« Sacré Christophe » (partie 16)

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« Sacré Christophe » (partie 16)

En entendant ce charabia, que l’homme répétait sans arrêt, Cristoforo fut interloqué. Il écouta plus attentivement et décida de prendre en note tout ce que l’individu lui disait.
Devant son papier, Cristoforo se posa de multiples questions. Il en conclut que l’homme devait soit parler une langue totalement inconnue, soit se souvenir d’une phrase apprise par coeur, qui lui revenait sans cesse à l’esprit, mais qu’il avait préalablement traduite en un langage codé.

Cristoforo, intrigué, en était là de ses réflexions lorsqu’il sentit que quelque chose le démangeait au visage. Il se leva de sa table, s’empara du miroir qui était près du mur et constata qu’un petit bubon se formait près de son nez. Il voulut le gratter et, ce faisant, laissa échapper le miroir qui, ô miracle, tomba sur la table sans se fracasser en mille morceaux. Il souleva néanmoins le morceau de papier qui retomba en
voltigeant gracieusement. Cristoforo, qui avait suivi l’envol de sa petite note, s’aperçut à cet instant qu’il pouvait lire dans le miroir les deux derniers mots, simplement inclinés dans un sens inhabituel : j’ai fait.

« Eurêka ! » s’écria-t-il sans perdre de temps à se faire couler un bain. Il recopia laborieusement le texte en commençant par la dernière lettre et en terminant par la première. Il obtint ce qui figure ci-après :
« J’ai fait un voyage pour vérifier les dires de Ptolémée dans sa « Géographie » et ceux de Pierre d’Ailly dans son « Imago Mundi », en vue de préparer le globe de Martin Behaim ».
Cristoforo, décidément saisi par l’inspiration la plus profonde, décida de baptiser « srevne’l »
(note 47  – ce qui signifie, en français contemporain, « verlan »)
ce curieux langage secret.

Il se jura aussi que, dès son retour sur la terre ferme, il se renseignerait au sujet de ces trois personnes.

En ce qui concernait Ptolémée, il apprit avec stupéfaction que le personnage en question était mort depuis plus de mille trois cents ans. Il ne pouvait donc pas entrer en relation avec lui. Pierre d’Ailly, quant à lui, était décédé en 1420. Fort heureusement, Martin Behaim était bien vivant.

D’origine allemande, ce cosmographe et navigateur fut appelé au Portugal pour être le géographe de l’expédition africaine de Diego Cam, en 1482. Cristoforo s’entretint secrètement avec lui. Ils arrivèrent vite à cette conclusion que la Terre devait bel et bien être une sphère.

Cristoforo se forgea alors la certitude qu’il était possible d’atteindre l’Inde en naviguant vers l’Ouest. Il ne lui restait qu’à trouver de l’argent pour le faire.Il avait brutalement changé : il n’était déjà plus Cristoforo jeunot-003 !

(à suivre)

Guy

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