« Sacré Christophe ! » (partie 09)

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« Sacré Christophe ! » (partie 09)

Pendant tout le temps que dura la visite commentée du navire, Cristoforo avait remarqué que quelques mouvements avaient agité l’esquif. Il les avait mis sur le compte de la mer, mais les vagues n’étaient pas même semblables à des vaguelettes, ce jour-là.

Il ne comprit réellement ce qui s’était passé que lorsqu’il fut en face du reste de l’équipage.

En effet, pendant qu’il explorait sa nouvelle habitation de fond en comble, les marins qui servaient sous les ordres du capitaine Dias avaient, eux aussi, réintégré leur bâtiment.

Les apercevant, le maître à bord après Dieu les héla de la manière suivante :

— Antonio ! Marcello ! Venez voir notre nouveau mousse !

Les deux marins qui constituaient l’équipage approchèrent. Cristoforo comprit alors que les mouvements qu’il avait remarqués provenaient, en fait, du passage des deux hommes.

Antonio était une sorte d’hercule de foire, comme celui que Cristoforo admirait toujours sur la place près de chez ses parents, lors des fêtes. Agé d’une trentaine d’années, sa taille équivalait largement à une fois et demi celle du jeune mousse, selon ses estimations.

Quant à Marcello, il n’avait guère que deux ou trois ans de plus que Cristoforo. Une profonde entaille balafrait sa joue gauche. Le futur marin pensa qu’elle était sans doute le dernier témoignage d’une rixe comme celles que sa mère lui avait bien recommandé d’éviter.

Les anciens s’approchèrent du petit nouveau. Antonio écrasa la main droite de Cristoforo dans l’énorme pince qu’il avait à l’extrémité du bras droit ; quant à Marcello, il saisit la dextre délaissée par le géant avec la mine gourmande d’un garçonnet devant un pot de confitures vivement désiré.

D’une voix fluette, il lui apprit :

– Bonjour, Cristoforo !

Il battit des cils, qu’il avait d’ailleurs fort longs, passa langoureusement sa main gauche dans ses cheveux rêches et ajouta en minaudant :

– Ici, tu sais, c’est moi le tonneau ! Et je tiens à le rester !

Ignorant tout des us de la marine marchande de l’époque, mais souhaitant se concilier dès le départ les bonnes grâces de tous, Cristoforo lui assura :

– Sois sans crainte ! Je ne prendrai pas ta place !

Il ne comprit pas pourquoi le capitaine Dias et Antonio partaient d’un rire inextinguible, suivi rapidement par celui de Marcello. Soucieux de sa réputation, il joignit malgré tout ses éclats aux leurs.

Ce ne fut que quelques jours plus tard, en pleine mer, qu’il comprit pleinement ce que voulait dire Marcello.

S’avisant que le capitaine Dias sortait d’un petit réduit de toile où il était remplacé aussitôt par Antonio, il se dit que là devaient être des toilettes improvisées qu’il n’avait pas encore remarquées. Comme il avait une forte envie, il décida d’attendre que l’hercule de service eut terminé d’épancher ses besoins. Il était malgré tout intrigué par les bruits qu’il entendait, qui ressemblaient à des gémissements et à des soupirs. Il en déduisit fort simplement que l’homme se soulageait bruyamment de ses pesanteurs stomacales.

Enfin Antonio sortit du réduit. Cristoforo se précipita… et se trouva nez à nez avec Marcello. Celui-ci remontait son pantalon. Il eut l’air aussi surpris que le jeune mousse, mais il se ressaisit plus vite. Il lui demanda :

– Alors, toi aussi tu veux ?

Intrigué, Cristoforo lui répondit :

– Je voudrais bien aller aux toilettes.

A voix basse, Marcello lui apprit :

– Je t’ai dit que c’était moi le tonneau. Le nom est resté par habitude des navires où il y avait une vingtaine de marins. Ici, je me contente d’ôter mon pantalon et le capitaine ou Antonio viennent soulager leur trop-plein… euh… ici, ajouta-t-il en désignant ses arrières. Mais les toilettes, c’est là !

Il désigna la petite cache prévue à cet effet. Il ajouta :

– Moi, si tu veux, je ne soulage que ça !

En même temps, il saisit à pleine main les trois pièces dont Cristoforo ignorait la destination exacte mais qui lui provoquaient des démangeaisons inopinées à des instants qui ne l’étaient pas moins. Le jeune marin précisa :

– Toi, je préfère te faire une petite gâterie !

Au grand dam de Cristoforo qui n’osait plus bouger, Marcello dénuda le devant du corps du jeune mousse.

S’agenouillant devant lui comme un prêtre devant un tabernacle ou une grenouille devant un bénitier, il entreprit de lui faire ce que les latinistes distingués nomment fellatio et que nos contemporains désignent du nom de ces braves soldats du feu, ainsi que l’écrivent les journalistes en manque d’imagination, qui tiennent leur lance à incendie dans une main et leur casque dans l’autre.

Cristoforo prit d’autant plus goût à la chose qu’il comprit en même temps à quoi servait tout ce qu’il portait sur lui. Comme il était aussi génial dans ce domaine que dans les autres, il en redemanda même et bientôt Marcello put tenter sur lui des caresses qu’il n’avait pas osées avec les deux autres membres de l’équipage, beaucoup trop rustres.

En revenant chez ses parents après trois semaines passées en mer, Cristoforo, bien que n’ayant connu aucune femme, pouvait néanmoins se targuer d’une expérience que bon nombre de fumeurs ou d’écrivains pouvaient lui envier
(note 28 – non, non, je ne vous ai pas oubliés, amies lectrices et amis lecteurs. Je tenais simplement à vous préciser, à propos de ce passage dont j’ai retrouvé, aux termes de recherches qui m’ont absorbé pendant de très très longs mois (dois-je également vous apprendre qu’il y a eu un 29 février 1992 ?) le seul témoignage dans un parchemin authentifié par le capitaine Dias lui-même, qu’il s’agissait bien évidemment des personnes qui fumaient les instruments que l’on taille traditionnellement dans la ville de Saint-Claude, dans le Jura français. Quand aux écrivains de l’époque, je vous rappelle qu’ils utilisaient une plume et que, avant de l’utiliser, ils devaient également la tailler).

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