« Sacré Christophe ! » (partie 14)

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« Sacré Christophe ! » (partie 14)

Cristoforo jeunot-003.

Ces deux explications sont bien entendu contestées par une autre race d’historiens, que l’on appelle des « méridiens », c’est-à-dire des spécialistes de la mer.

Selon eux, en effet, si la version de Fernando Colombo est très contestable, celle de Barthélemy de Las Cases ne l’est pas moins.

Voici ce qu’ils estiment être la réalité.

Après ses débuts dans la vie sous l’égide de son père, habile tisserand juif du nord de l’Italie mais d’origine espagnole, le jeune Cristoforo commença à s’ennuyer. Se souvenant qu’il était apparenté à l’amiral de Casenove, dit Coulon, il s’enfuit sans rien dire, vers l’âge de douze ans, du domicile paternel.

Le pauvre tisserand et sa femme en moururent de chagrin. Cristoforo, trop occupé par ses multiples aventures maritimes, n’en sut jamais rien.

Son but premier était de rejoindre son cousin éloigné, aussi bien par le degré de parenté que par l’espace qui le séparait de lui.

Deux possibilités se présentaient au jeune garçon pour se rendre en Catalogne, où résidait ce lointain parent : ou bien il empruntait les routes terrestres, ou bien il y allait par voie de mer. Comme il n’avait pas d’argent, Cristoforo devait soit partir à pied, soit se faire engager sur un bateau.

Son choix a été vite fait : il voulait naviguer, il devait donc trouver d’urgence un navire qui le conduirait à bon port. Dès lors, il se mit en quête d’un équipage qui accepterait de l’héberger, même moyennant quelques travaux.

Ce ne fut pas chose facile, car tous les capitaines qu’il rencontra à cette occasion avaient déjà soit un mousse, soit un « tonneau », sans que Cristoforo sut exactement en quoi consistait le rôle du dernier nommé.

Finalement, il put franchir le détroit de Gibraltar sur un bateau nommé la «  Santa Maria di Gena  », commandé par un certain Dias, capitaine de son état, grâce à la complicité d’un jeune « tonneau » du nom de Marcello. Il fit là une première expérience des choses de la vie, surtout en voyant se balancer celles du capitaine, engagé dans une conversation d’homme à homme avec le Marcello susnommé
(note 43 – ce qui signifie « nommé ci-dessus  » et non pas « sucé en se nommant  », contrairement à ce qu’une écoute distraite et uniquement phonétique de ce mot pourrait laisser croire !).

Impressionné par l’habileté tonnelière du jeune homme, Cristoforo ne manqua pas de l’interroger d’une manière plus précise, lorsque tout le monde fut endormi, à l’issue de sa première nuit passée en passager clandestin. Marcello lui expliqua complaisamment en quoi consistait son rôle sur le navire.

Il lui précisa même qu’il se tiendrait bien volontiers à son service pour le cas où il constaterait un débordement intempestif de son trop-plein d’humeurs. Cristoforo le remercia pour sa proposition mais ne jugea pas utile d’en profiter, tout occupé qu’il était à se dissimuler à la vue de l’équipage.

Enfin il arriva à bon port. Il se mit aussitôt à la recherche de son lointain parent. Il dut attendre quelques jours avant de le rencontrer, puisque l’illustre amiral était embarqué pour une expédition au service du roi René d’Anjou.

Lorsque Casenove revint, il fut tout étonné et flatté à la fois de trouver ce jeune cousin qui l’attendait. En même temps, il en fut secrètement heureux : il venait de perdre son mousse, tombé de son navire en plein mer. Aussi proposa-t-il à Cristoforo de le remplacer. Le jeune garçon accepta avec un enthousiasme non feint : n’approchait-il pas enfin de son but ?

L’amiral lui expliqua longuement, outre son futur rôle, la mission des corsaires, état dont il se targuait. Ces hardis navigateurs étaient au service d’un roi ; leur mission était de piller les vaisseaux affrêtés par les adversaires de leur souverain. Elle leur était confiée par le roi lui-même dans une lettre de marque qui leur donnait l’autorisation de courir sus aux navires de commerce ennemis, afin de désorganiser l’économie du pays contre lequel lui-même était en guerre, voire en simple délicatesse.

L’aventure plut à Cristoforo. Peu de temps après, il embarqua avec son parent sur le navire-amiral d’une flottille qui comptait trois embarcations, nombre que le jeune mousse jugea parfait pour toute expédition
(note 44  – et il s’en souvint, puisqu’il partit de Palos avec trois caravelles, la Santa-Maria, la Pinta et la Niña).

Ce fut le début d’une longue série d’aventures que connut Cristoforo, toutefois jalonnées de quelques dates particulières.

Ainsi, vers 1465, après être rentré d’un « raid » encore plus audacieux que les autres, au cours duquel Cristoforo avait conquis de haute lutte son titre de corsaire, qu’il échangea bien volontiers contre celui de mousse, il décida de célébrer l’événement comme il convenait.

(à suivre)

Guy

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