Archives mensuelles : octobre 2015

« Sacré Christophe » (partie 16)

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« Sacré Christophe » (partie 16)

En entendant ce charabia, que l’homme répétait sans arrêt, Cristoforo fut interloqué. Il écouta plus attentivement et décida de prendre en note tout ce que l’individu lui disait.
Devant son papier, Cristoforo se posa de multiples questions. Il en conclut que l’homme devait soit parler une langue totalement inconnue, soit se souvenir d’une phrase apprise par coeur, qui lui revenait sans cesse à l’esprit, mais qu’il avait préalablement traduite en un langage codé.

Cristoforo, intrigué, en était là de ses réflexions lorsqu’il sentit que quelque chose le démangeait au visage. Il se leva de sa table, s’empara du miroir qui était près du mur et constata qu’un petit bubon se formait près de son nez. Il voulut le gratter et, ce faisant, laissa échapper le miroir qui, ô miracle, tomba sur la table sans se fracasser en mille morceaux. Il souleva néanmoins le morceau de papier qui retomba en
voltigeant gracieusement. Cristoforo, qui avait suivi l’envol de sa petite note, s’aperçut à cet instant qu’il pouvait lire dans le miroir les deux derniers mots, simplement inclinés dans un sens inhabituel : j’ai fait.

« Eurêka ! » s’écria-t-il sans perdre de temps à se faire couler un bain. Il recopia laborieusement le texte en commençant par la dernière lettre et en terminant par la première. Il obtint ce qui figure ci-après :
« J’ai fait un voyage pour vérifier les dires de Ptolémée dans sa « Géographie » et ceux de Pierre d’Ailly dans son « Imago Mundi », en vue de préparer le globe de Martin Behaim ».
Cristoforo, décidément saisi par l’inspiration la plus profonde, décida de baptiser « srevne’l »
(note 47  – ce qui signifie, en français contemporain, « verlan »)
ce curieux langage secret.

Il se jura aussi que, dès son retour sur la terre ferme, il se renseignerait au sujet de ces trois personnes.

En ce qui concernait Ptolémée, il apprit avec stupéfaction que le personnage en question était mort depuis plus de mille trois cents ans. Il ne pouvait donc pas entrer en relation avec lui. Pierre d’Ailly, quant à lui, était décédé en 1420. Fort heureusement, Martin Behaim était bien vivant.

D’origine allemande, ce cosmographe et navigateur fut appelé au Portugal pour être le géographe de l’expédition africaine de Diego Cam, en 1482. Cristoforo s’entretint secrètement avec lui. Ils arrivèrent vite à cette conclusion que la Terre devait bel et bien être une sphère.

Cristoforo se forgea alors la certitude qu’il était possible d’atteindre l’Inde en naviguant vers l’Ouest. Il ne lui restait qu’à trouver de l’argent pour le faire.Il avait brutalement changé : il n’était déjà plus Cristoforo jeunot-003 !

(à suivre)

Guy

À propos de mon premier « vrai roman » (suite 14 et fin)

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À propos de mon premier « vrai roman » (suite 14 et fin)

En fait, je vais arrêter la publication d’extraits de mon projet de roman intitulé : « Le Maître de l’eau ».

La plupart de mes amis m’ont demandé d’arrêter de publier mon texte, parce que si je continue je vais le mettre en entier ici.

Il y a du vrai et c’est la raison pour laquelle, après avoir consulté d’autres amis, je cesse de le publier.

Je reprendrai peut-être après publication.

Guy

Encore quelques autres définitions de mots commençant par A

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Encore quelques autres définitions de mots commençant par A

ABANDONNIQUE : cet adjectif (c’est aussi un nom) s’utilise à propos d’un sujet (attention, ni   un verbe ni un complément), généralement un enfant, qui vit dans la crainte d’être abandonné, sans qu’il existe obligatoirement des raisons objectives pour justifier cette crainte.
Ça n’a rien à voir avec un homme dont le nom serait abandon et qui passerait sa vie à faire des choses aux femmes.

ABÎME : c’était un mot très célèbre, jadis, à l’époque où les enfants faisaient de vraies dictées, bien connu depuis qu’on s’est rendu compte que le chapeau de la cime était tombé dans l’abîme

ABOIEMENT : c’est le cri du chien ; on utilise aussi ce mot, le plus souvent au pluriel, pour désigner des paroles violentes.
Personnellement, je pense qu’un certain Aboi est un bluffeur professionnel.

ABRACADABRANT : selon des sources officielles, ce mot signifie extraordinaire, incohérent., extravagant. Lorsque j’ai entendu M. Chirac utiliser l’expression « abracadabrantesque »,  je me suis dit que j’avais lu ce mot quelque part.
J’adore me lancer des défis de ce type.
J’ai gagné : c’est Arthur Rimbaud, poète (vous savez, « Le dormeur du Val », « Voyelles », etc.), qui a utilisé le premier, semble-t-il, l’adjectif « abracadabrantesque », dans son poème « Le cœur supplicié », composé en mai 1871 et qui est connu sous trois titres différents, « Le Cœur supplicié » (13 mai 1871) , « Le Cœur du pitre » (10 juin 1871) et « Le Cœur volé » (7 juin 1886), version la plus souvent retenue.

ABRÉGER : ce verbe signifie « rendre bref ».
Rendre bref, c’est aussi raccourcir.
Un exemple : l’invention du docteur Joseph Ignace Guillotin est, en quelque sorte, un abrégé, une abréviation de la hauteur d’une femme ou d’un homme.

ACCORDÉON  : instrument de musique qui, avec la baguette de pain, le béret et le vin rouge, ainsi que quelques autres éléments, a fait la réputation de la France.
Cette réputation n’est pas usurpée : un certain Charles de Beaumont, dit le chevalier d’Éon (1728-1810), a, en accord avec lui-même, été tantôt femme tantôt homme (il sera autopsié après mort où un découvrira qu’il était bien un homme), condamné par Louis XVI, le roi abrégé (voir ci-dessus) à porter des vêtements féminins pendant les trente dernières années de sa vie. Ça n’a pas allongé pour autant la durée de  l’espérance de vie du monarque !

« Sacré Christophe » (partie 15)

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« Sacré Christophe » (partie 15)

Attablé dans une auberge, il dépensa en nombreuses libations les primes diverses dont son lointain parent l’amiral avait pu le faire bénéficier. Les poches vides, mais absolument plein, il roula sous la table. Ce fut là que le trouva, après la fermeture, l’accorte servante du bar, une nommée Maria.

Par pure charité chrétienne, tant elle était désolée de le voir dans cet état, elle le porta tant bien que mal jusqu’à son propre lit. Le lendemain soir, lorsque Cristoforo s’éveilla, il ne reconnut pas les lieux.

Fort heureusement, juste à cet instant, Maria s’encadra dans la porte.

Immédiatement, le jeune homme crut à une apparition. Sortant du lit, il se mit à genoux. Se méprenant sur la signification de son geste, Maria, qui, bien que jeune, possédait déjà une belle expérience des pratiques que la morale réprouve, souleva sa robe.

Cristoforo, les yeux encore embrumés de l’ivresse de la veille, vit dans ce geste un encouragement à remercier l’individu qu’il voyait tout bizarrement constitué, avec des cheveux longs et une petite barbiche en pointe, son visage étant, semble-t-il, posé directement en haut de ses cuisses.

Très rapidement, Maria dissipa toute équivoque dans l’esprit du jeune garçon. Elle lui expliqua posément, en exposant ses charmes, le bénéfice qu’il pouvait tirer de l’expérience qu’elle s’apprêtait à lui faire vivre.

Ravi, Cristoforo accepta de se soumettre à ses caprices et se laissa aller à plusieurs reprises en maint endroit secret où Maria le conduisit. Il constata qu’effectivement la jeune femme avait beaucoup plus de ressources à sa disposition que le jeune Marcello grâce à qui il était arrivé ici.

Comme Cristoforo était d’humeur enjouée et qu’il avait quelques jours de congé à sa disposition, la jeune Maria était rompue lorsque le jeune homme la quitta, enrichi d’une expérience qu’il se jura bien de perfectionner lors de chaque retour d’expédition.

Depuis, jamais Cristoforo ne cessa de fréquenter avec une remarquable assiduité les bars des ports dans lesquels son escadre relâchait.

Il connut ainsi de nombreuses expériences ; il apprit même quelques-uns des mille secrets tangibles
(note 45  – actuellement, on ne connaît plus que les initiales de ces secrets : les M.S.T. En revanche, on en ignore, semble-t-il, le contenu.).

Il n’abandonna cette recherche que lorsqu’il se décida, aux alentours de 1478, de se marier avec une demoiselle sans dot mais très expérimentée dans le domaine où lui-même pouvait sans se vanter démontrer quelque connaissance.

Vers cette époque, Cristoforo lut l’ouvrage du célèbre Marco Polo, « Le livre des merveilles ». En même temps, au cours de voyages qu’il effectua dans la mer du Nord à la poursuite de navires de commerce étrangers, il apprit que, selon de vieilles légendes, des siècles plus tôt, des navigateurs étaient allés vers l’Ouest et avaient trouvé un nouveau pays de l’autre côté de l’Océan.

Déjà se formait dans son esprit la théorie selon laquelle, en se dirigeant vers l’Ouest, il trouverait une terre, probablement ces Indes d’où provenaient, disait-on, les fameuses épices.

Vers 1480, nanti d’une expérience considérable dans tous les domaines, Cristoforo fit une rencontre qui le laissa songeur.

Devenu, uniquement par ses mérites, le second de son lointain parent, il recueillit à son bord un curieux naufragé. L’homme, dont l’esprit était apparemment troublé, lui tint à peu près ce langage
(note 46  – l’homme en question s’appelait, ainsi que Cristoforo l’apprit par la suite, Juan de la Fontaña) :

« Miaheb nitram ed ebolg el rerapérp ed euv ne, idnum ogami nos sand yllia’derreip ed xuec te eihpargoég as sand eémélotp ed serid sel reifirév ruop agayov nutiaf ia’j »