statut de professeur à celui d’élève et que ce rêve lui avait paru fort agréable. Il enfila lourdement une épaisse robe de chambre, chaussa ses pieds de pantoufles confortables et se dirigea à regret vers la lampe tempête qui était dans un coin de la chambre. Il battit le briquet pour l’allumer, attendit quelques instants que l’étoupe diffuse sa maigre lueur et se dirigea vers la porte d’entrée, totalement inconscient du fait qu’à ce moment même il jouait une partie de la plus haute importance pour son avenir.

Il ouvrit la porte et ferma les yeux : une rafale de vent venait de soulever une fine poussière sableuse qui s’abattit sur lui. Lorsque la tempête se calma quelque peu, il rouvrit les yeux.
Il aperçut alors une forme recroquevillée, immobile, qui gisait à ses pieds. Il se baissa, posa sa lanterne au sol et examina la chose. C’était un homme, vêtu comme un marin, qui tenait serrées contre lui plusieurs feuilles enroulées.

N’écoutant que son bon cœeur, Cristoforo prit l’homme dans ses bras et se redressa. L’individu n’était pas très lourd ; apparemment, il était d’un certain âge et n’avait pas l’air d’être en excellente santé. Cristoforo appela sa femme. Celle-ci, rapidement apparue, prépara selon ses instructions le lit de la chambre d’hôte, sur lequel Cristoforo déposa l’homme. Il respirait difficilement.

Cristoforo tenta de se saisir des papiers que le curieux personnage tenait dans sa main. En vain. Pourtant, Cristoforo n’était pas précisément fluet, contrairement à son hôte inattendu, mais l’homme semblait avoir concentré tout ce qui lui restait de forces et d’énergie dans ses mains, dérobant ainsi ce qui lui paraissait être un trésor aux tentatives de vol dont il pourrait éventuellement être la victime.

Cristoforo n’insista pas : en fait, les papiers de l’homme ne l’intéressaient pas du tout. Il voulait simplement les lui ôter pour le déshabiller plus facilement. Il entreprit donc de le faire, bien qu’un peu gêné par les rouleaux quand il dut ôter les manches de la veste et de la chemise de l’énigmatique personnage. Néanmoins, il atteignit son but. Il déposa l’homme dans le lit, le recouvrit du drap et de plusieurs couvertures, puis le laissa se reposer.

Le lendemain puis les jours suivants, Cristoforo ne quitta pas le chevet de son invité-surprise. Il le soigna du mieux qu’il put, avec l’aide de sa femme. Parfois, le petit Fernando venait voir le vieil homme, demandant pourquoi il ne parlait pas.

 

(à suivre)

Guy

Une nouvelle définition

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Une nouvelle définition

Sobriquet : voilà bien un mot qui prête à confusion(s).
Car enfin, je vous demande un peu :
– avez vous déjà vu un sceau briqué ? Un pont, si vous avez fait votre service militaire dans la marine, peut-être, mais un sceau ? Même Charlemagne (Carolus Magnus en latin, Charles Le Grand en Français, à ne pas confondre avec le grand Charles dit de Gaulle) avait un sceau mais pas briqué du tout ; il était plus usé que briqué ;
– avez-vous déjà vu un sot briqué ? D’accord, il existe bien des sots entouré de briques, par exemple dans les hôpitaux psychiatriques, mais un sot constitué de briques ? Ils ont comme tous les êtres humains, faits de chair et de sang. Tu vas dire que parfois on parle d’un sot friqué, mais c’est autre chose : c’est par exemple l’héritier américain très fortuné qui, paraît-il, s’est envoyé en l’air avec la bru de la reine d’Angleterre. avant qu’un accident malheureux les raye définitivement de la liste des vivants !

Guy