« Sacré Christophe » (partie 15)

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« Sacré Christophe » (partie 15)

Attablé dans une auberge, il dépensa en nombreuses libations les primes diverses dont son lointain parent l’amiral avait pu le faire bénéficier. Les poches vides, mais absolument plein, il roula sous la table. Ce fut là que le trouva, après la fermeture, l’accorte servante du bar, une nommée Maria.

Par pure charité chrétienne, tant elle était désolée de le voir dans cet état, elle le porta tant bien que mal jusqu’à son propre lit. Le lendemain soir, lorsque Cristoforo s’éveilla, il ne reconnut pas les lieux.

Fort heureusement, juste à cet instant, Maria s’encadra dans la porte.

Immédiatement, le jeune homme crut à une apparition. Sortant du lit, il se mit à genoux. Se méprenant sur la signification de son geste, Maria, qui, bien que jeune, possédait déjà une belle expérience des pratiques que la morale réprouve, souleva sa robe.

Cristoforo, les yeux encore embrumés de l’ivresse de la veille, vit dans ce geste un encouragement à remercier l’individu qu’il voyait tout bizarrement constitué, avec des cheveux longs et une petite barbiche en pointe, son visage étant, semble-t-il, posé directement en haut de ses cuisses.

Très rapidement, Maria dissipa toute équivoque dans l’esprit du jeune garçon. Elle lui expliqua posément, en exposant ses charmes, le bénéfice qu’il pouvait tirer de l’expérience qu’elle s’apprêtait à lui faire vivre.

Ravi, Cristoforo accepta de se soumettre à ses caprices et se laissa aller à plusieurs reprises en maint endroit secret où Maria le conduisit. Il constata qu’effectivement la jeune femme avait beaucoup plus de ressources à sa disposition que le jeune Marcello grâce à qui il était arrivé ici.

Comme Cristoforo était d’humeur enjouée et qu’il avait quelques jours de congé à sa disposition, la jeune Maria était rompue lorsque le jeune homme la quitta, enrichi d’une expérience qu’il se jura bien de perfectionner lors de chaque retour d’expédition.

Depuis, jamais Cristoforo ne cessa de fréquenter avec une remarquable assiduité les bars des ports dans lesquels son escadre relâchait.

Il connut ainsi de nombreuses expériences ; il apprit même quelques-uns des mille secrets tangibles
(note 45  – actuellement, on ne connaît plus que les initiales de ces secrets : les M.S.T. En revanche, on en ignore, semble-t-il, le contenu.).

Il n’abandonna cette recherche que lorsqu’il se décida, aux alentours de 1478, de se marier avec une demoiselle sans dot mais très expérimentée dans le domaine où lui-même pouvait sans se vanter démontrer quelque connaissance.

Vers cette époque, Cristoforo lut l’ouvrage du célèbre Marco Polo, « Le livre des merveilles ». En même temps, au cours de voyages qu’il effectua dans la mer du Nord à la poursuite de navires de commerce étrangers, il apprit que, selon de vieilles légendes, des siècles plus tôt, des navigateurs étaient allés vers l’Ouest et avaient trouvé un nouveau pays de l’autre côté de l’Océan.

Déjà se formait dans son esprit la théorie selon laquelle, en se dirigeant vers l’Ouest, il trouverait une terre, probablement ces Indes d’où provenaient, disait-on, les fameuses épices.

Vers 1480, nanti d’une expérience considérable dans tous les domaines, Cristoforo fit une rencontre qui le laissa songeur.

Devenu, uniquement par ses mérites, le second de son lointain parent, il recueillit à son bord un curieux naufragé. L’homme, dont l’esprit était apparemment troublé, lui tint à peu près ce langage
(note 46  – l’homme en question s’appelait, ainsi que Cristoforo l’apprit par la suite, Juan de la Fontaña) :

« Miaheb nitram ed ebolg el rerapérp ed euv ne, idnum ogami nos sand yllia’derreip ed xuec te eihpargoég as sand eémélotp ed serid sel reifirév ruop agayov nutiaf ia’j »

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