« Sacré Christophe ! » partie 03

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En un clin d’œil, Eirik juge la situation. Pensant non sans raison que la meilleure tactique à adopter dans ce cas précis est la fuite, il hurle à ses hommes:
Prenez vos femmes et vos enfants ! Rendez-vous aux drakkars !

Lui-même, de son côté, court jusque chez lui.

Quand il franchit le seuil de sa maison, sa femme est occupée à essayer un nouveau costume de sa confection à Leiv Eirikson, leur jeune fils de onze ans.
Elle ouvre la bouche de stupéfaction :
—Mais…
Elle n’a pas le temps de demander à son mari pour quelle raison il est couvert de sang. Eirik l’interrompt et ordonne :
Vite, femme ! Prends l’enfant et quelques hardes, nous devons partir !
Leur maigre bagage est vite fait.
Ils se retrouvent bientôt en vue des trois drakkars vers lesquels convergent tous les hommes d’Eirik, leurs compagnes et leurs enfants.
Jamais, de mémoire de Viking, un départ n’a lieu aussi précipitamment. Fort heureusement, le brouillard persistant permet aux trois navires d’Eirik de quitter la côte sans être rattrapés par ceux des V.L.I.C.S.

Quelques heures plus tard, en direction opposée à celle du soleil qui commence à se lever.

Accoudé au bastingage, Eirik croit voir des vols de mouettes.
Je suis vraiment fatigué, par Odin ! songe-t-il en se frottant les yeux
(note 6 – en raison de cette habitude, contractée dès qu’il commença à naviguer, Eirik avait souvent les yeux rouges. Peut-être est-ce là l’origine réelle de son surnom).
Il n’y a que de l’eau dans cette direction. Mon vieil Eirik, il est temps que tu ailles te reposer !

En partant s’allonger près de sa femme et de son fils, il donne au passage des instructions précises à ses meilleurs compagnons, ceux du moins qui sont encore debout.
Comme le présage lui a plu, il décide de continuer le voyage dans la même direction, à la rencontre de l’inconnu
(note 7 – en 981, on ne connaissait guère que l’Europe, qui deviendra en 1492 « l’Ancien Continent ». Eirik et ses successeurs ont donc fait des « rencontres du deuxième type » en partant à la découverte de l’inconnu. Vraisemblablement, Steven Spielberg en a entendu parler puisque, en 1977, il baptisa son film « Rencontres du troisième type »).

Avant de s’endormir pour quelques instants, il songe malgré lui à ce mystère qui l’attend. Mais il n’a pas eu le choix : en tuant ces deux hommes, il s’est condamné lui-même à fuir son pays pour ne plus jamais y revenir.

Les jours s’écoulent lentement, monotones. Les hommes sont fatigués. Le brouillard qui entoure les navires empêche le regard de se porter au loin. Les enfants geignent sans arrêt. Il a fallu restreindre les vivres et l’eau. Tous se posent la question : combien de temps cette pénible errance va-t-elle durer ?

Soudain, un fragment de brouillard se déchire. Juste à ce moment, un guetteur croit apercevoir une côte. Aussitôt, il en informe son chef.

Eirik n’hésite pas une seconde, voire une nanoseconde. Il conseille à ses hommes de se préparer à tout et fait mettre le cap droit sur cette ligne entrevue.

Peu à peu, les trois navires s’en approchent. Quelque temps plus tard, les Vikings posent le pied, les armes à la main, dans un pays où la glace semble occuper une place prépondérante.
(note 8 – les Vikings ont bien entendu posé chacun leurs deux pieds sur cette terre apparemment inhospitalière. De la même manière, ils avaient leurs armes dans les deux mains, une offensive (épée) dans la main droite (ou dans la gauche pour les gauchers), une défensive (bouclier) dans la gauche (ou l’inverse))

Fort heureusement, les rudes navigateurs sont habitués au froid et donc vêtus en conséquence.

Apparemment, la population n’est pas très dense. Là où les navires abordent, il n’y a même aucune trace de vie. Eirik décide de laisser les navires au mouillage pendant quelques semaines. Rapidement, ses compagnons montent un camp de fortune
(note 9 – cette expression fait partie de toutes celles qui, dans la langue française, me réjouissent le cœur : imaginez-vous les dix personnes les plus riches du monde dans un camp de ce genre ? Il y a de quoi rire, non ?).

Après quelques instants passés à se reposer et à se restaurer, Eirik prend les meilleurs de ses hommes à part :
Mes amis ! leur dit-il, nous allons explorer ce nouveau territoire. D’ores et déjà, je vous propose de l’appeler « Terre de glace »
(note 10 – « Islande », mot à mot, signifie bien « terre de glace ». Ce nom lui a été réellement donné par Eirik le Rouge vers 981).
Qu’en dites-vous ?
— Par Odin ! Par Thor ! Tu as raison, Eirik ! Désormais, nous appellerons ce pays « Island ».
— Bien … Merci, mes amis. Je vous propose maintenant d’explorer cette nouvelle terre. Nous partirons quand le soleil sera au plus haut dans le ciel et nous avancerons toujours dans la direction de nos ombres.
— Oui, Eirik ! Nous irons avec toi.

Ainsi font-ils.

Ils se heurtent très vite à un immense glacier que, à la suite d’un « référant d’hommes »,  ils baptisent « Eiriksjökull », du nom de leur chef et guide. Informé, celui-ci les remercie d’un sourire. Secrètement, il en est profondément réjoui.
(note 11 – le « référant d’hommes » est une très vieille coutume scandinave. Elle correspond à l’organisation d’une consultation élective entre tous les hommes d’une tribu, parfois tous les habitants d’un village, pour savoir à qui attribuer telle ou telle chose. Lorsque les Vikings ont envahi la Gaule, alors peuplée de descendants des Gallo-romains, ces derniers ont cherché dans leurs dictionnaires, y compris dans celui rédigé par un certain Gaffiot et que, à l’époque, ils avaient baptisé « G.A.F.I.O. », mais n’ont pas trouvé de mot correspondant. Aussi ont-ils décidé purement et simplement de « latiniser » ce nom d’origine scandinave sous la forme qui est très répandue aujourd’hui de « referendum », cette chose dont on parle beaucoup mais qu’on n’exécute que très rarement. Pour la première fois, amie lectrice, ami lecteur, vous avez une explication logique de l’un des plus grands mystères de la linguistique.)

À suivre, évidemment. La suite, logiquement, s’intitulera : « sacre-christophe-partie-04»

Guy

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