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Mon premier roman, version électronique

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Mon premier roman, version électronique

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé ce que je racontais dans ce roman, intitulé « Sacré Christophe ! Et dire que ce n’est même pas lui qui a découvert l’Amérique ! »

Pour que vous le compreniez bien, il faut que vous en connaissiez la genèse.

L’année 1992, vous vous en souvenez certainement, a été celle du cinq-centième anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.

Je crois me souvenir que plus de 200 ouvrages ont été publiés pour célébrer cet événement. Je ne les ai pas tous lus, loin de là, mais j’ai beaucoup d’amis qui, à eux tous, ont pris connaissance de la quasi-totalité de ces livres.

Nombre d’entre eux m’ont demandé :
—  Ne pourrais-tu pas, toi qui possèdes une imagination fertile, écrire un livre à ce propos ?

Finalement, j’ai cédé à leurs suggestions, en leur indiquant bien que, si je m’appuyais sur la réalité de l’histoire, ça ne serait pas réellement de l’histoire. Je leur ai signalé qu’après tout ça n’avait pas une grosse importance, étant donné que les historiens les plus sérieux ont émis des hypothèses très différentes pour la vie de Christophe Colomb, tout du moins dans sa jeunesse.

J’ai décidé de rédiger ce bouquin en m’appuyant sur les quatre hypothèses principales de ce que fut la jeunesse de Christophe Colomb ; bien entendu j’en ai inventé une cinquième et, si je ne m’étais pas retenu, j’y aurais joint une sixième que je vous livre en exclusivité : en fait, Christophe Colomb savait marcher sur les eaux et il a traversé l’océan Atlantique à pied, en tirant les trois bateaux de son expédition au bout d’un câble.  J’espère que vous voyez à quoi je fais  allusion.

En attendant, vous pouvez trouver cet ouvrage électronique ici, chez Amazon
Sacré Christophe !

Si vous êtes patient(e), je vous le livre par petits morceaux, sur ce blog, sous le titre de
« Sacré Christophe ! », partie 01, etc.

Bonne lecture.

Guy

« Sacré Christophe ! », partie 00

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« Sacré Christophe ! », partie 00

Ne vous étonnez surtout pas de cette « partie 00 ».

En fait, je voulais vous présenter la couverture de cet ouvrage.

Un graphiste roumain, M. Ciprian Munteanu, l’a réalisée selon mes indications, à partir de la première version de la couverture faite par moi : imaginez la même chose sans les couleurs ni les navires, avec simplement le titre.

Chance, je l’ai retrouvée, elle n’a pas disparu dans l’histoire de fou que j’ai eue avec une surtension incroyable (merci, EDF…), parce qu’elle était sur le seul disque dur de sauvegarde qui était éteint à ce moment-là !

La voici :

en 1992 :                                                                          aujourd’hui :

couv-anc                           CouvSC

On voit la différence ! Du coup, il m’a refait aussi mon logo.

La prochaine fois, pas d’image, mais du texte !

Guy

« Sacré Christophe ! » partie 01

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« Sacré Christophe ! » partie 01

Une remarque préalable.

Je vous fournis, très gracieusement (encore une expression qui me fait bien rire : avez-vous bien observé la tête de tous ceux qui vous offrent une information gratuitement ? Non ? Alors, je vous conseille de le faire !) quelque chose qui m’a été demandé à de nombreuses reprises.

Vous trouverez la chose ci-dessous et, si vous écrivez, je vous invite à recopier ceci in extenso ou en entier, comme vous préférez, sur tous vos écrits de quelque importance destinés à être diffusés à un large public, ça peut vous donner un avantage décisif pour le cas où quelqu’un tenterait de copier votre texte. Et n’oubliez pas de le déclarer à la BNF, c’est gratuit, ça ne mange pas de pain et ça prouve l’antécédence de votre prose, très important dans le domaine.

Voici donc le texte en question, empreint d’une poésie toute administrative.

Information – avertissement.

Le Code de la Propriété Intellectuelle (CPI) stipule en son article L. 111-1 que « l’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous. Ce droit comporte des attributs d’ordre intellectuel et moral ainsi que des attributs d’ordre patrimonial ».
L’ensemble de ces droits figure dans la première partie du Code de la Propriété Intellectuelle qui codifie les lois sur le droit d’auteur du 11 mars 1957 et du 3 juillet 1985.
En application des lois rappelées ci-dessus et en particulier de l’article L. 122-4 (« Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou a reproduction par un art ou un procédé quelconque »), aucun extrait de ce livre électronique ne peut être reproduit, par quelque procédé que ce soit, dans quelque pays que ce soit et dans quelque langue écrite que ce soit, sans l’autorisation écrite de l’auteur.  Toute représentation ou reproduction non autorisée par l’auteur constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle et par les articles 425 et suivants du Code Pénal.
Tous droits réservés pour tous pays.
Nouvelle édition © février 2012 – Guy Poursin Editions/Guy Poursin
Dépôt légal à parution
ISBN 978-2-909224-46-6 (première édition 1992 : 2-9502042-9-5)

« Ite missa est » comme s’écriaient tous les prêtres catholiques – en latin – à la fin des messes, pour dire que le bon peuple pouvait retourner à ses occupations et notamment à la préparation de son repas du midi. Il paraît qu’aujourd’hui on ne dit plus la messe en latin mais en français. Dommage, encore un élément folklorique qui disparaît !

Mais revenons en à nos moutons et plus particulièrement à notre navigateur soi-disant découvreur (on parle d’inventeur, je crois me souvenir, dans ce domaine) de terres inconnues. Moi je n’invente que des mots et des manières de les relier les uns aux autres, mais au moins je m’amuse. Imaginez-vous que Christophe Colomb avait le mal de mer. Vous voyez la chose ?

Comme tout ouvrage scientifique – je vous ai prévenu ! – il commence comme ça :
AVERTISSEMENT

Une remarque, pour commencer.

La primeure de cet ouvrage, sous sa forme manuscrite, d’une manière irréfutable et définitive, a été réservée à la seule lecture de mes meilleurs amis, en 1992.

Ce sont eux qui, à un moment ou à un autre, m’ont dit, en l’année très noble et très glorieuse où l’on célébra le cinq-centième anniversaire de la découverte de l’Amérique par un certain Christophe Colomb – soi-disant, vous le comprendrez à la lecture de ce qui suit : « Ne trouves-tu pas qu’il y en a marre de toujours parler de cet anniversaire ? »

Que vous me connaissiez ou non, sachez que je suis un écrivain très très scrupuleux. Pour répondre à la demande de mes amis, j’ai décidé de partir à la recherche réelle de ce qui s’était passé en ces jours de 1492. Les découvertes que j’ai faites ont de quoi vous laisser coi !

Une première preuve : déjà, sans le savoir, vous êtes deux à lire en même temps ce manuscrit remarquable. La sagesse populaire ne vous a-t-elle pas appris qu’un homme averti en valait deux ?

Vous objecterez qu’on parle toujours d’un homme et jamais d’une femme. Soit. Mais comprenez que cette fameuse « sagesse populaire » entend par là « un représentant du genre humain, quel que soit son sexe ».

N’y voyez surtout aucune malice machiste ! Au contraire, amie lectrice, songez que vous avez un avantage incroyable sur l’homme. Pourquoi ? Comment, pourquoi ? En 1520, l’église catholique a organisé un concile uniquement pour savoir si la femme avait une âme !

Depuis, vous, au moins, vous en êtes sûre ! Tandis que l’homme, le pauvre… rien n’a jamais été fait pour lui dire s’il en avait une ! Grave problème, non ?

Revenons au vôtre. Puisque vous êtes deux à lire ce livre en même temps, je vous dois une confidence : ce n’est pas un ouvrage historique, c’est un livre qui raconte une histoire. Différence !

Vous aimez ? J’adore ! Pour moi, l’histoire n’est intéressante que si on peut lui faire des enfants dans le dos. Cela montre qu’elle a une curieuse conformation et une drôle de myopie, parce que se faire faire un enfant dans le dos…

Vous voulez un ouvrage « sérieux » (notez que, par respect pour tous ceux qui rédigent, je n’ai pas écrit « ennuyeux ») ? Adressez-vous directement à votre libraire préféré. Il saura vous renseigner fort judicieusement.

Vous préférez autre chose, un livre qui sorte des sentiers battus – j’entends par là de la chronique historique ? Vous êtes bien tombé !

Cet ouvrage n’a pas du tout la prétention d’être « sérieux ». D’ailleurs, à l’heure où vous lisez ces lignes, ce n’est plus « mon » livre, c’est déjà « le vôtre ». Toute lectrice, tout lecteur d’un ouvrage le recrée de toutes pièces avec son imagination. Alors, si vous en avez beaucoup, cramponnez-vous : la mienne plus la vôtre plus celle de la partie avertie de vous-même, ça va faire du bruit ! Ça risque de ne pas être triste !

Et c’est tant mieux ! Parce que, à bien y regarder, la France, en ce moment…

Un dernier mot. J’aime aussi la musique. Pour cette raison, cet ouvrage est divisé en trois parties que j’ai respectivement baptisées « Prélude », « Lude » et « Postlude ».

Le mot « Lude » vous étonne, peut-être ? Il est là pour la logique de la langue.

Attention ! le nom existe : il s’emploie à propos d’une langue balto-finnoise parlée dans la région de Kalinin et appartenant au groupe finno-ougrien.

Cette information est on ne peut plus sérieuse, puisqu’elle provient directement de chez Monsieur Larousse, vous savez, les dictionnaires (à ne pas confondre, surtout, avec Madame La Rousse, la mère commune à tous ces gens qui, portant ou non un uniforme, sont chargés d’assurer la sécurité dans les rues).

Employé dans le sens où je l’utilise, pour la logique dite « cartésienne » (pauvre vieux Descartes, s’il savait !) du avant (Pré), pendant (Lude) et après (Post), « Lude » est un néologisme, un mot nouveau si vous préférez. Il ne faut surtout pas avoir peur des mots ; d’ailleurs, en sortant de la lecture de cet ouvrage, vous n’en aurez plus peur du tout !

Attention ! Ce livre est un véritable ouvrage d’histoire : comme tout livre historique qui se respecte, il présente des notes. A vous de décider si elles sont authentiques ou non !

Assez parlé comme ça ! Le chef lève sa baguette ; silence dans le public. C’est parti !

Bonne lecture !

Chaleureusement vôtre,

L’auteur
Guy Poursin

« Sacré Christophe ! » partie 02

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« Sacré Christophe ! » partie 02

PRÉLUDE

Du côté de la Norvège, aux alentours de 981.

Il est une heure du matin. La nuit est très brumeuse. On ne distingue pas plus la lune que « cette obscure clarté qui tombe des étoiles ».

Dans un bar à matelots de Jeeren, une violente altercation oppose deux hommes :
— T’as tort !
— Je ne m’appelle pas That-Thor, espèce d’ivrogne dégénéré ! Je me nomme Eirik ! Et si tu continues à insister, je vais te fendre le bec avec mon grand couteau !
— Chef, chef, arrêtez ! Vous voyez bien qu’il est complètement saoul !
— Et alors ? Le seul Thor que je connaisse, c’est notre dieu. Je suis fort, soit, mais pas autant qu’Odin, notre maître à tous !
— J’te … j’te dis qu’t’as … qu’t’as tort ! persévère l’aviné qui tente désespérément d’imposer son point de vue.

Du coup, Eirik voit rouge. Il dégaine son arme et, ainsi qu’il en a prévenu l’homme, lui agrandit la bouche d’un violent coup horizontal.

Le sang jaillit à flots de l’horrible blessure. Les conversations cessent brutalement. Tous regardent la scène d’un air stupéfait.

Dans le silence qui soudain lui emplit les oreilles, Eirik hurle :
— Tiens ! Voilà pour t’apprendre à vivre !

Il donne un nouveau coup de poignard à l’homme. Las ! il visait l’abdomen, où il sait par expérience qu’un coup fait mal mais ne tue pas. Or, au même moment, son adversaire s’affaisse mollement sur les genoux tout en essayant de retenir comme il le peut le sang qui s’écoule de sa blessure béante.

Par l’un de ces extraordinaires hasards dont l’histoire est friande, Eirik transperce le cœur de l’homme dont il avait imaginé seulement percer la panse !

Extrayant péniblement son couteau des chairs maintenant mortes, Eirik le contemple d’un air ahuri. Il a le sentiment absolu qu’il vient de franchir un pas décisif, non seulement pour lui, mais aussi pour l’histoire de l’humanité toute entière !
(note 1 – en fait, c’est en plongeant dans le passé que les spécialistes de la NASA ont retrouvé, dans l’inconscient collectif tel que le définit Jung, cette pensée restée inédite d’Eirik dont j’ai eu connaissance grâce à la transmission orale parvenue depuis mes ancêtres les Gaulois, qui eux-mêmes connaissaient la chose par ouï-dire. Les Américains ont eu le toupet de s’en inspirer pour formuler les premières paroles prononcées depuis la Lune par un représentant de l’espèce humaine. Quel culot, ces boys !).

Les représentants de ladite, qui l’entourent, béent, eux aussi. Dans le silence pesant, on entend soudain voler une mouche. Ce léger bruit semble redonner conscience aux rudes marins qui fréquentent le bouge.

L’un d’entre eux, incontestablement le plus grand et le plus gros, se lève pesamment de sa table. Il vient se poster en face d’Eirik, qui est encore sous le choc.

Superbe dans son attitude, il lui apprend, d’une voix éraillée par l’alcool qu’il ingurgite en grande quantité depuis plus de cinq heures :
— Eirik … c’était mon … c’était mon ami ! … T’as eu tort … t’as eu tort !

Du coup, le Viking assassin pâlit :
— Par Odin ! s’écrie-t-il, j’ai eu Thor ! Moi, un simple mortel ? Je n’ai tout de même pas tué un dieu !

C’est qu’il connaît bien sa mythologie, le Scandinave inculte !

Bien vite, il se reprend. Il s’en félicite d’ailleurs in petto
(note 2 – contrairement à ce que l’on pourrait penser à première écoute, cette expression ne signifie pas en quelque sorte « dans le vent », mais bel et bien « à part soi, intérieurement »).

En effet, le géant sort à son tour un coutelas qu’il agite d’un air menaçant au-dessus de sa tête. L’usage qu’il compte en faire paraît si évident que les spectateurs du différend s’écrient tous d’une seule voix :
— Eirik … attention !

Le principal intéressé a, fort heureusement, déjà réagi.

Constatant que son adversaire continue à s’époumoner en gesticulant, Eirik assure son poignard dans sa main droite. Rapidement, il lui en porte un coup, un seul, lui engageant la lame dans le ventre avant de la remonter violemment en direction du cœur puis de tirer à lui, comme le lui a appris un vieux chasseur sibérien, tueur d’ours.

Mort debout, pratiquement ouvert en deux, le géant arrose de son sang Eirik qui gagne là son surnom
(note 3 – il s’agit là d’une interprétation toute personnelle, mais après tout elle vaut largement celle qui veut qu’Eirik dit « le Rouge » ait été roux. Rappelons qu’en 981, la photographie en couleurs n’était pas encore inventée !).

Impressionnant par son allure, le vainqueur, sous les yeux médusés des buveurs attardés, se contente de repousser légèrement de la pointe ensanglantée de son arme le corps sans vie qui, d’un seul coup, s’effondre au sol.

A cet instant, un cri parvient de l’extérieur :
— Par la foudre d’Odin ! Voilà les V.L.I.C.S. !
(note 4 – les V.L.I.C.S. étaient, dans toute la Scandinavie de l’époque, des Vikings Législateurs Interdisant les Combats Sauvages. Les initiales de ces sortes de gardiens de l’ordre, légèrement modifiées, sont arrivées en France vers le XIIIe siècle).

— Vains dieux !
(note 5 – cette expression a été considérablement déformée au cours des siècles. D’origine religieuse, ainsi que toute personne un tant soit peu cultivée peut le constater, elle s’est transformée en un simple nombre de deux chiffres, souvent associé aux initiales précédentes) s’exclament aussitôt les hommes d’Eirik.
— Chef, que devons-nous faire ?

À suivre, évidemment. La suite, logiquement, s’intitulera : « sacre-christophe-partie-03»

Guy

« Sacré Christophe ! » partie 03

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En un clin d’œil, Eirik juge la situation. Pensant non sans raison que la meilleure tactique à adopter dans ce cas précis est la fuite, il hurle à ses hommes:
Prenez vos femmes et vos enfants ! Rendez-vous aux drakkars !

Lui-même, de son côté, court jusque chez lui.

Quand il franchit le seuil de sa maison, sa femme est occupée à essayer un nouveau costume de sa confection à Leiv Eirikson, leur jeune fils de onze ans.
Elle ouvre la bouche de stupéfaction :
—Mais…
Elle n’a pas le temps de demander à son mari pour quelle raison il est couvert de sang. Eirik l’interrompt et ordonne :
Vite, femme ! Prends l’enfant et quelques hardes, nous devons partir !
Leur maigre bagage est vite fait.
Ils se retrouvent bientôt en vue des trois drakkars vers lesquels convergent tous les hommes d’Eirik, leurs compagnes et leurs enfants.
Jamais, de mémoire de Viking, un départ n’a lieu aussi précipitamment. Fort heureusement, le brouillard persistant permet aux trois navires d’Eirik de quitter la côte sans être rattrapés par ceux des V.L.I.C.S.

Quelques heures plus tard, en direction opposée à celle du soleil qui commence à se lever.

Accoudé au bastingage, Eirik croit voir des vols de mouettes.
Je suis vraiment fatigué, par Odin ! songe-t-il en se frottant les yeux
(note 6 – en raison de cette habitude, contractée dès qu’il commença à naviguer, Eirik avait souvent les yeux rouges. Peut-être est-ce là l’origine réelle de son surnom).
Il n’y a que de l’eau dans cette direction. Mon vieil Eirik, il est temps que tu ailles te reposer !

En partant s’allonger près de sa femme et de son fils, il donne au passage des instructions précises à ses meilleurs compagnons, ceux du moins qui sont encore debout.
Comme le présage lui a plu, il décide de continuer le voyage dans la même direction, à la rencontre de l’inconnu
(note 7 – en 981, on ne connaissait guère que l’Europe, qui deviendra en 1492 « l’Ancien Continent ». Eirik et ses successeurs ont donc fait des « rencontres du deuxième type » en partant à la découverte de l’inconnu. Vraisemblablement, Steven Spielberg en a entendu parler puisque, en 1977, il baptisa son film « Rencontres du troisième type »).

Avant de s’endormir pour quelques instants, il songe malgré lui à ce mystère qui l’attend. Mais il n’a pas eu le choix : en tuant ces deux hommes, il s’est condamné lui-même à fuir son pays pour ne plus jamais y revenir.

Les jours s’écoulent lentement, monotones. Les hommes sont fatigués. Le brouillard qui entoure les navires empêche le regard de se porter au loin. Les enfants geignent sans arrêt. Il a fallu restreindre les vivres et l’eau. Tous se posent la question : combien de temps cette pénible errance va-t-elle durer ?

Soudain, un fragment de brouillard se déchire. Juste à ce moment, un guetteur croit apercevoir une côte. Aussitôt, il en informe son chef.

Eirik n’hésite pas une seconde, voire une nanoseconde. Il conseille à ses hommes de se préparer à tout et fait mettre le cap droit sur cette ligne entrevue.

Peu à peu, les trois navires s’en approchent. Quelque temps plus tard, les Vikings posent le pied, les armes à la main, dans un pays où la glace semble occuper une place prépondérante.
(note 8 – les Vikings ont bien entendu posé chacun leurs deux pieds sur cette terre apparemment inhospitalière. De la même manière, ils avaient leurs armes dans les deux mains, une offensive (épée) dans la main droite (ou dans la gauche pour les gauchers), une défensive (bouclier) dans la gauche (ou l’inverse))

Fort heureusement, les rudes navigateurs sont habitués au froid et donc vêtus en conséquence.

Apparemment, la population n’est pas très dense. Là où les navires abordent, il n’y a même aucune trace de vie. Eirik décide de laisser les navires au mouillage pendant quelques semaines. Rapidement, ses compagnons montent un camp de fortune
(note 9 – cette expression fait partie de toutes celles qui, dans la langue française, me réjouissent le cœur : imaginez-vous les dix personnes les plus riches du monde dans un camp de ce genre ? Il y a de quoi rire, non ?).

Après quelques instants passés à se reposer et à se restaurer, Eirik prend les meilleurs de ses hommes à part :
Mes amis ! leur dit-il, nous allons explorer ce nouveau territoire. D’ores et déjà, je vous propose de l’appeler « Terre de glace »
(note 10 – « Islande », mot à mot, signifie bien « terre de glace ». Ce nom lui a été réellement donné par Eirik le Rouge vers 981).
Qu’en dites-vous ?
— Par Odin ! Par Thor ! Tu as raison, Eirik ! Désormais, nous appellerons ce pays « Island ».
— Bien … Merci, mes amis. Je vous propose maintenant d’explorer cette nouvelle terre. Nous partirons quand le soleil sera au plus haut dans le ciel et nous avancerons toujours dans la direction de nos ombres.
— Oui, Eirik ! Nous irons avec toi.

Ainsi font-ils.

Ils se heurtent très vite à un immense glacier que, à la suite d’un « référant d’hommes »,  ils baptisent « Eiriksjökull », du nom de leur chef et guide. Informé, celui-ci les remercie d’un sourire. Secrètement, il en est profondément réjoui.
(note 11 – le « référant d’hommes » est une très vieille coutume scandinave. Elle correspond à l’organisation d’une consultation élective entre tous les hommes d’une tribu, parfois tous les habitants d’un village, pour savoir à qui attribuer telle ou telle chose. Lorsque les Vikings ont envahi la Gaule, alors peuplée de descendants des Gallo-romains, ces derniers ont cherché dans leurs dictionnaires, y compris dans celui rédigé par un certain Gaffiot et que, à l’époque, ils avaient baptisé « G.A.F.I.O. », mais n’ont pas trouvé de mot correspondant. Aussi ont-ils décidé purement et simplement de « latiniser » ce nom d’origine scandinave sous la forme qui est très répandue aujourd’hui de « referendum », cette chose dont on parle beaucoup mais qu’on n’exécute que très rarement. Pour la première fois, amie lectrice, ami lecteur, vous avez une explication logique de l’un des plus grands mystères de la linguistique.)

À suivre, évidemment. La suite, logiquement, s’intitulera : « sacre-christophe-partie-04»

Guy

« Sacré Christophe ! » partie 04

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« Sacré Christophe ! » partie 04

Après quelques jours d’exploration, les hommes reviennent à leur base de départ. Rien n’a changé, hormis certains enfants qui ont un peu grandi.

Eirik réunit tous ses hommes. Il leur tient un très important discours :
(note 12 – la plus grande partie de ce discours a été retrouvée par l’auteur dans les brouillons d’Are Frode, écrivain du début du XIIe siècle, qui a rédigé la célèbre saga « Islendingabok ». Malheureusement, il a supprimé ce texte dans la version définitive de son récit.)
— Mes amis,
Toutes et tous ici savez pourquoi nous avons dû partir de notre beau pays, par Odin, père de tous les dieux ! Je vous remercie de m’avoir suivi.

Une immense clameur lui répond. Emu, Eirik s’interrompt quelques instants puis reprend :
—  Je vous propose que nous nous installions dans ce nouveau pays pour un temps. L’intérieur que nous avons commencé à visiter ne comporte qu’un glacier que vous m’avez fait l’honneur de baptiser de mon nom. Cette terre (il la frappe du pied), l’Island, me paraît très fertile. Nous avons même rencontré des sources d’eau chaude et aussi des sortes de fontaines jaillissantes. Nous pourrions mettre tout ceci en valeur puis aller chercher quelques habitants supplémentaires dans notre ancien pays. Qu’en dites-vous ?

Levant le bras, l’un des proches d’Eirik, Gustav Olavson, demande la parole :
— Eirik, dit-il, mon ami, je suis l’un de tes plus anciens compagnons. S’il le fallait, je te suivrais en enfer. Nous sommes partis de Jeeren à trois drakkars. Je propose que l’un d’eux retourne dans notre Scandinavie natale pour informer les gens de notre découverte.

Il s’éclaircit la gorge puis poursuit :
—  Peut-être même que les V.L.I.C.S. te laisseraient revenir chez nous, en constatant que tu as trouvé une nouvelle terre.
— Par Odin ! murmure Eirik.
Après quelques instants de réflexion, il ajoute pour lui-même :
—  Vains dieux ! Les V.L.I.C.S. !
ce qui ne manque pas d’entraîner un certain flottement dans les rangs de ses auditeurs, persuadés de l’apparition imminente d’un drakkar de la police !

Eirik prend la parole une dernière fois :
— Je te remercie, Gustav Olavson. Il m’est impossible de revenir en arrière, tu le sais bien. Néanmoins, ta suggestion d’envoyer un drakkar informer notre pays que nous avons découvert une nouvelle terre me paraît bonne. Aucun d’entre vous n’est banni comme je le suis. Vous pouvez donc partir quand vous le souhaitez.
—  Eirik, ajoute Gustav, nous allons d’abord mettre cette terre en valeur comme tu l’as dit. Ensuite, nous verrons.
— Si tu veux, Gustav. Mais si quelqu’un retourne en Scandinavie, il doit savoir que moi, le même jour, je m’en irai dans la direction opposée avec mon drakkar. S’il y a des volontaires, ils viendront avec moi pour voir s’il n’y a pas, plus loin, une autre terre à découvrir. Qu’en dites-vous ?

A la suite de ce discours, un conseil mémorable, suivi d’un « référant d’hommes », se tient entre tous les nouveaux colons. Il y est décidé que les Vikings passeront une année complète à mettre cette terre inconnue en valeur. A l’issue de cette année, un drakkar partira pour la Scandinavie sous la direction de Bjarni. Il sera porteur de la nouvelle de la découverte de l’Islande.
Au même moment, un autre ira dans la direction du soleil couchant. Il emportera dans ses flancs Eirik, sa famille et quelques membres d’équipage avec leurs compagnes et leurs enfants.

Un an plus tard.
La région où ont abordé Eirik et ses compagnons est bien mise en valeur. Les récoltes sont excellentes, grâce à l’eau chaude que les Vikings, ces ingénieux marins, ont su capter pour qu’elle chauffe la terre cultivée. La pêche leur apporte une nourriture qu’ils connaissent bien : les femmes peuvent transformer les poissons en délicieux beignets qui leur rappellent la lointaine Scandinavie. Les Vikings, en fait, ont reconstitué leur patrie en Islande.

Au jour dit, deux drakkars s’éloignent dans deux directions opposées. Ils laissent une colonie petite mais formée de marins aguerris, qui ont toujours à leur disposition le troisième navire de l’expédition de départ.

C’est ainsi que, par une belle matinée ensoleillée, Eirik dit « le Rouge » vogue en direction d’une nouvelle terre, située plus à l’ouest que celle qu’il vient de quitter.

Le voyage est bien plus court que le premier.

Il s’effectue aussi dans de meilleures conditions : pas de poursuite éventuelle par les navires des V.L.I.C.S., pas de brouillard ni au départ ni à l’arrivée, une mer toute calme, l’idéal, en quelque sorte.

Rapidement, Eirik et ses compagnons de voyage, ainsi que leurs familles, débarquent sur une terre neuve. Elle leur semble tellement verte, malgré les montagnes enneigées de l’horizon, qu’ils décident de la baptiser « Groenland » (note 13 – Groenland, dans l’ancien langage scandinave, signifie littéralement, « la terre verte »).

Quelques autochtones, vêtus de costumes très colorés, se pressent autour des nouveaux venus. Comment leur donner un nom ? Il faut bien les définir par rapport aux Vikings !

Ces derniers trouvent très vite. Ils remarquent que les étranges personnages posent constamment la même question :
— Est-ce qu’i’mau’d? Est-ce qu’i’mau’d?

Eirik et ses compagnons en déduisent vite que, avec un étrange accent, ces indigènes se posaient la question de savoir si le drakkar mordait. Dès lors, ils décident de les baptiser tout simplement des « Est-ce qu’i’mau’d »
(note 14 – par une évolution linguistique facile à comprendre, ce peuple « Est-ce qu’i’mau’d » est devenu, dans la langue des scandinaves, le peuple « Esquimaud ». Il s’agit là d’une contraction inévitable. Par la suite, dans un souci de simplification, leurs descendants les ont appelés des « Eskimos »).

Quelque temps après, les Vikings fondent les deux premières villes de la nouvelle colonie, sur la côte sud-ouest du Groenland, Oesterbygd et Vesterbygd
(note 15 – c’est authentique. Oesterbygd est située près de Julianehaab et Vesterbydg près de Godthaab, au Groenland).

Peu à peu, les Vikings se transforment. Insensiblement, les intrépides marins deviennent des terriens engoncés dans leur confort.

Eirik, toujours surnommé « le Rouge », a maintenant près de soixante ans. L’an mil approche.

Leiv Eirikson a bien grandi. Il a presque trente ans.

À suivre, évidemment. La suite, logiquement, comme d’habitude, s’intitulera : « sacre-christophe-partie-05»

Guy

« Sacré Christophe ! » (partie 05)

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« Sacré Christophe ! » (partie 05)

Un beau jour de cette année 999, il va trouver son père, le cœur empli de joie.

Père, lui dit-il, tu m’as tout appris de l’art de la navigation. Grâce à toi, j’ai connu l’Islande, je suis retourné en Norvège, je vis au Groenland. Je me demande …

— Oui, fils, que veux-tu ? interroge Eirik.

Il aimerait bien que Leiv le transforme en un grand-père heureux.

Voilà. Te souviens-tu que, lorsque tu es venu ici, Bjarni est reparti pour la Scandinavie ?

— Parfaitement, oui !

— Après, il est revenu en Islande.

— Oui !

— C’est là qu’il a appris que tu avais trouvé une nouvelle terre que tu avais baptisée Groenland. Il a voulu te rejoindre.

— C’est encore exact. Mais …

— Attends, papa. C’était il y a à peu près douze-treize ans ?

— Euh … oui, fils. Ah, le temps passe bien vite !

— Quand il est arrivé ici, il t’a bien dit qu’il avait été dérouté par une tempête et qu’il s’était retrouvé devant une côte inconnue ?

— Oui, je m’en souviens parfaitement !

— Il t’a dit aussi qu’il avait empêché son équipage de débarquer ?

— Oui ! Il m’a même dit – je m’en souviens comme si c’était hier : « Vois-tu, Eirik, nos amis restés en Islande m’avaient expliqué que, dans ton nouveau pays, tout était vert et qu’il y avait des montagnes enneigées à l’horizon. J’ai bien scruté cette côte, il n’y avait rien de tel. Alors, j’ai interdit à mes hommes de débarquer et nous t’avons cherché ailleurs. » … Eh oui, je m’en souviens bien. Finalement, Bjarni a réussi à débarquer ici et depuis il est resté avec nous.

— Eh bien… vois-tu, papa, son fils et moi voudrions essayer de retrouver cette côte inconnue. C’est sûrement un nouveau pays à découvrir !

— Peut-être, mon fils, peut-être ! Mais… que veux-tu que je te dise ? Si tel est ton destin, vas-y, par Odin ! Je ne saurai empêcher un Viking de naviguer.

— Oh merci, père !

Tout fier, muni de la bénédiction de son père, Leiv Eirikson, surnommé « l’Heureux » par tout le monde tant il sourit, va trouver sa mère.

Il lui expose son projet. Comme toutes les mères, elle pleure un peu mais, se souvenant de sa jeunesse et de celle de son mari, elle donne elle aussi sa bénédiction à son fils.

Un mois après, on se presse sur le port.

C’est que de jeunes Vikings impatients, après avoir construit un drakkar neuf pour l’occasion, vont de nouveau partir en exploration. Après avoir embrassé tous les leurs, ils prennent le large sous les regards envieux de leurs parents qui se rappellent leur jeunesse.

Quelques jours plus tard, une côte inexplorée se trouve en vue du navire de Leiv.

Regarde, Leiv, lui murmure Bjarni Bjarnison, on dirait un rocher plat. Crois-tu que c’est ici que mon père est arrivé ?

— Je l’ignore, Bjarni, mais tu as raison : allez, en ton honneur et aussi pour le souvenir de ton père, nous allons baptiser cette terre « Helluland ». Qu’en dis-tu ?
(note 16 – Helluland, dans la langue des rudes guerriers vikings, signifiait « Terre du Rocher Plat ». Ce fait, comme les suivants, est parfaitement exact. C’était l’île Baffin, au nord du Labrador).

— Merci, Leiv ! Je le dirai à mon père quand nous serons rentrés.

— Viens ! Nous allons voir de plus près à quoi ressemble « Helluland » !

Le drakkar accoste. Les intrépides jeunes gens sautent à terre. Ils explorent le rivage qui leur rappelle le Groenland, par la glace dont il est recouvert.

Au loin, en direction du soleil couchant, il leur semble distinguer des vols d’oiseaux. Y aurait-il une autre terre ? Serait-ce celle du père de Bjarni ? Les explorateurs n’hésitent pas un instant : ils repartent à bord de leur drakkar.

Après plusieurs jours de navigation, ils longent une côte. Elle est constamment à leur droite. Plate, sans fin, elle correspond bien à ce que Bjarni a décrit. A l’issue d’un rapide
« référant d’hommes », ils décident de la baptiser « Markland »
(note 17 – Markland signifiait « Terre forestière ». Aux yeux des jeunes Vikings, cette côte ne semblait pas avoir de fin, car ils longeaient en fait le Labrador et Terre Neuve, qu’ils avaient pris pour un continent, celui que Bjarni, au plus fort de la tempête qui secouait son drakkar, avait vu comme ses marins).

Après quelques jours de navigation le long de cette côte couverte de forêts, les Vikings aperçoivent une plage au sable argenté. Quelle différence avec toutes les terres qu’ils ont vues jusqu’alors ! En cette fin d’été 999, ils décident de demeurer là quelques jours, avant de repartir pour une nouvelle destination, en direction du soleil de midi.

Pour s’occuper, ils explorent les alentours de cette plage. Un petit groupe composé de Leiv, de Bjarni Bjarnison et de Tyrker, l’homme du Sud (note 18 – Tyrker signifiait, dans le langage des Vikings, « le Turc »), arrive devant une forme de végétation inconnue. Tyrker, petit et futé, s’écrie :

— Leiv, Leiv, c’est du raisin !

— Tu es sûr, Tyrker ?

— Ecoute : je suis né dans un pays où il n’y a que des vignes ! Alors, si je te dis que c’est du raisin, c’est que c’est du raisin !

— Je te crois ! Mais … on pourrait en faire du vin ?

— Certainement, mais nous n’avons pas tout le matériel nécessaire.

— On peut le construire ?

— Peut-être, mais il faudrait que nous restions ici encore un peu de temps, pour que les grains soient bien mûrs !

— Tu as raison ! acquiesce Leiv en rejetant avec une grimace de dégoût la grappe qu’il vient de cueillir, qu’est-ce que c’est acide !

Ils reviennent et regroupent tous leurs amis. Un « référant d’hommes » indique que tous les Vikings souhaitent rester jusqu’à l’automne pour goûter ce raisin qui semble déjà si appétissant.

Finalement, ils restent aussi pendant tout l’hiver. Ce n’est qu’au printemps de l’an mil qu’ils quittent cette région, leur drakkar bourré de raisins et de bois. En se retournant une dernière fois pour saluer cette terre nouvelle, Leiv s’interroge : ont-ils bien fait de la baptiser « Vinland » ?
(note 19—Vinland signifiait « Terre des vignes »)

Pendant le voyage de retour vers le Groenland, il se rappelle les faits principaux des voyages de son père.

En Islande, les compagnons d’Eirik n’avaient-ils pas nommé « Eiriksjökull » un glacier, simplement pour rappeler que c’était grâce à leur chef qu’ils avaient pu arriver là ?

Or lui, Leiv Eirikson, n’était-ce pas aussi grâce à son père qu’il était arrivé jusqu’au Vinland, après avoir découvert et baptisé l’« Helluland » et le « Markland » ?

N’avait-il pas fait montre de bien peu de respect pour lui en donnant à chacune de ces nouvelles terres un nom rappelant simplement une de leurs particularités ?

N’aurait-il pas dû, lui aussi, se souvenir que son père, spirituellement, l’avait guidé tout au long de ce voyage ?

Comment faire pour réparer cet oubli ?

Tiens ! Et s’il débaptisait le « Vinland » pour l’appeler « Eiriksland » ? Non ! ça ferait peut-être trop orgueilleux.

Il a été guidé par l’esprit de son père : pourquoi pas « Esprit d’Eirik » ? Non, le nom est trop bizarre !

Voilà, il y était : l’esprit, c’est aussi l’âme ! Il allait nommer « Âme d’Eirik » ce nouveau territoire !

Décidément, non ! l’âme d’Eirik, c’est quelque chose que son père emportera avec lui au Walhalla, ce paradis des guerriers vikings. Alors, que faire ?

Un éclair de génie traverse soudain l’esprit de Leiv : il va baptiser le « Vinland » simplement  « Âme-Eirik ».

Oui, mais… ne risque-t-on pas d’associer l’âme de son père et le vin qu’il ne consomme qu’en quantité modérée ?

Il ne voudrait pas qu’on l’accuse, lui Leiv Eirikson, d’avoir voulu sous-entendre que son père n’était qu’un vulgaire « alkool-hike »
(note 20 – en Scandinavie, aux alentours de l’an mil, on désignait par ce terme les buveurs de boissons fermentées qui ne savaient pas s’imposer des limites raisonnables).

Non, décidément, autant laisser le « Vinland »

C’est ainsi qu’en 999, l’Amérique ne fut pas appelée par son nom. Reste qu’elle a été découverte par les Vikings.

À suivre, bien entendu. La suite, logiquement comme d’habitude, s’intitulera : « sacre—christophe—partie—06»

« Sacré Christophe ! » (partie 06)

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« Sacré Christophe ! » (partie 06)

INTERLUDE.

C’est normal, ami lectrice, ami lecteur. Entre deux ludes, il doit y avoir un interlude ! Raison de plus entre le prélude et le lude !

Ne dis surtout pas que tu n’étais pas prévenu ! Mieux, car le terme de prévenu a des relents de V.L.I.C.S., si tu veux, tu as été averti !

L’interlude est une sorte de pause. Profitons-en pour faire rapidement le point, ce qui est parfaitement logique pour découvrir un monde qui ne figure encore sur aucune carte, à l’aide de navires qui n’ont que peu de moyens de s’orienter. Il est même nécessaire de le faire souvent !

Christophe Colomb était-il vraiment un menteur ? Il est permis d’en douter, puisqu’il n’était pas arracheur de dents. Il ne savait certainement pas que, quatre cent quatre vingt treize années avant lui, Leiv Eirikson, fils d’Eirik comme son nom l’indique, avait découvert un continent qu’il avait déjà failli appeler – tu as pu constater qu’il s’était retenu de justesse : « l’Amérique ».

Malheureusement pour des générations d’historiens, les Vikings, s’ils étaient d’extraordinaires marins, étaient beaucoup moins doués pour les écrits. Pour faire court, s’ils connaissaient l’ancre, ils ignoraient l’encre ! Il est même permis de penser (alors profites-en, puisque je t’y autorise !) que la plupart d’entre eux étaient des analphabètes.

Certes, la chose est difficile à entendre mais après tout, les Gaulois, nos ancêtres… Et les Gallo-romains, même mélangés-métissés-mixés, ne savaient pas tous lire dans le texte
« De bella Gallico », oeuvre maîtresse du célèbre Caïus Julius Caesar, plus connu sous son nom francisé de Jules César
(note 21 – à ce propos (pas de Jules, mais de ses écrits), as-tu remarqué combien les militaires ont une propension quasi irrésistible à écrire leurs souvenirs ? Est-ce par souci de passer à la postérité ? Est-ce par envie de laisser leur « marque » dans l’Histoire avec un H majuscule ? Est-ce pour faire croire aux pauvres civils que non seulement ils sont de grands stratèges mais aussi des gens de plume ? N’est-ce pas plutôt – oh les vilains! – pour que les futurs historiens s’imaginent qu’ils n’ont jamais commis aucune erreur ?
Quoiqu’il en soit, ça se remarque : as-tu compté le nombre total d’anciens troufions de métier qui ont été élus à l’Académie Française depuis sa création ? Incroyable !
Pour en revenir à Jules, unique objet de notre ressentiment, il a exagéré : écrire tout un best-seller scolaire (enfin, quand l’école était encore ce qu’elle devrait être) pour le simple plaisir de dire : « J’suis v’nu, j’ai vu, j’ai vaincu », c’est quand même pousser la parano un peu loin!)).

Personne, donc, n’a pu savoir que les Vikings avaient découvert l’Amérique bien avant le Christophe qui, s’il ne fut pas menteur – et ce n’est pas encore prouvé – était tout de même un curieux type, un peu mythomane.

Dès maintenant, tu peux te préparer : ainsi que tu le découvriras dans la première partie du « Lude », intitulée pour cette raison « Lude I » – et ne me fais pas l’injure de confondre avec ces petits génies des bois sous prétexte que tu es enrhumé(e) – personne ne sait exactement qui a été Christophe Colomb avant de découvrir l’Amérique pour la seconde fois. Puisque personne ne le sait, pourquoi se contenter des seules hypothèses communément admises ? J’en ai trouvé d’autres, largement aussi probantes que celles qui circulent couramment … et tu verras que la démonstration est d’une logique parfaite.

Grâce à moi, tu pourras choisir « ton » Christophe Colomb ! Et songe que j’en ai encore un en réserve ! Celui-là, si je l’avais sorti, il aurait fait encore plus de bruit que le cinquième !

Allez, fin de l’interlude ! Le maestro reprend sa baguette. il la lève pour un mouvement en trois parties, « Lude I », « Lude II » et « Lude III ».

On ne bouge plus, on se tait ! Et on lit !

LUDE

Te voici donc, amie lectrice, ami lecteur, devant la partie la plus importante de cet ouvrage remarquable, qui apporte une pierre inoubliable à la connaissance de l’histoire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.

Réfléchis. Il te faut maintenant savoir trois choses :

1 – qui était exactement Christophe Colomb (« Lude I ») ;

2 – comment il est parti (« Lude II ») ;

3 – comment s’est déroulé son voyage (« Lude III »).

Je te propose d’abord de découvrir qui était Christophe Colomb. Pour ce faire, dépêches-toi de lire la suite.

À suivre, bien entendu. La suite, logiquement comme d’habitude, s’intitulera : « sacre—christophe—partie—07»

Guy

« Sacré Christophe ! » (partie 07)

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« Sacré Christophe ! » (partie 07)

Cristoforo jeunot-001

Selon Fernand Colomb, fils de son père Christophe (quelle curieuse coïncidence ! Ah, piété filiale, que ne ferais-tu commettre au meilleur des historiens !), il était une fois, vers 1450 ou 1451, dans la ville italienne de Gênes, à moins que ce soit celle de Savone
(note 22 – oui ! Notez d’une part le numéro de la remarque, si proche du nombre fatidique annonçant l’arrivée, jadis, des gardiens de la législation scandinave, d’autre part le fait qu’à l’époque, la précision était une notion toute relative),
une femme qui mit au monde un enfant.

Soit, la chose est courante. Certains la trouvent plutôt banale. Aux dernières nouvelles, elle existerait même encore aujourd’hui.

Ce qui est plus original, c’est que le père du nouveau-né, Monsieur Colombo,
(note 23 – tout le monde est absolument sûr de cette paternité. En effet, depuis plus d’une année, il y avait une grève générale des facteurs à la fois à Gênes et à Savone : tous étaient partis se reposer du côté de Rimini, où le taux de natalité enregistrait une hausse record. Par ailleurs, Monsieur Colombo était tisserand et non chef de gare)
était probablement juif et espagnol. Pourquoi pas, direz-vous ? Après tout, en 1968, nous fûmes bien tous des juifs allemands !

Pourquoi pas, évidemment ! C’est que… dans l’une ou l’autre des deux villes, il n’y avait guère, à l’époque, de juifs espagnols. Alors, forcément, on les remarquait !

La scène, donc, se déroulait un 21 août
(note 24 – vous pouvez admirer la précision de cette date, retrouvée grâce à la sagacité de l’auteur. Bien entendu, c’était pour la commodité de l’histoire !).

Tandis qu’il était occupé à réaliser l’une des plus grosses pièces de la commande que lui avait passée son client le plus important – par le tour de taille – Monsieur Colombo s’entendit héler par une voix féminine toute essoufflée :

— Mon… sieur… Co… lom… bo… mon… sieur… Co… lom… bo !

Intrigué, il leva la tête : le son de cette voix ne lui était pas inconnu. Bon sang mais c’est bien sûr ! C’était la fille de sa voisine, la sage-femme
(note 25 – aïe ! aïe ! aïe ! C’était simplement pour vous faire remarquer que le métier de sage-femme était un beau métier. Aujourd’hui, il est de en plus masculinisé. Cela signifierait-il qu’il n’y a plus que des femmes pas sages ? On peut s’interroger…).

Elle s’appelait Lucrezia, prénom très en vogue ces années-là.

— Oui, Lucrezia ? Que se passe-t-il donc, pour que tu sois si pressée ?

– Monsieur Colombo ! reprit la jeune fille en même temps qu’elle retrouvait son souffle, vous venez d’avoir un fils. Comment voulez-vous l’appeler ?

– Mamma mia ! s’écria Monsieur Colombo en jetant son ouvrage à terre. J’ai un fils ? … Et c’est seulement maintenant que tu me l’apprends ? Oh … Lucrezia !

– Mais …

La jeune fille s’apprêtait à dire qu’il venait tout juste de naître et qu’elle avait couru aussi vite qu’elle le pouvait. Monsieur Colombo, nouveau père depuis très peu, négligea l’interruption. Il se précipita dans la rue en levant les bras au ciel :

– Mamma mia ! J’ai un fils ! Oh, Giorgio, Antonio, Vittorio, j’ai un fils ! Oh Marcello, j’ai un fils ! Tu te rends compte ? Allez, venez l’admirer avec moi à la maison !

Sur tout le trajet conduisant chez lui, Monsieur Colombo ne cessa d’inviter ainsi tous ceux qu’il rencontrait à partager sa joie.

Une fois arrivés, tous s’extasièrent devant le splendide garçon, félicitant sa mère d’avoir su donner un héritier mâle à Monsieur Colombo, qui était si gentil bien que juif et espagnol.

Le nouveau père déboucha quelques bonnes bouteilles qu’il avait mises en cave tout exprès pour cette occasion. Le ton des conversations monta ; chacun commenta l’événement, auquel il n’avait pas assisté,… mais c’était tellement plus beau de l’imaginer !

Soudain, l’un des assistants demanda :

Au fait, Monsieur Colombo, dites-voir… comment allez-vous appeler votre fils ?

Un silence pesant fit suite à la question.

Chacune des personnes présentes avait en tête une dispute homérique au cours de laquelle le père voulait baptiser le nouveau-né du prénom de son propre père, la mère agissant de même.

Sagement, Monsieur Colombo s’empara de son grand calendrier. Il y notait tous les travaux qu’il devait exécuter. Il le consulta fébrilement : aujourd’hui, 21 août, on fêtait les Cristoforo.

Se tournant vers ses invités muets, il déclara :

– Je vais le nommer Cristoforo. Ce sera un grand tisserand.

Et tout le monde, dans un joyeux brouhaha, de trinquer à la santé du futur héritier.

Hélas, tout a une fin ! Peu après, la compagnie se sépara, chacun devant rentrer chez lui.

Restés seuls, Monsieur Colombo et sa femme se pâmèrent d’admiration devant le petit Cristoforo : n’était-il pas le plus beau bébé du monde ? Il avait de si belles mains, avec de si beaux doigts,… et cinq à chaque main !

Et ses oreilles, donc ! Elles étaient si bien collées à son visage !

Et ses yeux, alors, ses yeux ! Encore fermés, certes, mais déjà deux, un de chaque côté de son petit nez si bien formé !

Et puis il ne pleurait pas ! Surtout que Madame Colombo s’empressait de lui mettre un sein dans la bouche dès qu’il l’ouvrait. Comme il tétait bien ! C’était un ravissement de le regarder faire : on aurait même pu croire qu’il savait téter avant de naître, tellement il s’y prenait habilement !

Bref, dès sa naissance, Cristoforo était un génie !

Durant toute sa jeunesse, le garçon en fut quasiment convaincu.

Bien vite, le monde qui l’environnait lui sembla trop petit. Il confiait constamment à son père son souci de voyager, afin de voir si par hasard les choses étaient différentes ailleurs. Il disait :

– Tu comprends, papa ! Il doit bien y avoir des pays inconnus où rien n’est semblable à ici
(note 26 – notez au passage la merveilleuse intuition du jeune Christophe Colomb qui, à peine âgé de douze ans, avait déjà pressenti qu’il existait des mondes inconnus !).

Son père, qui était un immigré très casanier, lui répondait invariablement:

– Mon petit Cristoforo, les hommes sont tous identiques, quel que soit l’endroit où ils vivent. Ils n’ont pas la même couleur de peau, peut-être pas le même Dieu, va savoir (et il se signait car il était très catholique, comme son fils l’était devenu), mais ils rient de la même manière, ils pleurent quand ils ont mal, ils chantent quand ils sont heureux !

– Peut-être, papa, mais… et s’il en existait d’autres sortes que ceux que nous connaissons ?

Leur conversation s’arrêtait toujours là.

à suivre vendredi prochain, évidement

Guy

« Sacré Christophe ! » (partie 08)

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« Sacré Christophe ! » (partie 08)

Un beau jour d’été, alors que Cristoforo venait de célébrer son quatorzième anniversaire, son père lui demanda :

— Dis-moi, mon fils… tu veux toujours visiter le monde ?

— Euh… bien sûr que oui, p’pa ! Pourquoi ? s’étonna le jeune homme.

— Eh bien j’ai ce qu’il te faut ! Descends au port. Là, tu demanderas de ma part le capitaine Dias. Il a accepté de t’engager comme mousse sur son bateau.

— C’est… c’est vrai, p’pa ? Tu… tu veux bien que… que je parte ?

— Oui, mon fils ! Ma,… ça n’a pas été sans déchirement, tu sais ! Mais que veux-tu : ta mère et moi en avons longuement parlé. Si ton destin est d’être marin et non tisserand, eh bien… sois marin ! Mais surtout…

— Oui, p’pa ?

— Surtout, mon fils, sois un bon marin !

— Oh oui, p’pa, je te le jure !

Heureux comme il ne l’avait jamais été, Cristoforo remonta à la maison voir sa mère. Celle-ci, inquiète malgré le génie précoce de son fils, lui prodigua de précieux conseils, tous plus avisés les uns que les autres.

Ainsi, elle lui dit de se méfier des filles des ports, arguant du fait que toutes n’étaient pas de sages femmes, loin de là.

Elle l’invita également à se garder de se laver nu devant les autres marins. Ceux-ci, en effet, avaient la réputation de « se farcir » le mousse, sans qu’elle puisse lui expliquer ce que signifiait réellement cette curieuse expression. Tout au plus pouvait-elle lui assurer, si elle se référait à ce qui se passait dans sa cuisine, qu’il devait être question de viande fourrée. Néanmoins, il fallait que Cristoforo restât toujours bien propre, car le travail principal du mousse consistait à laver le pont.

Le regard brouillé par les larmes qui coulaient le long de ses joues sans qu’elle cherche à les retenir, elle lui glissa subrepticement
(note 27 – avez-vous déjà remarqué comme les mères se cachent souvent pour donner de l’argent à leurs fils alors que les pères le savent très bien ? Il paraît que cette pratique est encore courante aujourd’hui, et pas seulement en Italie !)
une petite pièce d’or, dérobée par ses soins sur la cassette du ménage tout exprès pour cette occasion.

Muni de ce précieux pécule, qui triplait sa fortune puisque son père lui avait, quant à lui, donné deux pièces également prises dans les économies familiales, le jeune Cristoforo, conscient qu’un avenir radieux l’attendait, se dirigea avec son maigre balluchon vers le splendide navire qui devenait son nouveau logis.

Après une bonne heure de marche, il arriva en vue du port. Il tenta de trouver par lui-même le coursier des mers sur lequel, dans son imagination, il aurait l’honneur de bourlinguer.

Très vite, il se rendit compte que ce n’était pas chose facile. Aussi se résigna-t-il à demander de l’aide à tous les matelots qu’il rencontra.

Cristoforo apprit à ses dépens qu’il n’était pas aisé d’obtenir un renseignement de cette nature.

Certains marins, franchement saouls, étaient incapables d’articuler correctement un seul mot ; de nombreux autres, étrangers, ne parlaient pas la même langue que lui.

Quelques navigateurs, qui en voulaient certainement à ses trois pièces d’or – du moins le pensa-t-il – se mettaient à courir après lui dès qu’ils l’apercevaient, tout en faisant des gestes qu’il devinait obscènes sans toutefois en saisir la signification ; souvent, il ne dut le salut de sa fortune qu’à la vigueur de ses jeunes jambes.

Enfin il obtint le renseignement qu’il cherchait. Quelques instants plus tard, il se trouvait devant le « Santa Maria di Gena » du capitaine Dias.

Très déçu, Cristoforo ! Forcément : il n’avait en face de lui qu’une sorte de très grosse barque avec une seule voile. La réalité était bien loin de son rêve!

Il s’assit sur un paquet de cordages posé sur le quai, pour rassembler tout son courage avant d’affronter son futur « patron ».

Soudain, une grosse voix lui demanda :

— Oh, gamin ! Oui, toi ! Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne vois pas que tu gênes ?

Intrigué, inquiet même, Cristoforo se leva d’un bond. Soit, il avait bien entendu son père et sa mère lui raconter que, de l’autre côté des Alpes, une jeune fille avait entendu des voix divines, comme longtemps avant elle le prêtre Ezéchiel au pays des Chaldéens, au bord du fleuve Kebar, mais il ne comprenait pas comment ce miracle pouvait lui arriver, à lui. A moins que ce soit un signe du ciel ?

Il scruta longuement les environs, cherchant à savoir d’où provenait cette voix mystérieuse. En vain !

Un bruit d’eau remuée, juste en face de l’endroit où il était, lui fit relever prestement la tête. Au même moment, un mouvement se fit sur ce qu’il n’appelait déjà plus « un navire ». Un gros homme à l’air cruel apparut, qui se redressa et le héla pour la seconde fois :

— Alors ?

D’émotion, Cristoforo avala sa salive. Il toussota pour s’éclaircir la voix :

— Je suis le fils de Monsieur Colombo. Je cherche le capitaine Dias.

— Très bien, petit, c’est moi. Monte à bord, que je te voie un peu !

Obéissant au geste impératif du capitaine Dias, Cristoforo monta sur la passerelle qui pliait – un peu trop dangereusement à son gré – sous son poids et celui de son bagage. Il se rassura en se disant qu’après tout elle supportait sans coup férir le capitaine, donc qu’elle avait de forte chances de lui résister. Cristoforo traîna un peu les pieds avant de se retrouver, la passerelle franchie, en face du capitaine Dias.

Celui-ci l’examina sous toutes les coutures, le faisant tourner devant lui, lui tâtant les fesses, lui ouvrant la bouche, bref le détaillant comme Cristoforo l’avait vu faire une fois par un maquignon à un cheval. Finalement, l’homme conclut son examen en déclarant :

— Parfait, tu conviendras. J’espère que tu n’as pas le mal de mer ?

La réponse du jeune garçon fusa, nette :

— Je ne sais pas, Monsieur, je n’ai jamais mis les pieds sur un bateau !

Un éclat de rire homérique dilata le torse et surtout le ventre du capitaine Dias. Cristoforo ne pouvait pas détacher son regard de la masse de chair qui se mouvait en rampant, lui sembla-t-il, sur le devant du capitaine, s’agitant spasmodiquement depuis le haut de ses cuisses. Soudain, le rire s’arrêta net.

— Eh bien il est temps que tu le fasses, petit. Allez, viens avec moi !

Le capitaine fit visiter son embarcation, dont apparemment il était très fier, à son nouveau mousse. Il montra à Cristoforo l’endroit où il pouvait mettre ses affaires – bien modeste bagage, à la vérité – et aussi le hamac vacant où il passerait désormais ses nuits. Il lui expliqua également les détails de son nouveau travail, dont le jeune garçon promit de s’acquitter avec une vigilance telle que le capitaine ne pourrait que l’en féliciter.

(à suivre vendredi prochain le 23 juillet 2015)

Guy