Archives mensuelles : janvier 2016

Quelques nouvelles de mon roman « Le Maître de l’eau ».

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Quelques nouvelles de mon roman « Le Maître de l’eau ».

« Faut pas croire, mec ! » comme me disait un ami. « Toi t’as une tête de cochon, mais une vraie ! »

Et le mieux – ou le pire, c’est selon – c’est qu’il avait raison.

Envers et contre tout – et je vous jure que l’année 2015 fut à cet égard pleine d’embûches, je suis arrivé au dixième chapitre de mon roman.

Tout ça simplement pour te dire que je continue et qu’il va sortir, ce … de roman. Je me le suis promis à moi-même et je tiens toujours mes promesses, surtout celles que je me fais. Et j’ai le temps pour moi, c’est tout dire !

Je te jure que tu le liras – moyennant finances, faut pas déc…, avant la fin de 2016.

Guy

« Sacré Christophe » (partie 18)

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« Sacré Christophe » (partie 18)

Il procéda par étapes afin de déterminer quelle devrait être sa future occupation à
terre.
Très rigoureusement, il étudia les dépenses des autres marins dès lors qu’ils avaient
mis un pied à terre dans un port quelconque. Cette analyse fut à la fois approfondie,
qualitative et quantitative.

Cristoforo s’aperçut que les soucis de tous les marins de l’époque, relativement
simples, étaient les suivants :
– d’abord, s’assurer qu’ils auraient un lit. L’examen précis de la situation des hôtels
le convainquit rapidement de ne pas s’arrêter à une activité de ce genre, étant donné
que les lieux où les marins pouvaient se loger étaient en nombre largement suffisant
pour fournir à la demande ;
– ensuite, manger et boire. Ces deux besoins fondamentaux, de l’avis même de
Cristoforo et de tous ceux à qui il demanda leur sentiment à ce sujet, étaient satisfaits
souvent au-delà de leurs espérances ;
– enfin, trouver une, voire plusieurs compagnes provisoires prêtes à accéder à
toutes leurs demandes, si possible dans chaque port. Cristoforo, qui possédait déjà une
certaine expérience dans ce domaine, se lança dans une exploration très fouillée des
possibilités des principaux havres méditerranéens, dans ce milieu particulier. Il en tira
la conclusion qu’il était possible de faire beaucoup mieux que ce qui existait alors.
Aussi décida-t-il de lancer une sorte « d’appel d’offres » en direction de la gent féminine
en vue de recruter massivement des candidates potentielles pour cette mission
humanitaire de la plus haute importance.

Sa proposition fut d’abord émise auprès de toutes celles que l’on appelait alors les
« belles béates consentantes »
(note 53 – ou encore B.B.C. ; le premier de ces appels, ainsi que j’ai pu en trouver la trace dans des archives qui m’ont été mystérieusement subtilisées, fut lancé un 18 juin).
Elle connut un énorme succès.

Cristoforo, heureusement aidé dans cette tâche par le « cap’taine Dias » et Marcello,
passait tout son temps à terre à sélectionner très rigoureusement les jeunes femmes
avides de se consacrer entièrement à apaiser de toutes les manières possibles les soucis
des marins venus se reposer auprès d’elles. Il était très intransigeant, tant sur le
plan des capacités de toutes sortes des demoiselles en question que sur celui de leur
beauté. Pour cette raison, celles qu’il jugea dignes de cette mission furent dès lors persuadées d’appartenir à une catégorie de femmes hors du commun.

Le succès de son initiative fut prodigieux. De tous les ports provenaient des
demandes auxquelles le jeune homme ne pouvait pas satisfaire. Il dut se résoudre à
multiplier les appels, cette fois en direction de catégories de femmes souvent moins
béates, de toute manière aussi belles mais surtout aussi consentantes.

Il recruta ainsi toutes les veuves et les orphelines qui peuplaient les ports et leurs
environs ; par un souci de discrétion que ces jeunes femmes apprécièrent fort, il leur
donna du travail dans un endroit autre que leur lieu d’origine. Toutes et tous furent fort
satisfaits de cette initiative de Cristoforo.

Son commerce fonctionnait à merveille. Las ! plusieurs esprits chagrins, jaloux de la
prospérité du jeune homme, décidèrent de l’éliminer.
Ils lancèrent à ses trousses quelques argousins zélés qu’ils appâtèrent par une promesse
de gain assorti d’un essai gratuit des capacités des jeunes femmes dont ils
feraient le recensement. Souvent, Cristoforo ne dut son salut qu’à la rapidité de ses
réflexes, à sa remarquable vélocité et aussi au fait que les jeunes femmes à qui il avait
donné du travail l’aidèrent sans compter à se dissimuler.

Par prudence, il se résigna à cesser cette activité extra-maritime. Il céda son fonds de
commerce à une sorte d’union constituée par la plus grande partie de ses ennemis puis
disparut pendant quelque temps, sans que nul puisse savoir où, pas même ses associés
les plus proches comme le « cap’taine Dias » ou Marcello.

Plusieurs mois plus tard, il refit surface, en quelque sorte, à la faveur d’une expédition
maritime au cours de laquelle son navire fit relâche dans un port africain. Là,
Cristoforo rencontra un vieux marin aviné qui, sous le sceau du secret le plus absolu,
lui fit des révélations qui devaient bouleverser le sort du jeune homme. Il y avait de
quoi : l’homme lui dessina en effet – de mémoire, précisa-t-il – une carte remarquablement
détaillée indiquant sans conteste possible la présence d’un territoire inconnu
à l’Ouest de l’Europe.
Cristoforo, bien que génial, doutait de ce que l’homme lui révélait. Aussi décida-t-il
de le soumettre à une épreuve. Il lui demanda de dessiner, de mémoire également, le
tracé précis des côtes méditerranéennes d’Afrique, dont lui-même venait de terminer
le relevé détaillé. L’homme s’exécuta sans une faute. Le fait stupéfia Cristoforo qui,
ayant entendu parler de théories émises par quelques cosmographes de ses contemporains, fut persuadé de la véracité des dires de son compagnon. Il résolut de s’emparer en douceur de la carte que l’homme, par prudence, avait glissé dans sa poche après l’avoir dessinée. Il lui donna rendez-vous le lendemain.

Au jour dit, dans le même bar, Cristoforo demanda à la charmante serveuse l’autorisation
de se servir de sa chambre, située juste au-dessus de la salle, pour y recevoir la
personne qu’il avait déjà rencontrée la veille dans cet endroit, puisqu’ils devaient
avoir tous les deux un entretien secret. La jeune femme se souvenait fort bien du hardi
marin dont la prestance l’avait impressionnée.
Elle accéda à sa demande moyennant une compensation qu’elle lui exposerait après
l’entrevue que Cristoforo devait avoir. Il accepta en souriant, persuadé qu’il saurait
plus que largement se montrer à la hauteur du souhait de cette jeune beauté, tant il lui
restait de souvenirs précis des techniques mises au point lors de ses sélections précédentes.

L’entretien se déroula le plus cordialement du monde. Néanmoins, le vieux marin ne
voulut pas céder ses cartes à Cristoforo.
Dès lors, celui-ci décida de le faire boire encore plus, afin de lui extorquer son
acquiescement. Malheureusement pour lui, il arriva un moment où l’homme fut non
seulement ivre-mort, mais surtout plus mort qu’ivre ! Cristoforo en fut gêné : bien
entendu, il n’avait plus qu’à se pencher sur la table pour ramasser les cartes posées là,
mais il fallait aussi qu’il se débarrasse du corps. Alors qu’il ne savait que faire, la serveuse
arriva afin de réclamer son dû.
Se rendant compte immédiatement de la situation, elle la prit en main. Avec son aide,
Cristoforo descendit fort discrètement le cadavre encore chaud dans la salle et l’installa
à une table isolée devant une dizaine de bouteilles vides. Les deux complices
remontèrent dans la chambre. Là, Cristoforo mit toute sa remarquable science à
l’épreuve. Deux jours plus tard, la jeune femme lui accorda une mention très bien. Par
ailleurs, elle lui demanda de l’épouser s’il tenait à revoir les papiers qui étaient sur la
table au moment du décès du vieux marin ; Cristoforo, à la fois bon joueur et étonné
des incroyables prouesses de la jeune femme, accepta.

Ce fut ainsi qu’il entama une période de vie un peu plus rangée au cours d’une
époque pourtant fort troublée.

En effet, à ce moment-là, les souverains d’Espagne commencèrent à s’intéresser de
très près au sort des Juifs.
Ferdinand d’Aragon et sa femme Isabelle de Castille venaient de créer un tribunal
spécial, nommé Inquisition, dirigé par un certain Torquemada. Celui-ci poursuivait les
Juifs mal convertis, dans le but de les aider à le devenir bien à l’aide de quelques expériences comme celle qui consistait à avaler un hectolitre d’eau sans reprendre sa respiration, à évaluer sa température à l’aide d’un thermomètre métallique chauffé au
rouge ou à transformer ses pieds grâce à une paire de brodequins spéciaux dont la
taille maximale n’excédait pas le vingt-deux !

C’est dire que nombre d’entre eux jugèrent plus prudents d’afficher une foi de bon
augure. Comme quelques-uns, malgré tout, résistaient à cette méthode douce,
Cristoforo apprit qu’ils seraient expulsés d’Espagne – tout du moins ceux qui étaient
encore en vie.
Or, bien que non pratiquant, il était juif par ses parents. Que lui restait-il à faire ?
Persuadé par expérience que le meilleur moyen de se défendre était d’attaquer, il résolut
de proposer ses services aux différents rois européens pour découvrir la meilleure
voie possible vers les Indes, source mythique de richesses inépuisables… et refuge
éventuel pour Juifs errants.

Dès lors, c’en était fini de Cristoforo jeunot, même portant le numéro 004.

(à suivre)