« Sacré Christophe » (partie 11)

This entry is part 13 of 28 in the series sacre-christophe

« Sacré Christophe » (partie 11)

A peine arrivés, ils constatèrent qu’il y avait encore de nombreuses réparations à effectuer. Ils décidèrent alors de se plier aux habitudes traditionnelles des marins dans les ports. Comme leurs maigres économies touchaient à leur fin, ils couchèrent dans le bateau où, un soir de beuverie, ils entraînèrent avec eux une jeune brune peu farouche, pleinement décidée à profiter de la compagnie des deux amis.

Cette nuit là, Cristoforo se rendit compte avec ravissement qu’une jeune femme pleine de bonne volonté avait à sa disposition des ressources autrement plus intéressantes que celles de son ami Marcello, qu’il convia à partager le plaisir de cette découverte. La jeune femme, une certaine Lucrezia, dévoila même aux yeux ravis des deux jeunes gens ses possibilités les plus intimes, tout exprès pour leur plaisir.

Elle leur enseigna tout l’art de l’amour à trois personnes, qu’elle avait découvert il y avait fort longtemps grâce à deux marins qui étaient revenus, ayant perdu la mémoire de tout sauf de ce qui concernait ce domaine d’activité, d’un continent très étrange où les livres les plus sacrés traitaient justement de cette science.

Ses deux initiateurs appelaient d’ailleurs l’un de ces livres le « Kama… quelque chose », car ils avaient oublié le reste.

L’événement fut décisif : à partir de cette nuit, Cristoforo se jura de profiter pleinement de tout que que la nature mettrait à sa portée quand il serait dans un port. Son ami Marcello, mis dans la confidence, approuva chaudement ce comportement qu’il imita, tout en restant, à bord, le maître du « tonneau ».

Cristoforo voulait connaître autre chose que le cabotage du petit bateau du capitaine Dias.

Celui-ci, sentant que les deux amis, pour lesquels il éprouvait une certaine affection, cherchaient à le quitter, ne négligea pourtant aucune occasion de leur être agréable. Il troqua même sa « Santa Maria di Gena » contre quelque chose qui ressemblait davantage à un navire. Malgré cela, il se contentait de caboter de port en port. Aussi Cristoforo chercha-t-il, toujours en compagnie de Marcello, à trouver d’autres engagements.

Un soir qu’ils se trouvaient à Gênes, ils firent la connaissance d’un navigateur portugais du nom de Perestrollo. C’était aux alentours de l’an de grâce 1477.

L’audacieux personnage avait entendu parler de ce jeune homme, fort bon marin, qui se déplaçait en compagnie d’un « tonneau » dont la technique remarquablement performante avait de quoi séduire plus d’un équipage. Aussi les embaucha-t-il sur le champ
(note 32 – et également sur son navire !).

Le capitaine Perestrollo était l’heureux possesseur d’un véritable navire, qui ne ressemblait en rien à la grosse barque du capitaine Dias. Cristoforo et Marcello furent très heureux d’apprendre que ce fameux capitaine souhaitait leur présence à son bord. Voilà qui les changerait agréablement et leur ferait entrevoir de ces nouveaux horizons que Cristoforo, au fond de son coeur, souhaitait tellement découvrir. Ils se retrouvèrent donc au Portugal, non loin du port de Lisbonne.

A partir de cet instant, Cristoforo se rendit compte qu’il existait beaucoup de choses dont son intuition géniale lui avait fait seulement soupçonner la réalité.

Ainsi, l’Océan Atlantique possédait des marées dont l’amplitude n’avait rien à voir avec celles de la Mer Méditerranée. Or, pour les avoir vues de ses propres yeux, Cristoforo savait que les différences de niveau sur les côtes italiennes se retrouvaient sur celles d’Afrique, de l’autre côté de la mer. Dès lors, pourquoi ne pas imaginer que ces vagues géantes de l’Océan avaient leur pendant quelque part dans un monde inconnu ?

Ce nouveau monde, il l’aborda d’une bien curieuse façon. Il le cherchait partout, en compagnie de Marcello. Néanmoins, ce fut un petit fait anodin qui le guida vers des recherches plus poussées.

Un soir de 1478, à moins que ce soit par une belle journée de 1479 ou au cours d’un dîner en 1480, il fit la connaissance de la jeune fille du capitaine Perestrollo. Ebloui par sa beauté, il fréquenta assidûment, lors de chacun de ses retours, la demeure de son commandant. Celui-ci, charmé par le jeune homme, finit par lui accorder la main de son héritière. Comme il mourut peu de temps après la cérémonie du mariage, Cristoforo hérita des cartes et de toutes les observations maritimes soigneusement notées par son beau-père.

Parmi tous les papiers qu’il retrouva en fouillant avec acharnement dans la maison qui était désormais la sienne, figurait l’oeuvre de Marco Polo. Une analyse subtile de l’ouvrage fit comprendre à Cristoforo que, puisqu’il y avait une voie terrestre pour aller en Inde en arrivant à pied de la Chine, c’est-à-dire une manière d’aborder ce continent par l’Ouest, il devait exister également une voie maritime.

Auparavant, il avait tenté deux voyages non dépourvus de mystères.

Ainsi, il bourlingua le plus loin qu’il le pouvait sur la mer du Nord, où il se hasarda jusqu’en Islande (note 33 – où il aurait peut-être pu retrouver la trace des découvertes des Vikings d’Eirik le Rouge et de son fils Leiv. D’après les témoignages de l’époque, que je n’ai pas lus, il semble qu’il n’en ait rien été. Rien ne t’empêche de l’envisager, rien ni personne et surtout pas moi ! A toi de jouer, amie lectrice, ami lecteur !). Il ne trouva rien qui put infirmer ou confirmer sa théorie.

Rien au Nord ? Cristoforo était un génie persévérant.

Il partit pour le Sud, profitant du fait que le capitaine Perestrollo souhaitait s’ouvrir de nouveaux débouchés en Afrique. Il se rendit jusqu’en Guinée. Là, Marcello, ravi par les charmes d’une fort belle Africaine, revint nanti d’une maîtresse et d’une postérité en puissance.

Grâce à Cristoforo, qui cacha la jeune femme dans sa cabine moyennant la participation buccale des deux époux à l’épanchement de ses humeurs, elle arriva à bon port.

Marcello l’épousa et la fit se fixer dans une maison de la ville, où elle attendit sans impatience à la fois le retour de son époux et l’arrivée d’un héritier (note 34 – celui-ci fut le premier de toute une lignée dont j’ai retrouvé la trace grâce à un fait en apparence anodin. Dans la famille, outre le fait que tous les garçons premiers nés étaient métis, il était de tradition de les baptiser Marcello et d’en faire des fabricants de tonneaux. Dès lors, les choses étant ce qu’elles sont et la raison ce qu’elle est, il m’a été facile, en arguant du prétexte que deux et deux font quatre, de trouver le dernier descendant du compagnon de Cristoforo. Malgré ses dénégations du début de notre entrevue, il a fini par reconnaître que, selon un arbre généalogique qu’il m’a montré, il était bien le dernier descendant actuel de Marcello. Malheureusement, le pauvre étant décédé juste avant la publication du chef d’oeuvre d’érudition que tu as en ce moment même entre les mains, amie lectrice, ami lecteur, tu es obligé(e) de me faire une confiance totale pour ce fait, comme d’ailleurs pour la plupart des événements historiques relatés ici. A mon avis, tu le peux : pourquoi ne pas faire confiance à l’historien que je suis (un peu) alors que tu accordes un crédit aveugle aux autres historiens qui ne sont même pas d’accord sur le fait de savoir quel a été le passé de Cristoforo ? Et cela, dans le monde entier !).

Cristoforo se doutait d’une manière de plus en plus certaine qu’il existait un ailleurs probable.

Plusieurs éléments le confirmèrent dans son opinion. La relecture de plus en plus attentive de l’oeuvre de Marco Polo, ainsi qu’une étude critique poussée des papiers de feu son beau-père et l’abondante correspondance qu’il échangea avec l’astronome Toscanelli, tout lui fit élaborer un grand projet de voyage en direction de l’Ouest, en vue de trouver une voie maritime qui le conduirait aux Indes par l’Ouest, afin d’y faire fortune.

Dès lors, toute une période de sa vie était close. Cristoforo jeunot-001 n’existait plus.

A suivre, bien entendu

Guy

Series Navigation<< « Sacré Christophe ! » (partie 10)« Sacré Christophe ! » (partie 12) >>

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *