Une nouvelle définition, la 07 : celle du mot télévision

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Une nouvelle définition, la 07 : celle du mot télévision

Télévision : ce nom signifie mot à mot « vision de loin », ce qui n’est pas complètement faux.

Toutefois, à y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’il s’agit de l’un des sujets de controverse les plus fréquents entre les Français.

Une remarque préalable  : ce petit texte, comme bien d’autres, date de 1992, année où j’ai certainement eu plus de temps que d’habitude pour écrire ce qui me plaisait sans m’occuper d’écrire pour d’autres.

Pour ma part, à cette époque, j’avais dit adieu à mon vieux poste et je ne l’avais pas remplacé, ce qui m’a évité d’une part de payer une taxe dont je n’ai jamais saisi l’utilité, d’autre part de  ne pas céder à l’abrutissement massif des foules.

J’ai dû me résoudre à en acheter un autre pour cause de petits-enfants.

L’une des dernières fois, à l’époque dont je t’entretiens, où je l’ai regardé, ce petit poste à images m’a inspiré un article que j’ai le plaisir de te reproduire ci-dessous in extenso (ce qui signifie, à l’attention des incultes qui liraient cet ouvrage par hasard, « en entier » et non pas « avec des extenseurs »).

Son titre était prometteur :

« OUI OU NON,
LES FRANÇAIS SONT ILS VRAIMENT AUSSI CONS
QUE LEUR TELE LE LAISSE CROIRE ? »

Le reste ne l’était pas moins. Juges-en sur pièce, puisque je te livre le texte incriminé :

« Voilà un sacré débat !

C’est un simple constat, enregistré par hasard, qui m’amène à poser cette grave question.

Les faits, d’abord.

Le lundi 6 novembre 1990, je crois, je m’installe par hasard devant mon poste de télévision, vers 18h45-19h à peu près (ceux qui en connaissent les horaires rectifieront d’eux-mêmes). Mon projet était simple : me délasser un peu en fumant l’un des cigares que ma belle-mère, présente pour cause d’hospitalisation de son mari (et avec laquelle je m’entendais fort bien) m’avait offert, tout en essayant de capter un peu des nouvelles du monde qui m’entoure. Ma raison profonde : j’étais installé depuis 4 heures du matin devant le clavier de ma machine à écrire, l’un des premiers Macintosh d’Apple (publicité absolument gratuite et crois bien que je le regrette) et je commençais à en avoir RAS-LE-BOL, si tu vois ce que je veux dire.

Ciel, ciel, ciel ! Enfer et damnation ! O rage, ô désespoir, ô vieillesse (relative) ennemie, N’ai-je donc tant vécu que pour (voir) cette infamie (sur mon écran de télé) ?

Et j’en passe et des meilleures même si elles sont moins connues.

Ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible, ce n’est même pas pensable, me dis-je in petto !

Dans un jeu débile, affligeant et consternant qui s’appelle « La famille en or », un bonimenteur inculte pose des questions imbéciles à des familles tarées.

Au début, j’ai demandé à ma belle-mère, histoire de me renseigner :

— De quoi qu’on cause, là ? C’est toujours comme ça ou c’est une soirée exceptionnelle ?

— Non, mon cher Guy, me répond-elle (forcément, c’est mon prénom), ce n’est pas exceptionnel ! C’est tous les jours ainsi !

— Ciel ! lui répliqué-je. Mais il faut être vraiment con pour demander à participer à une telle débilité.

— Oui, mais il y a trois millions (traduisez trente mille francs, ma belle-mère étant à l’époque relativement âgée) au bout.

— Même à ce tarif là (eh oui, moi, comme Cyrano, c’est moralement que j’ai mes élégances),  je ne participerai pas à ça !

Juste à ce moment arrive le plus beau des questions, le summum, le nec plus ultra :

Si vous alliez dans une île déserte, annonce l’inculte de service au sourire encore plus niais que Sabatier (vous savez, cet « animateur » dont Hervé Prudhon, nègre ou rewriter, a écrit un livre parce que l’éditeur pensait qu’il allait faire un tabac alors qu’il n’a fait qu’un bouillon ! J’ai vu qu’il est revenu à la télévision, sur Antenne 2 pardon, France 2), qu’emporteriez-vous avec vous ? Je vous rappelle que les réponses ont été données par un échantillonnage de cent Français.

Passons sur les réponses, encore que quelques-unes étaient appréciables : celle de la minette aux dents longues répliquant « un tube d’huile solaire » n’était pas mal, surtout si son île déserte est située au large du Groenland ; une autre, inspirée par icelle, a répliqué
« un maillot de bains ». Accessoire utile quand tu es tout seul à moisir sur ton île !

Le plus beau, c’était le sondage.

J’ai eu quand même une petite consolation culturelle : 24 sur 100, je crois, souhaitaient emporter un (ou des) livre(s) avec eux. Certains, 5 ou 6, ont répondu époux/épouse alors que ces hypocrites pensaient « mon harem » ou « une dizaine de beaux gars absolument infatigables du côté de la braguette ». Là, encore, ça va, tout est normal. Freud l’a bien dit que c’est la quéquette qui mène le monde ; il ne l’a peut-être pas dit comme ça mais ça revient au même. Mais le reste ! Alors là, le reste ! Sur 100 Français, il y en a au moins 70 qui sont plus cons que cons ! (J’aurais cru davantage, d’après mon expérience personnelle, mais je laisse aux chiffres le soin de prendre leurs responsabilités).

Non mais imaginez :

— « une voiture ou une moto ». Eh banane, où est-ce que tu avoir le carburant pour mettre dans le réservoir ? Ou alors, ta voiture, elle fonctionne à l’urine et tu pisseras dedans ? Ca ne va pas dans ta tête, non ?

— « un poste de radio ou de télévision – ou éventuellement les deux ». C’est une plaisanterie ou quoi ? C’est une île déserte où il y a l’électricité et tout le confort, que tu veux ? T’as fait naufrage mais tu veux être mieux loti, comme disait le navigateur du même nom, que Robinson ? Quand je te parle de Robinson, ignare, c’est de Robinson Crusoé dont je te cause, pas du poète anglais ou de l’acteur américain ou de l’actrice française ! Mais ils sont fous ces mecs !

— « de l’eau ». Admettons, c’est quand même un peu moins con. Seulement, t’en prendras 1 000 000 d’hectolitres avec toi, pour être sûr ? Parce que qui te dit que tu seras récupéré dans les huit jours ? En plus, une île, en principe, c’est une étendue de terre, petite dans le cas présent puisque déserte, entourée d’une grande étendue d’eau, n’hésitons pas à parler d’immensité. D’accord, cette eau-là, elle est salée. Mais dis-moi, Jules, si au lieu d’emporter ta télé tu prenais une grosse boîte d’allumettes, une casserole et un réchaud ? ou un briquet rechargeable ? ou de simples silex que tu frotteras les uns contre les autres comme nos ancêtres, du côté de la Préhistoire ? Avec ça, tu ne crois pas que tu pourrais la dessaler, ton eau de mer ? D’accord, tu ne pourrais pas en même temps te pavaner au volant de ta splendide auto ni honorer les unes après les autres les femmes de ton harem. Mais l’eau, il en faut pour vivre ! Remarque que si tu as la chance de tomber sur une île avec plein d’arbres fruitiers – et à fruits comestibles – tu as vraiment de la chance, parce que c’est plein d’eau, ces choses là. Et comme de plus dans les fruits il y a du glucose et que ce dernier est l’aliment numéro 1 du cerveau, si tu restes dix ans dans ton île, tu seras peut-être un peu moins con en revenant ! Non ? Mais si, mais si, je t’assure !

D’accord, les chaînes doivent faire de l’audience, d’accord, « TF1, c’est pas fin », d’accord il faut qu’il y ait une raison pour que la pub arrose de tant de fric les chaînes privées, mais QUAND MÊME !

Mon défunt père me disait toujours, même peu de temps avant de disparaître (à 87 ans),
« qu’on n’étonnait plus personne, même à Villechaud  » (petit lieu-dit situé à proximité du lieu de résidence de mon défunt papa). Je lui réponds posthumement, donc après sa mort : « Mais si, papa, on m’étonne encore, moi, ton fils aîné ! » Papa, te rends-tu compte que nous sommes environnés, encerclés, déjà presque défaits par les cons ! Toi qui pensais que la France était une terre de culture ! De cul, passe encore (et il y aurait des choses à dire sur les films pornographiques avec des titres même pas alléchants mais prétendus faire de la retape), mais de ture ? Tu rigoles, oui, mais c’est tout !

Je suis angoissé, d’une angoisse existentielle, comme aurait dit Jean-Paul (pas le pape polonais Jean-Paulski, mais notre Sartre national !) : les Français sont-ils vraiment, globalement, aussi cons que leur télé permet de le croire ? Parce que si c’est ça, je vais réellement me réfugier en Suisse. Eux, ils sont peut-être aussi cons que les Français, mais ils ont des coffres-forts dans leurs banques avec de l’argent dedans, des inspecteurs des impôts en peu moins voraces qu’en France et un sens de la démocratie peut-être un peu plus élevé  que chez nous.

Bien sûr, comme l’écrivait Ziegler (député européen mais aussi Suisse), ce n’est pas « Une Suisse au-dessus de tout soupçon » (ça s’appelle un détournement, mais pas de fonds, de titre), mais quand je vois les conneries dont on est capable « médiatiquement parlant » dans mon pays prétendu « Mère des arts, des armes et des lois », j’ai peur !

J’ai d’autant plus peur que « Santa Barbara », « Amoureusement vôtre », « Starsky et Hutch » « Deux flics à Miami » et j’arrête là l’énumération car ce sont à peu près les seuls titres que je connaisse, montrent une invasion insidieuse des Etats-Unis. Quand je pense qu’il y a des cons – encore plus cons que cons – qui prétendent que l’impérialisme américain est mort. Mais c’est ça, l’impérialisme : tu regardes le n° 1127 de « Côte Ouest » à Paris, le n° 1128 à Londres, le n° 1129 à Rome, le n° 1130 à Berlin, le n° 1131 à Tunis, le n° 1132 à Bombay, le n° 1133 à Sidney… et bientôt le n° 1134 à Moscou. Alors, là, t’as compris ou t’es vraiment CON ?»

Eh, mes lecteurs, ci vous en avez envie, vous pouvez répondre à cette grave question existentielle.

Un dernier exemple pour la route, pas triste non plus.

MIEUX : L’orthographe et la télévision.

Samedi 27 juin 1992, nous étions, Marie-Paule (ma femme) et moi, chez des amis. Nous regardions d’un oeil distrait la télévision, à la 1ère chaîne (décidément, c’est vraiment celle de la culture) parce que c’était une émission-souvenir des années soixante, présentée par un bonimenteur qui se pense culturel étanr donné qu’il sait dire sans reprendre son souffle, d’un seul coup : « Didon dîna, dit-on, du dos dodu d’un dodu dindon ». La seule chose qui lui échappe, c’est la nature même de Didon : était-ce un homme ? une femme ? un transsexuel ? un hermaphrodite ?

Si tu as répondu que Didon, qui avait changé de nom entre son départ de Tyr (elle s’appelait alors Elyssa et c’était la sœur d’un mec connu, dont tu as entendu parler, Pygmalion) et son arrivée à Carthage où elle fonda, paraît-il, la Tunisie – et que, sous le nom de Didon, elle a été non seulement la fondatrice mais aussi la première reine de Carthage, alors là tu as gagné toute mon estime, surtout si tu connais l’histoire de cette phénicienne d’origine. Super maline, la nana : elle débarque en Tunisie actuelle. Un seigneur local accepte de lui offrir une terre en précisant « autant qu’il pourrait tenir dans la peau d’un bœuf ». Tu sais ce qu’elle fait, la Didon, avant de dîner du dos dodu d’un dodu dindon ? Elle demande qu’on découpe la peau de l’animal en fines lanières. J’espère pour le bœuf qu’ils l’ont tué avant.  Les lanières ainsi obtenues sont mises bout à bout et encadrent ainsi une très grande surface. Du coup, le seigneur local dont j’ai oublié le nom lui donne un emplacement important, ce qu’elle voulait. Les compagnons de Didon y bâtirent une citadelle, appelée Byrsa (peau de bœuf), autour de laquelle s’éleva la ville de Carthage. Cette dernière devint rapidement une cité riche et luxuriante.

J’adore les Grecs et les Phéniciens. Quand j’étais petit, je me précipitais sur les aventures bédéesques d’Alix le Carthaginois.

Mais j’en reviens à nos moutons, plus précisément à TF1.

Alors que nous nostalogions (néologisme inventé par moi à l’instant pour vous expllquer que nous cédons à quelques instant de nostalgie) nous avons vus, sous nos yeux étonnée, une bande défilante nous indiquer (cramponnez-vous) : « Le président de la République, (Tonton, si vous préférez, ainsi baptisé par son neveu Fredéric qui fut aussi ministre de la culture) avait attéri à Sarajevo. Oui, vous avez bien lu, deux fautes dans le même mot.

Pour l’ignorant inculte qui a rédigé la bande en question, je rappelle que :
1 – atterri s’écrit avec un e muet et non un e accent aigu
2 – atterri s’écrit avec deux r et non un seul                

Lorsque je constate les progrès des journaleux (je n’ose pas appeler ça des journalistes) réalisés depuis 1992, je m’ inquiète pour le devenir de la langue française. Remarque que, selon certains, le futur de notre langue serait l’arabe, mais ce n’est pas gravé dans le marbre, heureusement !           

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4 réflexions au sujet de « Une nouvelle définition, la 07 : celle du mot télévision »

    1. Je reconnais que je partage aussi mon point de vue !
      J’ai des arguments que je vais développer un de ces jours dans mes « Impressions », tu verras !
      Pas triste.

  1. Ce qui est fou, c’est que ces remarques sont encore valables aujourd’hui. Je passerai sur l’orthographe des journaleux, l’utilisation incorrecte d’expression comme Mini-tornade (qui n’a aucune existence scientifique, soit c’est une tornade, ou alors c’est une macro-rafale, bref).
    Et le programme n’a pas tant changé aujourd’hui. L’audience au détriment de la pertinence… Suffit de regarder la pseudo télé-réalité… Et ça prend aussi les émissions littéraires, le peu que je regarde sont loin d’être passionnantes. Voire trop élitiste.
    Pour les séries américaines, je suis plus partagé. Pour ma part, ça me sert… pour apprendre l’anglais! Et l’entendre parler…

    1. Le pire pour moi, c’est lorsque j’entends des mecs (et aussi des nanas), qui se prétendent journalistes accomplis lors qu’ils ne sont que des journaleux de m…, prononcer des énormités du genre « un virgule cinq millions » de je ne ne sais quoi alors qu’en français correct (j’insiste sur la correction), il suffit de dire soit un million et demi, soit un million cinq cent mille. A se demander si ces gens sont allés « aux écoles », comme le disait une vieille mémé morvandelle que j’ai connue en allant à Autun.
      Il faut que je te raconte une histoire à ce propos. Un jour, j’ai appris (je devais avoir une trentaine d’années, donc vers l’année 1973), que le service culturel de l’Ambassade des États-Unis (et non des USA) cherchait des personnes non pas pour traduire, j’en aurais été incapable, mais pour améliorer des traductions déjà faites. L’Ambassade était sur la Place de la Concorde, à côté du Ministère de la Marine mais les « épreuves » que j’ai subies se déroulaient rue Saint-Florentin, là où se situait le service culturel en question.
      Je pénètre dans les lieux. Un gros balaise me cause en américain et, forcément, je ne comprends pas ce qu’il me dit. Comme il mesurait pas loin de deux mètres et que, à vue de nez, son poids avoisinait le quintal alors que moi c’était plutôt un mètre soixante douze et soixante quatre kilos, je me suis empressé d’obéir à son injonction mimée et j’ai ouvert le sac dans lequel je n’avais rien hormis mon portefeuille, mes papiers et deux ou trois stylos Bic (pub gratuite). Ça l’a rassuré et il m’a indiqué, dans un geste qu’il pensait gracieux, une porte.
      Je pénètre dans le lieu où siégeait une vielle mémé (pour moi, hein j’avais trente ans, disons, pour arrondir, elle me semblait être âgée à peu près du double). Elle me donne une feuille (ou plusieurs, je ne me souviens pas précisément) et m’explique ce je dois faire tout en m’indiquant qu’elle se tenait à ma disposition. Je n’ai pas eu le culot de lui dire que je ne faisais pas dans les femmes de son âge, je me suis contenté de m’installer.
      Au bout d’un moment, je suis allé la voir en lui disant que je comprenais pas pourquoi il était écrit 1,237,345.00 et non, comme on l’écrivait en français correct de l’époque, 1.237.345,00. Elle a regardé mon visage d’ange (à cette date) et m’a demandé si je connaissais l’anglo-américain en usage dans sa patrie ; je lui ai répondu que non et que ce n’était pas la question. Elle m’a alors appris que les secrétaires américaines, pour aller plus vite, tapaient une virgule là où les secrétaires françaises mettaient un point car cela leur permettait d’économiser un geste.
      J’ai regagné ma place, muni de ce précieux renseignement, en ignorant que, quarante ans plus tard, ce serait au tour des fainéants de journaleux de faire ceci ! Quel abaissement culturel !
      J’ai retrouvé le monde du journalisme longtemps après, lorsque, pendant deux ans, dans les années quatre-vingts, j’ai remplacé le journaliste en poste dans le bled où nous vivions, ma femme, mes enfants et moi. Je remplaçais ce mec le mercredi et le jeudi, je crois et, de temps à autre, j’assistais aux conférences de rédaction qui se déroulaient au siège départemental du canard. J’ai été étonné, pour ne pas dire complètement soufflé, lorsque j’ai compris que la revendication principale de ces journaleux à qui j’aurais pu donner des leçons de français correct était de pouvoir signer leurs articles. Ça m’amuse parce que je crois avoir signé de mon nom uniquement cinq ou six livres sur les à peu près deux cent vingt ou deux cent trente que j’ai écrits. J’ai eu divers pseudonymes très élégants, dont un russe, pour un ouvrage rédigé pour un ami éditeur et un à particule pour deux ouvrages destinés à mon ami feu Christian Godefroy, ça m’a simplement fait marrer, l’important pour moi étant d’être rémunéré !

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