« Sacré Christophe ! » (partie 05)

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« Sacré Christophe ! » (partie 05)

Un beau jour de cette année 999, il va trouver son père, le cœur empli de joie.

Père, lui dit-il, tu m’as tout appris de l’art de la navigation. Grâce à toi, j’ai connu l’Islande, je suis retourné en Norvège, je vis au Groenland. Je me demande …

— Oui, fils, que veux-tu ? interroge Eirik.

Il aimerait bien que Leiv le transforme en un grand-père heureux.

Voilà. Te souviens-tu que, lorsque tu es venu ici, Bjarni est reparti pour la Scandinavie ?

— Parfaitement, oui !

— Après, il est revenu en Islande.

— Oui !

— C’est là qu’il a appris que tu avais trouvé une nouvelle terre que tu avais baptisée Groenland. Il a voulu te rejoindre.

— C’est encore exact. Mais …

— Attends, papa. C’était il y a à peu près douze-treize ans ?

— Euh … oui, fils. Ah, le temps passe bien vite !

— Quand il est arrivé ici, il t’a bien dit qu’il avait été dérouté par une tempête et qu’il s’était retrouvé devant une côte inconnue ?

— Oui, je m’en souviens parfaitement !

— Il t’a dit aussi qu’il avait empêché son équipage de débarquer ?

— Oui ! Il m’a même dit – je m’en souviens comme si c’était hier : « Vois-tu, Eirik, nos amis restés en Islande m’avaient expliqué que, dans ton nouveau pays, tout était vert et qu’il y avait des montagnes enneigées à l’horizon. J’ai bien scruté cette côte, il n’y avait rien de tel. Alors, j’ai interdit à mes hommes de débarquer et nous t’avons cherché ailleurs. » … Eh oui, je m’en souviens bien. Finalement, Bjarni a réussi à débarquer ici et depuis il est resté avec nous.

— Eh bien… vois-tu, papa, son fils et moi voudrions essayer de retrouver cette côte inconnue. C’est sûrement un nouveau pays à découvrir !

— Peut-être, mon fils, peut-être ! Mais… que veux-tu que je te dise ? Si tel est ton destin, vas-y, par Odin ! Je ne saurai empêcher un Viking de naviguer.

— Oh merci, père !

Tout fier, muni de la bénédiction de son père, Leiv Eirikson, surnommé « l’Heureux » par tout le monde tant il sourit, va trouver sa mère.

Il lui expose son projet. Comme toutes les mères, elle pleure un peu mais, se souvenant de sa jeunesse et de celle de son mari, elle donne elle aussi sa bénédiction à son fils.

Un mois après, on se presse sur le port.

C’est que de jeunes Vikings impatients, après avoir construit un drakkar neuf pour l’occasion, vont de nouveau partir en exploration. Après avoir embrassé tous les leurs, ils prennent le large sous les regards envieux de leurs parents qui se rappellent leur jeunesse.

Quelques jours plus tard, une côte inexplorée se trouve en vue du navire de Leiv.

Regarde, Leiv, lui murmure Bjarni Bjarnison, on dirait un rocher plat. Crois-tu que c’est ici que mon père est arrivé ?

— Je l’ignore, Bjarni, mais tu as raison : allez, en ton honneur et aussi pour le souvenir de ton père, nous allons baptiser cette terre « Helluland ». Qu’en dis-tu ?
(note 16 – Helluland, dans la langue des rudes guerriers vikings, signifiait « Terre du Rocher Plat ». Ce fait, comme les suivants, est parfaitement exact. C’était l’île Baffin, au nord du Labrador).

— Merci, Leiv ! Je le dirai à mon père quand nous serons rentrés.

— Viens ! Nous allons voir de plus près à quoi ressemble « Helluland » !

Le drakkar accoste. Les intrépides jeunes gens sautent à terre. Ils explorent le rivage qui leur rappelle le Groenland, par la glace dont il est recouvert.

Au loin, en direction du soleil couchant, il leur semble distinguer des vols d’oiseaux. Y aurait-il une autre terre ? Serait-ce celle du père de Bjarni ? Les explorateurs n’hésitent pas un instant : ils repartent à bord de leur drakkar.

Après plusieurs jours de navigation, ils longent une côte. Elle est constamment à leur droite. Plate, sans fin, elle correspond bien à ce que Bjarni a décrit. A l’issue d’un rapide
« référant d’hommes », ils décident de la baptiser « Markland »
(note 17 – Markland signifiait « Terre forestière ». Aux yeux des jeunes Vikings, cette côte ne semblait pas avoir de fin, car ils longeaient en fait le Labrador et Terre Neuve, qu’ils avaient pris pour un continent, celui que Bjarni, au plus fort de la tempête qui secouait son drakkar, avait vu comme ses marins).

Après quelques jours de navigation le long de cette côte couverte de forêts, les Vikings aperçoivent une plage au sable argenté. Quelle différence avec toutes les terres qu’ils ont vues jusqu’alors ! En cette fin d’été 999, ils décident de demeurer là quelques jours, avant de repartir pour une nouvelle destination, en direction du soleil de midi.

Pour s’occuper, ils explorent les alentours de cette plage. Un petit groupe composé de Leiv, de Bjarni Bjarnison et de Tyrker, l’homme du Sud (note 18 – Tyrker signifiait, dans le langage des Vikings, « le Turc »), arrive devant une forme de végétation inconnue. Tyrker, petit et futé, s’écrie :

— Leiv, Leiv, c’est du raisin !

— Tu es sûr, Tyrker ?

— Ecoute : je suis né dans un pays où il n’y a que des vignes ! Alors, si je te dis que c’est du raisin, c’est que c’est du raisin !

— Je te crois ! Mais … on pourrait en faire du vin ?

— Certainement, mais nous n’avons pas tout le matériel nécessaire.

— On peut le construire ?

— Peut-être, mais il faudrait que nous restions ici encore un peu de temps, pour que les grains soient bien mûrs !

— Tu as raison ! acquiesce Leiv en rejetant avec une grimace de dégoût la grappe qu’il vient de cueillir, qu’est-ce que c’est acide !

Ils reviennent et regroupent tous leurs amis. Un « référant d’hommes » indique que tous les Vikings souhaitent rester jusqu’à l’automne pour goûter ce raisin qui semble déjà si appétissant.

Finalement, ils restent aussi pendant tout l’hiver. Ce n’est qu’au printemps de l’an mil qu’ils quittent cette région, leur drakkar bourré de raisins et de bois. En se retournant une dernière fois pour saluer cette terre nouvelle, Leiv s’interroge : ont-ils bien fait de la baptiser « Vinland » ?
(note 19—Vinland signifiait « Terre des vignes »)

Pendant le voyage de retour vers le Groenland, il se rappelle les faits principaux des voyages de son père.

En Islande, les compagnons d’Eirik n’avaient-ils pas nommé « Eiriksjökull » un glacier, simplement pour rappeler que c’était grâce à leur chef qu’ils avaient pu arriver là ?

Or lui, Leiv Eirikson, n’était-ce pas aussi grâce à son père qu’il était arrivé jusqu’au Vinland, après avoir découvert et baptisé l’« Helluland » et le « Markland » ?

N’avait-il pas fait montre de bien peu de respect pour lui en donnant à chacune de ces nouvelles terres un nom rappelant simplement une de leurs particularités ?

N’aurait-il pas dû, lui aussi, se souvenir que son père, spirituellement, l’avait guidé tout au long de ce voyage ?

Comment faire pour réparer cet oubli ?

Tiens ! Et s’il débaptisait le « Vinland » pour l’appeler « Eiriksland » ? Non ! ça ferait peut-être trop orgueilleux.

Il a été guidé par l’esprit de son père : pourquoi pas « Esprit d’Eirik » ? Non, le nom est trop bizarre !

Voilà, il y était : l’esprit, c’est aussi l’âme ! Il allait nommer « Âme d’Eirik » ce nouveau territoire !

Décidément, non ! l’âme d’Eirik, c’est quelque chose que son père emportera avec lui au Walhalla, ce paradis des guerriers vikings. Alors, que faire ?

Un éclair de génie traverse soudain l’esprit de Leiv : il va baptiser le « Vinland » simplement  « Âme-Eirik ».

Oui, mais… ne risque-t-on pas d’associer l’âme de son père et le vin qu’il ne consomme qu’en quantité modérée ?

Il ne voudrait pas qu’on l’accuse, lui Leiv Eirikson, d’avoir voulu sous-entendre que son père n’était qu’un vulgaire « alkool-hike »
(note 20 – en Scandinavie, aux alentours de l’an mil, on désignait par ce terme les buveurs de boissons fermentées qui ne savaient pas s’imposer des limites raisonnables).

Non, décidément, autant laisser le « Vinland »

C’est ainsi qu’en 999, l’Amérique ne fut pas appelée par son nom. Reste qu’elle a été découverte par les Vikings.

À suivre, bien entendu. La suite, logiquement comme d’habitude, s’intitulera : « sacre—christophe—partie—06»

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2 réflexions au sujet de « « Sacré Christophe ! » (partie 05) »

    1. Tu n’as lu que la « mise en bouche », en quelque sorte.
      Attends de lire vraiment l’histoire de Christophe, revue et corrigée par mes soins, tout en suivant ce que les historiens en ont dit.
      Ça m’étonnerait que tu pleures en lisant !

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