« Sacré Christophe ! » partie 04

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« Sacré Christophe ! » partie 04

Après quelques jours d’exploration, les hommes reviennent à leur base de départ. Rien n’a changé, hormis certains enfants qui ont un peu grandi.

Eirik réunit tous ses hommes. Il leur tient un très important discours :
(note 12 – la plus grande partie de ce discours a été retrouvée par l’auteur dans les brouillons d’Are Frode, écrivain du début du XIIe siècle, qui a rédigé la célèbre saga « Islendingabok ». Malheureusement, il a supprimé ce texte dans la version définitive de son récit.)
— Mes amis,
Toutes et tous ici savez pourquoi nous avons dû partir de notre beau pays, par Odin, père de tous les dieux ! Je vous remercie de m’avoir suivi.

Une immense clameur lui répond. Emu, Eirik s’interrompt quelques instants puis reprend :
—  Je vous propose que nous nous installions dans ce nouveau pays pour un temps. L’intérieur que nous avons commencé à visiter ne comporte qu’un glacier que vous m’avez fait l’honneur de baptiser de mon nom. Cette terre (il la frappe du pied), l’Island, me paraît très fertile. Nous avons même rencontré des sources d’eau chaude et aussi des sortes de fontaines jaillissantes. Nous pourrions mettre tout ceci en valeur puis aller chercher quelques habitants supplémentaires dans notre ancien pays. Qu’en dites-vous ?

Levant le bras, l’un des proches d’Eirik, Gustav Olavson, demande la parole :
— Eirik, dit-il, mon ami, je suis l’un de tes plus anciens compagnons. S’il le fallait, je te suivrais en enfer. Nous sommes partis de Jeeren à trois drakkars. Je propose que l’un d’eux retourne dans notre Scandinavie natale pour informer les gens de notre découverte.

Il s’éclaircit la gorge puis poursuit :
—  Peut-être même que les V.L.I.C.S. te laisseraient revenir chez nous, en constatant que tu as trouvé une nouvelle terre.
— Par Odin ! murmure Eirik.
Après quelques instants de réflexion, il ajoute pour lui-même :
—  Vains dieux ! Les V.L.I.C.S. !
ce qui ne manque pas d’entraîner un certain flottement dans les rangs de ses auditeurs, persuadés de l’apparition imminente d’un drakkar de la police !

Eirik prend la parole une dernière fois :
— Je te remercie, Gustav Olavson. Il m’est impossible de revenir en arrière, tu le sais bien. Néanmoins, ta suggestion d’envoyer un drakkar informer notre pays que nous avons découvert une nouvelle terre me paraît bonne. Aucun d’entre vous n’est banni comme je le suis. Vous pouvez donc partir quand vous le souhaitez.
—  Eirik, ajoute Gustav, nous allons d’abord mettre cette terre en valeur comme tu l’as dit. Ensuite, nous verrons.
— Si tu veux, Gustav. Mais si quelqu’un retourne en Scandinavie, il doit savoir que moi, le même jour, je m’en irai dans la direction opposée avec mon drakkar. S’il y a des volontaires, ils viendront avec moi pour voir s’il n’y a pas, plus loin, une autre terre à découvrir. Qu’en dites-vous ?

A la suite de ce discours, un conseil mémorable, suivi d’un « référant d’hommes », se tient entre tous les nouveaux colons. Il y est décidé que les Vikings passeront une année complète à mettre cette terre inconnue en valeur. A l’issue de cette année, un drakkar partira pour la Scandinavie sous la direction de Bjarni. Il sera porteur de la nouvelle de la découverte de l’Islande.
Au même moment, un autre ira dans la direction du soleil couchant. Il emportera dans ses flancs Eirik, sa famille et quelques membres d’équipage avec leurs compagnes et leurs enfants.

Un an plus tard.
La région où ont abordé Eirik et ses compagnons est bien mise en valeur. Les récoltes sont excellentes, grâce à l’eau chaude que les Vikings, ces ingénieux marins, ont su capter pour qu’elle chauffe la terre cultivée. La pêche leur apporte une nourriture qu’ils connaissent bien : les femmes peuvent transformer les poissons en délicieux beignets qui leur rappellent la lointaine Scandinavie. Les Vikings, en fait, ont reconstitué leur patrie en Islande.

Au jour dit, deux drakkars s’éloignent dans deux directions opposées. Ils laissent une colonie petite mais formée de marins aguerris, qui ont toujours à leur disposition le troisième navire de l’expédition de départ.

C’est ainsi que, par une belle matinée ensoleillée, Eirik dit « le Rouge » vogue en direction d’une nouvelle terre, située plus à l’ouest que celle qu’il vient de quitter.

Le voyage est bien plus court que le premier.

Il s’effectue aussi dans de meilleures conditions : pas de poursuite éventuelle par les navires des V.L.I.C.S., pas de brouillard ni au départ ni à l’arrivée, une mer toute calme, l’idéal, en quelque sorte.

Rapidement, Eirik et ses compagnons de voyage, ainsi que leurs familles, débarquent sur une terre neuve. Elle leur semble tellement verte, malgré les montagnes enneigées de l’horizon, qu’ils décident de la baptiser « Groenland » (note 13 – Groenland, dans l’ancien langage scandinave, signifie littéralement, « la terre verte »).

Quelques autochtones, vêtus de costumes très colorés, se pressent autour des nouveaux venus. Comment leur donner un nom ? Il faut bien les définir par rapport aux Vikings !

Ces derniers trouvent très vite. Ils remarquent que les étranges personnages posent constamment la même question :
— Est-ce qu’i’mau’d? Est-ce qu’i’mau’d?

Eirik et ses compagnons en déduisent vite que, avec un étrange accent, ces indigènes se posaient la question de savoir si le drakkar mordait. Dès lors, ils décident de les baptiser tout simplement des « Est-ce qu’i’mau’d »
(note 14 – par une évolution linguistique facile à comprendre, ce peuple « Est-ce qu’i’mau’d » est devenu, dans la langue des scandinaves, le peuple « Esquimaud ». Il s’agit là d’une contraction inévitable. Par la suite, dans un souci de simplification, leurs descendants les ont appelés des « Eskimos »).

Quelque temps après, les Vikings fondent les deux premières villes de la nouvelle colonie, sur la côte sud-ouest du Groenland, Oesterbygd et Vesterbygd
(note 15 – c’est authentique. Oesterbygd est située près de Julianehaab et Vesterbydg près de Godthaab, au Groenland).

Peu à peu, les Vikings se transforment. Insensiblement, les intrépides marins deviennent des terriens engoncés dans leur confort.

Eirik, toujours surnommé « le Rouge », a maintenant près de soixante ans. L’an mil approche.

Leiv Eirikson a bien grandi. Il a presque trente ans.

À suivre, évidemment. La suite, logiquement, comme d’habitude, s’intitulera : « sacre-christophe-partie-05»

Guy

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3 réflexions au sujet de « « Sacré Christophe ! » partie 04 »

  1. Vains dieux v’là les V.L.I.C.S ! hahaha

    Se cultiver en s’amusant, c’est vraiment un beau cadeau que tu nous fais Guy. Entre les Vikings et la mythologie grecque, je me régale. Merci.

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